Encore un nouveau départ
Je serais bien ingrate de m’en plaindre, j’avais rĂȘvĂ© que ma vie ne soit que succession de voyages, d’Ă©tapes imprĂ©vues
Et j’ai assez naviguĂ© de bras en bras d’Ăąmes en Ăąmes il me faut voir du pays
Du pays
Il me faut voir l’Afrique ou plutĂŽt la revoir je n’ai Ă ma portĂ©e que ces souvenirs indistincts qui se situent dans les limbes du conscient
C’est trop peu pour faire une famille
Ce ne sera pas mon pays mais peut-ĂȘtre un peu mon royaume aprĂšs tout je suis reine il me semble juste avoir oubliĂ© de qui de quoi
Pour l’instant sous ma gouverne il n’y a que ces langages que peu comprennent, et puis aprĂšs tout quoi, les mots sont un artifice l’essentiel passe toujours au-delĂ
A la recherche de ma négritude
Je nous ai jugĂ©s bien vains de parler d’esclavage
Sans savoir au fond
Sans savoir autre chose que ces prisons communes Ă tous les humains
Il me fallait vĂ©rifier j’ai optĂ© j’ai vĂ©cu peut-ĂȘtre est-ce ainsi que je me l’explique est-ce ainsi que je provoque ma vie
Je l’ai vu le Raciste
Il me traitait de négresse en me crachant au visage
J’ai accompli ses plus basses besognes
Sans pouvoir rĂ©clamer mĂȘme un sourire en rĂ©compense
Je l’ai connu le MaĂźtre
Il m’a donnĂ© du fouet lorsque ma pensĂ©e n’avait pas anticipĂ© ses dĂ©sirs avec assez de justesse
A ceux qui me croient égarée dans ma propre métaphore
Je montrerai mes cicatrices pour qu’ils frĂ©missent avec moi
Qu’ils tremblent d’effroi car il est toujours lĂ je l’ai connu
J’ai Ă©tĂ© vendue Ă d’autres hommes par un homme qui avait la mĂȘme couleur que moi
Comment ai-je pu me laisser approprier au nom de l’amour
Comme d’autres au nom de Dieu ou du dollar ?
C’est que l’esclavage n’a pas encore Ă©tĂ© aboli
Il se pavane encore sous des parades légales
Des idéaux de pouvoir, et des violences rendues possibles par les mensonges de nos histoires
Satan m’a fait deux gosses dont le meurtre pĂšse sur mon Ăąme
Je l’ai aimĂ© le Monstre
Eu pitiĂ© de l’esclavagiste
Pleuré avec mon bourreau
Il n’est guĂšre plus libre que moi dans ce systĂšme tordu
Une fois mĂȘme avec le crĂąne fendu je priais pour son Ăąme j’avais le pardon aux lĂšvres
Et l’Ăąme lĂ©gĂšre
ArrivĂ©s lĂ mĂȘme la mort recule
Je vous jure
Je l’ai aimĂ© le Monstre
Je l’aime encore parfois quand je suis seule et vraie
C’est mon semblable aprĂšs tout, ses larmes ont le mĂȘme goĂ»t de sel
Et quand il me blesse, ses mains saignent
Je vais chercher l’asile dans une chair Ă vif
Un continent qui n’en peut plus que le monde meure Ă ses dĂ©pens
Je suis un corps violé qui erre sans rivage
Mon visage un miroir de contraires
N’ayant ni pays Ă pleurer ni paradis perdu
Je rĂ©clame pour chaque Ăąme d’avoir l’empire d’elle-mĂȘme
C’est beaucoup dire et ce n’est qu’un dĂ©but
Encore un début
Encore un nouveau départ et si je ne suis plus trÚs neuve
Je dis merde au bourreau qui me dit périmée
Je dis merde au colon qui m’a abĂźmĂ©e
Au capitaliste qui m’a pillĂ©e
Non content de me ravager il a joui de mon sang
Ătranger Ă ma rage cela me laisse au moins l’avantage de la folie
Ceci n’est pas une fuite
Je l’attendrai aux quarante coins du globe du haut de ma vĂ©ritĂ© nue
Et crûment
J’assassinerai la poĂ©sie par le silence
