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Je me souviens

Je me souviens
Du silence
Avant que mon ego ne vienne souiller la page blanche des conceptions de mon imaginaire
Il y avait le silence
L’espace de tous les possibles
J’y voyais
Des histoires d’amour et tous leurs adieux qui n’en finissent pas
J’entendais
Le son de ta voix
Frémir d’un appel dont je ne reviens pas
Alors que j’empruntais cette route dénuée de souvenirs
Je me souviens de ma candeur virginale
Je me souviens que le parcours était semé d’embûches
Et que je n’en ratais aucune
Je me souviens que j’avais le sens de l’humour
Mais surtout

Je me souviens
Du silence
Lorsque je criais à l’aide
Étais-je muette ou entourée de sourds
Je me souviens que je ne croyais qu’en l’amour
Et que j’ai tout donné pour ça
Je me souviens
Du silence
Avant de mourir
Ou de renaître
Tout en clamant des chants de bataille
Le jour c’était la lutte et la nuit la guerre
Je me souviens du silence
De l’extase
Lorsqu’avec la mort et le cosmos réunis
Je dansais sans mon corps
Et je chantais de la voix de l’univers
Je me souviens
En silence
Du temps où je savais me souvenir

univers mystique bis

Bilan

Au plus loin que remonte ma mémoire
Je me suis toujours efforcée de suivre mon cœur
Peu importe ce qu’en dirait un bilan objectif établi par quelque observateur
Je peux m’estimer fière de ne m’être pas perdue
Ce que je refusais par dessus tout
Me laisser couler dans un moule quelconque par paresse de l’âme
Certes j’ai peur de souffrir
Mais pas de la désapprobation publique ou de la solitude
Certes je frémis comme chacun-e devant les spectres de la misère et de la maladie
Mais ma plus grande crainte
Ce qui m’effraie par dessus tout
C’est qu’en posant sur moi-même un regard lucide
Je m’aperçoive avoir renié ma liberté
A force de concessions aux idées toutes tracées
C’est un vide de terreur
Qui te saisit et qui te glace
Lorsque tu réalises avoir laissé une volonté de masse
Prendre la place de ton destin
Qu’est-il de pire que de faillir à sa mission d’être humain ?
Je vis pour préparer le dernier instant où nul n’échappe à soi-même
Je veux partir en paix.

La mort.
Partout, demain, ici, maintenant
La mort qui éclaire de sa lumière les chemins que nous avons à déchiffrer
La mort, l’oubli
C’est contre cet oubli que nous formons familles
Que nous écrivons des livres
Que nous bâtissons des cathédrales et remplissons des chapitres d’Histoire
Cette lutte inspire les actes les plus vils et les guerres les plus nobles
Trop souvent, nous suons, saignons et prions
Pour être gravés dans une conscience éphémère
N’est-ce pas que l’éclat d’une étoile
Est plus pérenne que le retentir de nos actes dérisoires ?
Cet Invisible qui transperce les infinis
Porte déjà nos traces
Sachant cela, nous pouvons rire avec les astres
Tout mortels que nous sommes

Nous sommes de cette matière enflammée qui forme les comètes
Issus du même mouvement qui projette la chaleur du soleil vers la Terre
En rejetant la nuit, nous nous rendons contraires à l’univers
En rejetant la mort
En rejetant l’oubli

th (38)