IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Elle marche

Elle marche
Tranquille. Il fait chaud. Elle porte une jupe.
Une jupe blanche, une jupe simple, qui n’est pas transparente et qui arrive aux genoux
Elle n’est pas laide du tout, mais pas canon non plus
C’est une femme ordinaire qui n’a rien demandé
Soudain, elle se retourne
Sur son visage le dégoût a remplacé la sérénité
Quelqu’un l’a pincée
Quelqu’un et pas quelqu’une vous l’aurez deviné
Elle le cherche du regard, il s’est fondu dans la foule
Quelle lâcheté
Elle était bien, elle était zen, se sentait à l’aise avec sa féminité
Un inconnu, un homme, en une seconde l’a ramenée à la réalité
Femme, tu n’es à leurs yeux qu’une chair féconde, un objet

Femme, mais où vont-ils chercher l’audace de tout se permettre avec ton corps comme si c’était un jouet  ?
Celui-là disparaît dans la foule et d’un coup
Tous les hommes sont coupables ou suspects
Quelques témoins ont peut-être eu un sourire complice
Mais nulle révolte ne vient sanctionner ce vice
Ce crime ordinaire
A toutes celles qui trouvent que ça commence à bien faire
Pourquoi continuer à se taire  ?

Injection quotidienne de notre dose d’humiliations
Pourtant si peu de traces d’indignations
Si peu de volonté d’expression
Et comment faire désormais confiance à la mâle engeance  ?
J’ai usé mon cœur à force d’espérances
J’ai trahi mon honneur à force d’indulgence
Plutôt risquer la misandrie
Que la folle passivité de ces êtres tellement conditionnés à êtres rabaissées
Qu’elles ne daignent même plus le remarquer

Femme, prend tes doutes au sérieux quand ils sonnent l’alarme
Femme, un soupçon de bon sens t’éviterait bien des drames
Mais d’un autre côté c’est tellement confortable
D’être un objet chéri, au triomphe délectable
Quand, un homme à tes pieds, tu te sens fatale

Femme, ne tombe pas dans ces pièges, dans ces placards dorés
Car la compagnie de tous nos rêves avortés
De nos désirs brimés, nos innocences violées
Pourrait te rendre cinglée
Depuis le temps que l’humanité avance en foulant du pied nos corps sacrifiés
Depuis le temps que l’histoire est rédigé par la même moitié de l’humanité
Il est plus que temps, femme, de te révolter
On est responsables
De nos mères comme de nos sœurs
Pour nos filles on rêve d’ailleurs
D’un monde sans malheurs qui porterait d’autres couleurs
On nous rend coupables de nos humeurs instables
Cela fait si longtemps que l’on rogne nos propres ailes
Élevées par notre désir de vivre libres
Trop souvent rabaissées à notre rang de femelles
Menaçons l’ordre établi de notre liberté criminelle

Le dos gâché par des chaussures aguichantes
L’appétit rendu nerveux à force de privations délirantes
Tous les espoirs tendus vers la venue de celui qui te rendra charmante
Le prince que tu attends pour remplir ta vie
Comme si
Comme s’ils avaient raison de penser que sans eux tu n’es rien
Comme s’ils étaient les seuls à pouvoir te faire du bien

Femme  ! Je voudrais comprendre pourquoi chaque jour qui passe
Le système t’exploite, te trahit, t’insulte et toi
Tu ne dis rien
Tous vos sanglots ravalés me restent en travers de la gorge

Elle marchait, sereine, tranquille, elle n’avait rien demandé
Devant une foule de témoins sa dignité fut offensée
Et rien
Le monde a juste continué de tourner

Mille fois chaque seconde et de mille manières
On porte atteinte à notre intégrité
A chaque coin du monde existe un enfer
Où on avilit notre identité
Toutes par notre féminité reliées
Toutes avons pleuré le deuil de notre liberté
Mais pourquoi se résoudre à l’enterrer  ?
Est-ce que nous croyons au sentiment si tôt inculqué
De notre infériorité  ?

Toutes les races et classes d’esclaves un jour se sont levées
Mais nous – peut-être est-ce en vertu du privilège de la maternité  ?
On se tait
Et le monde continue d’aller comme il va et
A l’Est les petites filles sont assassinées
A l’Ouest y a pas d’âge pour se faire violer
Et les rares femmes intactes s’enferment de plein gré dans des clichés
Pour un jeu de séduction où elles sont sûres de gagner

Pendant ce temps l’autre humanité continue d’avancer
Sur un tapis ô combien moelleux  !
Fait de nos corps sacrifiés
De nos amours, de nos espoirs, et des cadavres de nos libertés rêvées

Elle marche.

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Décalé

Le salut décalé
Le sourire déboîté
Je vais posant mes pas de travers
Sur une dune qui s’effrite
Sur un pavé de lierre
Dont les racines m’enroulent
Une spirale d’hier
L’emprise d’une molécule
Une dose particulière
Sur mes neurones sauvages
Domptés par la matière
Le destin d’un inspir
Penché au bord du lac de mes idées neuves
Légèreté du support
Comme du sujet futile.

