C’était hier… Mon verbe était une flamme frénétique, ma voix une larme féerique. J’étais un elfe virevoltant dans un monde de couleurs. La musique transpirait par tous les pores, par tous les murs; c’étaient les fards d’une ville terne et grise, par la magie des mots même le béton chantait. Et la vie m’enchantait. J’étais un ange avec mille poignards dans le cÅ“ur, dansant. Et dans les gouttes rouges que je semais sur les scènes et dans les rues des fleurs poussaient, tranquillement…
C’est aujourd’hui… Le jour succède à la nuit parce que c’est normal. Je suis une lourde statue avec un unique papillon dans l’âme. Parfois un arc illumine le ciel. La tendresse me visite mais plus jamais ne me submerge. Mon monde est à la la marge, mon monde est d’un ennui… Comme un gnome dans sa grotte, je vis. Détenteur d’une sagesse cachée, résidu d’une subtile folie.
Ce sera demain… Un miracle, sinon rien.
VoilÃ
Voilà tout ce qui me reste de mes pulsions
Voilà le reliquat de mes scansions
Des rythmes brisés
Désaccordés
Poèmes morts-nés
Voilà ce qui me reste de mes heures passées
Des souvenirs bridés
Maux censurés
Dans un présent désincarné
Et pourtant je m’acharne
Comme une rêveuse s’accroche à son nuage
Et pourtant je m’attache
A mon carnet
A tes caresses
A ce qu’il me reste de courage
VoilÃ
Je n’ai plus que des mots vides de sens
Et même pas l’illusion d’une prescience
Juste un calme flou dans ma conscience
Zen
Une pseudo-paix que je suspecte
Car tout artiste qui se respecte
Nourrit sa muse de ses tourments
La mienne m’a lâchée au tournant
VoilÃ
Que je puise des excuses dans tous ces lieux communs
Je suis tombée bien bas
J’ai perdu le chemin
C’est louche
De revenir de si loin
Avec juste
Une cicatrice imaginaire
A l’endroit où l’on arracha mon cÅ“ur
Voilà ce qu’il reste de mes errances
Des tracés dansants sur un parchemin vierge
Et aujourd’hui
Un parcours pathétique
Sur une page humiliée
Par un ennui grandiose…
J’oseÂ
Ceci est ma lettre du fin fond du silence
L’ennui me brûle la peau
Ici les roses ont un parfum vénéneux
Et l’espoir est si ténu
Â
Sur la route
Je place un manifeste d’une joie implacable
Je suis revenue
Pour une seconde ou pour mille ans
Là où le souvenir a fait cramer mes rêves
Aux limites du refus, de la fièvre
Je ne partirai plus
Â
Ceci est un appel déchiqueté et tremblant
La dernière soif de l’alcoolique
Le secret de l’alcôve
Un reste de tentation démoniaque
Un chant qui s’élève de toute son arrogance
Â
Je ne suis plus morte, enfin
Je ne suis plus morte.