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Chemins de textes

Tag: ténèbres

Un roi

Sur la dent circulaire qui déchire le temps,
J’écris en petits morceaux le discours d’un roi borgne,
Attaché à ses ténèbres comme au trépas du jour,
Dans une cérémonie de fièvre, d’or et de filaments rouges.

J’arrache des lambeaux de silence à un paysage tiède,
Parsemé de marques nonchalantes,
Et gardé par des fauves imaginaires aux crocs bien serrés sur mon cœur

A travers un soupirail
L’enfant voit
Il boit les couleurs et avale la poussière d’une demi-lune
De la mousse au coin des lèvres
Blanche comme l’écume de l’océan
Il guette le point final pour retourner dans l’abstraction

Mes mots lui tissent une couronne d’orties

Ce roi n’est jamais né,
Ou bien c’était l’année où la tempête l’emporta sur le désert
Son iris couve des flèches
Sa main est désarmée

enfant

Equilibre

Mon encre est un fil où je cherche l’équilibre
Sans cesse ballottée entre des vents contraires
Jeter l’ancre est impossible tant je veux être libre
Entre les envies qui me poussent et des règles arbitraires
Un océan de normes dont je voudrais m’extraire

Sans cesse je titube
ivre de mes propres désirs
Mot à mot j’avance en funambule

À la droite de ma raison le vide est menaçant et le futur me presse
À la gauche de mes passions le chaos me glace et le passé m’oppresse

À force de maladresse même mes mots se brisent sur le flanc des extrêmes
Sous l’écorce de ma tendresse suinte l’émoi qui me grise lorsque mes sangs s’expriment

Et la vue me déprime
Le Noir et le Blanc se déclarent la guerre sur le terrain de l’Histoire
Le mâle et la femelle s’érigent en adversaires se renvoient leurs déboires

Entre instinct nomade et quête de foyer
Entre crainte innommable et courage dévoyé

Je voudrais fermer les yeux sur ma lucidité pour ne pas perdre l’espoir
Et je me perds en substances pour rallumer l’essence et mieux voir dans le noir

Sous l’attrait des ténèbres je rêve que mes paroles s’envolent dans la lumière
Et mon ego me gronde lorsque je me sens fière de n’être que poussière

Ma plume est un totem que j’invoque chaque soir à la lueur du silence

Loin de ce monde insensé où ma boussole se casse
Ignorant les semonces à l’équilibre je renonce
Portées par les tempêtes mes rimes enfin s’élancent et bousculent l’espace

..Vous faire perdre pied pour que nos âmes dansent

poussière

La forêt

C’était dans la forêt
La pluie battait son rythme sur les feuilles des cahiers de ma mémoire
Et c’est dans cette forêt que tout a commencé

Claquant mes pieds nus sur les chemins d’acier
J’ai dansé
Et l’appel a surgi, tremblant, vulnérable
Plongeant d’un seul souffle jusqu’aux cimes des arbres
Pour atteindre enfin ce totem végétal
Qui seul pouvait m’entendre
M’étreindre
M’attendre

C’était dans la forêt
Que j’ai dénoué une à une mes puissantes racines
En tremblant de légèreté devant l’immense
Devant la pugnace densité de mon existence entêtée
Impuissante à stopper le fouet de la réalité
Dans cette forêt
J’ai pleuré sur le sang de mon dos strié
Dans cette forêt
J’ai sué mon âme ébahie de douleur
J’ai vomi mon cœur halluciné
J’ai questionné l’indifférence des saisons face au cycle incessant de mes raisons et déraisons
Dans cette forêt
J’ai su
J’ai compris
Et je me suis perdue à force de suivre les sentiers balisés

C’était dans la forêt
La pluie battait son rythme sur les feuilles des cahiers de ma solitude
Je me suis dressée nue contre les turpitudes
Et les ronces, les épines, ont mis à feu mes pauvres habitudes
Me laissant brûler vive sous un déluge de colère
D’amertume
Le jour brillant
Ne pouvait rien contre mes ténèbres
Et la nuit venue
Elle ne pouvait rien contre ma lumière
De toute ma finitude, je me dressais, fière
Palpitant de syncope en syncope
Vibrant d’un espoir atroce
Comptant sur ma chair les marques laissées par les crocs de ces bêtes féroces qui m’attaquent par milliers
Et moi dans cette forêt
M’habillant de leurs peaux
Me camouflant sous leurs odeurs
J’attends
Rageusement
Que vienne enfin mon heure
J’avale leur venin, je le fais élixir
Du creux de mes mains vides je fais naître des empires

La pluie bat son rythme sur les feuilles des cahiers où s’animent mes désirs
J’y ai élu domicile
Immuable et versatile
Dans la forêt des mots
cerisier