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Noir sur blanc

Noir sur blanc
J’écris ces lignes insolentes
Pour faire parler les survivants
D’un continent qui les enterre
Parce que l’or noir
C’est la sueur de ces hommes qui ne perdent pas espoir
Et qui s’embarquent encore dans des galères
A force d’y croire
L’or noir
C’est le sang qui coula pour édifier la gloire des blancs
Et dont le rouge suinte le long des monuments
D’une touche de bleu ils ont maquillé notre histoire
Mais en vain

Noir sur blanc
Je crie quelques mots dans le vent
Ils semblent dérisoires
Mais nous savons
Que si l’air est au courant de nos projets de révolution
Il portera le message
Pour que le rêve se propage
Comme une contagion
Nous savons
Que les palabres traversent les pays
Surtout quand ils parlent de paix

Noir sur blanc
Je décris ma vision d’un continent qui nous éblouit de sa splendeur
Cela voudrait dire
Que l’on aurait purgé les manuels scolaires de toutes leurs erreurs
Que la justice aurait les mains déliées
Les crieurs de vérité seraient débarrassés das bâillons de la censure
On ferait des feux de joie de tous les bulletins de vote truqués
On danserait autour
Les enfants poseraient leurs armes
Pour aller jouer comme des enfants
La parole des anciens serait gravée dans le marbre de la mémoire collective
La terre appartiendrait à ceux qui la cultivent
Et non pas
A de puissants propriétaires
Planqués derrière des multinationales qui ne sont pas venues chez nous par hasard

Noir sur blanc
J’écris ces lignes comme des ratures
Pour ternir les odieuses dictatures
Mais en Europe, ils caricaturent
La démocratie
Ici
Des hommes du fond de leur palais se jouent de nous
Tandis que des peuples survivent à genoux
Et si notre héritage entre dans leurs calculs
C’est au musée
Pour se branler devant la beauté de nos arts pillés
C’est notre âme qui est vendue au moins offrant
C’est l’amertume d’être écartés de ces idéaux qu’on croyait français

Noir et blanc
Dans mes veines
Se confondent et s’alternent
Et ce conflit
Est le reflet de leur affront à l’humanité
Au fond
Ils tombent encore pour la France
Au front de la mondialisation économique
Le sol s’imbibe un peu plus chaque jour du sang de notre Afrique
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Reine

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Je ne sais plus les règles les barrières j’ai brisé les chaînes
Et j’essaye de me frayer un chemin dans cette immensité
Mon chemin est déjà tracé
C’est une piste de sable dans le désert des individualités
Qui devient plus nette chaque fois que le vent se met à souffler
Mon chemin
C’est une suite de vagues qui traversent l’océan
Ou bien dans les étoiles une constellation inconnue
Je suis fille d’une terre qui brûle alliance de feu et de sang
Et les reflets des océans sont la paix de mon âme
Je suis enfant de chair née du désir et du vent
J’ai sur mon front une couronne de soleil sertie de joyaux de sang
Reine d’un royaume sans nom
L’immensité sans substance est si lourde à porter
Mon âme, que fais-tu mon âme qu’attends-tu pour voler?
Sois pure
Est-ce que le soleil attend avant de se lever?
Et la mort comme la vie ne laisse jamais passer son heure
Quand viendra mon heure?
Je veux voler, rayonner et saigner
Et que ceux qui ont des yeux voient mon éclat et mon sang
Et que ceux qui ont des oreilles écoutent ma parole et ma voix
Il y a la révolte dans mon chant
Il y a la mort, il y a la vie
Il y a l’espoir qui ne me quitte pas et pénètre chaque jour un peu plus douloureusement mon cœur comme une lame
Il y a la haine dans ma voix
La haine et la souffrance et l’amour
Mais l’espoir est présent dans chacun de ces mots que je martèle comme des poings
Car je suis reine
Et je n’ai rien à faire dans cette prison dont j’ai posé moi-même quelques barreaux
Oui ma cellule j’en ai bâti les remparts
Poussée par le fouet – voyez les cicatrices
La peur au ventre je ne savais plus quoi faire
De mes mains ensanglantées j’ai pris ces pierres et en ai fait une tour tout autour de moi
Oui mais voyez je suis reine
Et je n’ai plus peur
Et j’irai marcher dans le désert jusqu’à trouver ma route
La source limpide coule déjà en moi comme le chant de la Vérité
Je suis reine
Et j’irais danser avec les étoiles et les planètes dans une valse avec l’univers
Très bientôt je danserai
Et j’irai voler dans la profondeur des mers sur les ailes des papillons de l’éther
Du chuchotement de l’herbe me parviennent des secrets
Je suis fille de la terre du feu et du ciel
Regarde comme mes yeux sont sombres
Regarde comme mon cœur est rouge
Ma vie est grise et mon histoire est sale et banale
Mais tout à coup tout cela s’illumine
Dans un éclair
Mon royaume est infini il s’étend plus loin que ce que vous êtes
L’espoir est mon royaume
La douleur est mon royaume
J’écris ce que je possède
Je possède ce que j’écris
Rien ne s’arrête jamais de naître ou de mourir
Je suis souveraine de ces mots qui apparaissent sous ma plume
Si jeunes et si fragiles encore
Invulnérables
Je vis de ces mots qui se précipitent sous ma plume
Ils sont pour l’instant petits et dérisoires
Mais si grand est leur pouvoir

