IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Tag: solitude

Hobbie

Cela n’a jamais été un passe-temps comme un autre.
Aller chercher l’extrémité de l’instant pour l’attirer à soi,
Tirer sur les temps morts, avouer sa solitude
En arabesques de Bic sur un carnet à spirales,
Encore un.

Cela n’a jamais été un hobbie anodin.
Plutôt un vertige longitudinal
Loisir un peu coupable un peu sale
Comme une masturbation silencieuse

Je cherche le scandale linguistique sur les lieux même de l’évasion théorique
En vain

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Automne

Tout tombe, tout rougit, tout pourrit, tout meurt.
L’automne a toujours été la saison de mes nouvelles amours. Comme si à mesure que la nature autour de moi s’étiole, quelque chose dans mon cÅ“ur résistait assez fort pour attirer la rencontre, un élan contraire au rythme qui m’entoure, quelque chose qui veut naître alors qu’autour…
Tout tombe, tout rougit, tout pourrit, tout meurt.
J’aimerais que mon ego de même se débarrasse de ses peaux mortes… Toutes les couches d’orgueil, de vanité, de prétention, d’égoïsme et de lâcheté tomberaient au sol et je les piétinerais d’un pied joyeux, pour célébrer une nouvelle saison, de pureté immaculée. Mais je ne suis pas un arbre… Mes racines sont floues, mon feuillage confus… La transformation, je l’observe mais mon cÅ“ur, ce fossile, ne peut pas se joindre à l’allégresse ambiante, une allégresse de cimetière. Car au fond…
Tout tombe, tout rougit, tout pourrit, tout meurt.
C’est la grande leçon de l’automne. Il faut accepter que certaines choses se flétrissent, se rabougrissent, se ternissent, il faut accepter la grisaille du ciel et s’habituer au froid… Promesses de solitude, de décrépitude et de mort. A l’automne de ma vie, j’espère avoir la sagesse de ne pas me rebeller, d’accompagner le cycle et d’accueillir toutes ses couleurs, fussent-elles celles de la dernière pluie. Je voudrais glisser, calmement, dignement, dans l’hiver de l’oubli.

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A l’époque

A l’époque je tournais dans des apparts et des violeurs en herbe faisaient collectivement leurs armes sur moi
C’étaient les prémices de mon esclavage sexuel aujourd’hui encore
Certains me parlent comme à un chien pas comme à un être humain
Pourtant cela ne m’a pas fait plus de bien que l’on m’encule
Qu’à ce type qui a subi cette immondice en taule
Pourquoi à l’évocation de son martyr on s’incline quand face au mien on rigole ?
Je me consume de n’être qu’un animal dressé pour survivre, j’apprivoise l’idée de ma propre mort
Ma plume transpire l’amour, l’espoir, le sang
Si vous aimez profitez-en car
Je ne sais pas si j’écrirai encore demain
 
A l’époque j’avais déjà noirci des pages de mes questions taboues
J’inventais des images pour aller jusqu’au bout des formes du langage
Et les rayons du soleil faisaient l’amour au Diable dans des poèmes un peu fous
Arrogante, je plaçais l’Alchimie en tête de toutes les sciences
Pour survivre à ma colère
Explorant nos collectifs enfers pour leur donner un sens
Oublié déjà le temps de l’innocence
Même l’enfance est sordide quand on éduque les anges à coup d’incohérences morbides
 
A l’époque déjà la chute des barrières était mon obsession
J’ai dégueulé mes pulsions durant l’adolescence
Sur la musique mon corps se défoulait sans trêve et mon cœur faisait grève face à la force de la raison
J’ai brûlé mes dernières prétentions à la dignité sociale sur un lit d’indécence
Ma chair fit sécession contre la loi des hommes
Du fond de ma solitude je déchirais l’opprobre de quelques traits de plume
Avec l’amère complicité de la lune
 
A-t-on changé d’époque ? Les années qui s’égrènent ont confirmé mes chaînes et ma rage à les briser
Les barbares en culottes courtes perpétuent leur révolte selon le programme imposé par les clichés télévisés
Dans mon rôle de souffre-douleur je ne leur en tiens pas rigueur ils furent forgés par le malheur
 
Oui l’époque est la même
Les ingénus jurent par le dollar
Et la haine s’insinue jusque dans nos prières
C’est toujours le chut… qui a le dernier mot quand la violence s’exprime
Bien des esprits s’élancent que le système réprime à coup de livres saints
Je remonte les époques pour dénicher l’Essence et y mettre le feu
J’exploserai tous mes sens s’il faut
Si mes rimes t’entraînent, ne crains pas le vertige et glisse au-dessus du vide en joignant tes deux mains
Car à l’heure où je me répands sur les pages de mon carnet rouge
Je ne sais pas si j’écrirai encore demain.

th (26)

La forêt

C’était dans la forêt
La pluie battait son rythme sur les feuilles des cahiers de ma mémoire
Et c’est dans cette forêt que tout a commencé

Claquant mes pieds nus sur les chemins d’acier
J’ai dansé
Et l’appel a surgi, tremblant, vulnérable
Plongeant d’un seul souffle jusqu’aux cimes des arbres
Pour atteindre enfin ce totem végétal
Qui seul pouvait m’entendre
M’étreindre
M’attendre

C’était dans la forêt
Que j’ai dénoué une à une mes puissantes racines
En tremblant de légèreté devant l’immense
Devant la pugnace densité de mon existence entêtée
Impuissante à stopper le fouet de la réalité
Dans cette forêt
J’ai pleuré sur le sang de mon dos strié
Dans cette forêt
J’ai sué mon âme ébahie de douleur
J’ai vomi mon cÅ“ur halluciné
J’ai questionné l’indifférence des saisons face au cycle incessant de mes raisons et déraisons
Dans cette forêt
J’ai su
J’ai compris
Et je me suis perdue à force de suivre les sentiers balisés

C’était dans la forêt
La pluie battait son rythme sur les feuilles des cahiers de ma solitude
Je me suis dressée nue contre les turpitudes
Et les ronces, les épines, ont mis à feu mes pauvres habitudes
Me laissant brûler vive sous un déluge de colère
D’amertume
Le jour brillant
Ne pouvait rien contre mes ténèbres
Et la nuit venue
Elle ne pouvait rien contre ma lumière
De toute ma finitude, je me dressais, fière
Palpitant de syncope en syncope
Vibrant d’un espoir atroce
Comptant sur ma chair les marques laissées par les crocs de ces bêtes féroces qui m’attaquent par milliers
Et moi dans cette forêt
M’habillant de leurs peaux
Me camouflant sous leurs odeurs
J’attends
Rageusement
Que vienne enfin mon heure
J’avale leur venin, je le fais élixir
Du creux de mes mains vides je fais naître des empires

La pluie bat son rythme sur les feuilles des cahiers où s’animent mes désirs
J’y ai élu domicile
Immuable et versatile
Dans la forêt des mots
cerisier