Dans le refuge inoxydable de la solitude
En tendant bien l’oreille
On peut saisir la cavalcade des heures
Et rêver en douce
Puisque le soleil se couche toujours quelque part
Au bord du lac de la lucidité
On peut s’immerger par intermittences
Juste assez pour sentir la fraîcheur
Avant que les flammes de la passion ne nous réchauffent
Pour quelques secondes
Planter un arbre dans cette contrée stérile
Selon les voyageurs de passage
Récolter le fruit de la rédemption
Qui nous est accordée par nous-mêmes
Et qui a le goût sucré d’un piège vénéneux
De paix lasse
Je me glisse à l’extérieur de ma cabane de papier
Pour rencontrer des leurres
Des miroirs des girouettes
Autant de mes semblables dont la constance m’exaspère
Mais dans le secret impraticable de la solitude
Je suis Pégase
Je suis un lynx
Ou une sirène
Je suis une louve
Ou une étoile
Mais toujours noire
Enfant de la nuit mythologique
Et la réalité n’est qu’un funeste personnage
Dans la lumière incompressible de la solitude
Je détiens le Verbe salvateur
L’ivresse me dégrise
Et la vérité déguise le doute malfaiteur
En questionnement subtil
L’exaltation de mes sens transformée
En une orgie de tempérance
J’avance à pas feutrés
Je souris pour les anges
Et je pleure pour les autres
Et c’est le même visage
Dans la pureté orthodoxe de la solitude
L’oxymore est une habitude
La contradiction n’empêche pas d’avancer
Et pour capter la beauté
Il faut la laisser partir
Ma solitude est celle du nombre
C’est un serment unique et un terrible parjure
Même authentique ma solitude fait genre
Elle est productive dans les bons jours
C’est un sommeil éveillé
Une riposte mal tournée
Un train sans terminus
Ma solitude.
