Jeu des colères : la poésie

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Je n’ai pas rendez-vous avec toi ce soir
J’ai rendez-vous avec le silence
J’ai rendez-vous avec l’absence
Au cœur de laquelle se trouve l’Unique Présence
Le foyer résonne d’allégresse
Le lieu même qui semblait avoir trahi ses promesses
Avant que l’erreur ne s’inverse
Que l’Esprit se délecte de nos humaines prouesses
Pour nous rendre à la bonne adresse
Frapper à la bonne porte et étreindre la Grâce
Dans un face-Ã -face
La Vérité m’observe dans la glace
L’Amour la fait fondre et me trouve à ma place
En harmonie avec toutes les espèces
Reliée au rayon qui traverse l’espace
Dont la Lumière s’empresse
De nous trouver toustes avant que l’Éternité passe
Il n’y a que Toi qui reste

J’ai laissé dire des mensonges sur mon compte
Parce que je pensais que le mensonge ne comptait pas
Qu’il serait détruit par la lumière
Sitôt que Dieu donnerait le départ
J’ai laissé faire des choses injustes
Tant que je me croyais la seule victime
Car je redoutais de commettre l’injustice
Bien plus que de subir ce crime
J’ai silencié ma propre voix
En me disant que le jour où Dieu l’exige
Elle s’imposera d’elle-même
Que nul ne devrait avoir à se battre
Pour mériter l’attention
Ces tableaux pleins d’erreurs et d’approximations
Je ne m’y reconnais pas
Mais je conserve cette ligne éhontée comme Cassandre
Un million de fois je suis sortie des cendres
Un million de fois j’ai accroché mon âme à l’absolu
Pour l’y pendre
Je sais trop bien comment redescendre
Des mots pour vaincre l’ennemi
Le silence
Â
Où les voix se multiplient comme des fragments de mémoire
Agitées comme peut l’être ma conscience
Â
La route est longue
Dieu fasse que nous puissions trouver le sommeil
Malgré nos défaites et nos forfaitures
Â
Derrière chaque insolence et erreur de parcours
En moi gisait l’espoir fou
De te pénétrer de mon nom

Entre mes côtes vit un oiseau de nuit
Dont les yeux sont des lacs résolus
Et le sang plus lourd que l’encre noire
Répandant sa lumière tel un soleil occulte
A partir du silence de l’emprise désolée
Il parvient à extraire quelques larmes pour sa soif
Et puis d’une note à l’autre élabore une trace
Portée en dissidence à chaque nouvel envol
Cet oiseau a la clé des masques de l’effroi
Qu’il dissimule à l’aube au creux de mes racines
Laisse une piste de plumes à l’envers des nuages
Et puis déploie ses ailes pour que naisse le jour
Il lui faudra mourir éventré par l’aurore
En laissant sur ma peau quelque filtre secret
Une saveur qui danse au gré d’un verbe obscur
Inscrit en capitales dans l’air qui nous entoure
Entre toutes mes côtes vit un oiseau de nuit
Qui partage l’espace d’un papillon diurne

Ils ont fermé mes yeux
J’ai vu tant de beauté que c’en était intolérable
J’ai vu tant de souffrances
La vérité est une plume de verre
Transparente et fragile
Sur mes épaules l’espace avait la densité du plomb
J’ai donc fait un vÅ“u impossible à tenir
Un vœu de pureté
Ils ont fermé mes yeux
J’avais rasé mon crâne
Ce nœud de racines emmêlées
Et dissimulé mon corps sous d’amples tissus noirs
En deuil de moi-même
Je n’étais plus qu’une plaie
Ils ont fermé mes yeux
Alors que des pensées étrangères frappaient ma tête
Que mes prunelles absorbaient des lumières
Invisibles au commun des mortels
Que mon cœur bondissait de merveille en merveille
La paix était dans l’unité
De ma chair avec la chair des peuples
De ma peau avec l’écorce du monde
Je n’en finissais pas de saigner
Ma colère
Pouvait déclencher une guerre à l’autre bout du monde
Et mon sourire guérissait les blessures
Des âmes torturées par un système absurde
Ils ont fermé mes yeux
Désormais
Comme une aveugle dans une pièce familière
Je tâtonne pour deviner les masques
Le voile d’Isis est retombé sur la scène
Je tente de trouver ma place dans la parade
Mes pas sont décalés
Ils ont fermé mes yeux
Je suis une amnésie ambulante
Ma passion restée dans une ambulance
Je ne danse plus
C’est fou
Ce qu’ils distribuent comme pilules pour éviter que la terre tremble
Je m’étais dressée
Pour réclamer justice il me semble
Mais je ne me souviens plus
Dans quel océan se noient les rêves déchus
Ils ont fermé mes yeux
Ma jeunesse est déçue
De tristesse repue
Les fleuves devaient brûler
Et les rues s’animer
La vie devait changer
Pour les laissés-pour-compte
Au nombre desquels je suis
Impuissante et troublée
La volonté flétrie
Le désir abîmé
Observant les vivants
Au nombre desquels j’étais
Sans un soupçon d’envie
Chimiquement résignée
Le confort est fragile
A qui le tour demain
Qui verra son destin
Se fracasser de l’étoile
Où il était projeté
Et combien de milliards
Pour renverser les choses
Et quand est-il trop tard
Pour défendre une cause
Quand apprendre à se taire
Et quand se laisser faire
Quand se laisser porter
Juste une goutte du fleuve
Qu’on veut voir déborder
Je ne serai plus lÃ
Et que restera-t-il
Des convictions fragiles
Une trace, un babil
Une larme malhabile
Désespoir volubile
Plus on sait moins on peut
Ils ont fermé mes yeux
Dans le silence de la nuit
Quelques notes s’élèvent
Un accordéon chante ma nostalgie
Comment traduire ces quelques gouttes
Qui doucement réveillent ma folie
Dans un océan de raison grise
Une perle rouge
Au milieu de mon front
J’étais reine de douleur
Esclave de songes exquis
Un diamant oriental
S’est fiché dans mon cÅ“ur
Un éclat de rage brute
A peine altéré par la vie
L’expérience
Est un sac de sable dans la désert
Et le ciel est l’imaginaire
Inaccessible
Parce que vous n’avez rien dit
Je suis partie polir mon glaive
Dans de vertes contrées reculées
Tout ça
Pour vous épargner ma revanche
De femme domptée
Placer le mot tabou
Ma spécialité
J’y renonce par jeu
Et par gravité
La vérité trop suave
Voudrait assassiner
Parce que vous n’avez rien dit
J’ai déplacé la montagne
J’ai recraché l’océan
Sur la plaine désertique
L’océan de mensonges
De rêves et de songes
Parce que j’en avais trop dit
J’ai recompté mes cicatrices
Rassemblé ma vieille carcasse
Veillant à ce que mes os ne blessent personne
Parce que j’en aurais trop dit
J’ai payé
Le prix le plus cher
Les marques sur la chair
Le coût du désespoir
Pourquoi vous n’avez rien dit
Pour que
Je déplace la montagne
Je recrache l’océan
Sur l’esprit désertique
L’océan de mensonges
De rêves et de songes
A présent
Je plonge