La forêt

C’était dans la forêt
La pluie battait son rythme sur les feuilles des cahiers de ma mémoire
Et c’est dans cette forêt que tout a commencé

Claquant mes pieds nus sur les chemins d’acier
J’ai dansé
Et l’appel a surgi, tremblant, vulnérable
Plongeant d’un seul souffle jusqu’aux cimes des arbres
Pour atteindre enfin ce totem végétal
Qui seul pouvait m’entendre
M’étreindre
M’attendre

C’était dans la forêt
Que j’ai dénoué une à une mes puissantes racines
En tremblant de légèreté devant l’immense
Devant la pugnace densité de mon existence entêtée
Impuissante à stopper le fouet de la réalité
Dans cette forêt
J’ai pleuré sur le sang de mon dos strié
Dans cette forêt
J’ai sué mon âme ébahie de douleur
J’ai vomi mon cœur halluciné
J’ai questionné l’indifférence des saisons face au cycle incessant de mes raisons et déraisons
Dans cette forêt
J’ai su
J’ai compris
Et je me suis perdue à force de suivre les sentiers balisés

C’était dans la forêt
La pluie battait son rythme sur les feuilles des cahiers de ma solitude
Je me suis dressée nue contre les turpitudes
Et les ronces, les épines, ont mis à feu mes pauvres habitudes
Me laissant brûler vive sous un déluge de colère
D’amertume
Le jour brillant
Ne pouvait rien contre mes ténèbres
Et la nuit venue
Elle ne pouvait rien contre ma lumière
De toute ma finitude, je me dressais, fière
Palpitant de syncope en syncope
Vibrant d’un espoir atroce
Comptant sur ma chair les marques laissées par les crocs de ces bêtes féroces qui m’attaquent par milliers
Et moi dans cette forêt
M’habillant de leurs peaux
Me camouflant sous leurs odeurs
J’attends
Rageusement
Que vienne enfin mon heure
J’avale leur venin, je le fais élixir
Du creux de mes mains vides je fais naître des empires

La pluie bat son rythme sur les feuilles des cahiers où s’animent mes désirs
J’y ai élu domicile
Immuable et versatile
Dans la forêt des mots
cerisier

Absolu

Suivant le tracé de mon encre aux reflets blêmes
Mon calame m’emmène
Vers un pays dont nul ne revient indemne
Et dont la plume comme emblème trouble tous mes sens
Dans un état de transe qui frôle l’indécence
J’y pense les plaies de ma pensée blessée
De ma chair oppressée
J’écrivais en secret mes vérités taboues
Si j’ai pris la parole c’est pour aller jusqu’au bout
Quitte à ce qu’on me rabroue
Malgré les récits de nos luttes, la ferveur de nos prières
Ils prétendent que j’exagère ma colère
Moi je bous
Et tu déchiffreras les symboles tatoués
Sur le tranchant acerbe de mon verbe debout
Et tu te brûleras au sang de ce dragon qui m’a donné le sein
Sur la cendre liquide je me suis allongée
Pour attendre, lucide
Que l’enfer daigne me prendre
Forte des marques de ce voyage
Je me promène parmi les anges
Avec aux lèvres un air étrange
C’est un sourire
C’est un sourire qui présage du pire
C’est un air de victoire sur l’idée de défaite
C’est une chanson à terre et qui s’est relevée
A la faveur d’un silence
Tendrement insufflé sur le lit de l’absence
Dont je partage la couche
Où je rêve de ta bouche
Et mes lèvres se souviennent
Et ma langue se saoule des mots que tu retiens
Et mon ivresse me coule tandis que je me livre
Puis je dépose mes larmes sur un bout de papier
M’amuse avec ma muse
De ce que tu nous croyais à tes pieds
On te taquine
Pour t’emmener là où tu n’as pas pied
Et comme je ne sais pas me raisonner
Je vais te déborder
Humide symphonie pour instrument désaccordé
Par ton cœur débouté
Qu’importe ce que ça coûte
Je reprends ma clé d’ut et trace sur ma route
Sur de nouvelles gammes je pars en naviguant
Vers d’autres océans
Plus vastes, plus grands
A l’horizon de nos adieux
Je me retourne une dernière fois
Pour te dédier une lettre ou deux
A défaut de te faire déchiffrer ma langue de feu
J’en délie le fil pour en brûler les nœuds
Et sur ces cendres
Nubile
Mon âme vacille
En attendant, placide
Que l’absolu daigne me prendre

Dans le jardin

Dans le jardin de mes soupirs
Les immortelles se sont fanées
J’effleure doucement mes pensées pour vous faire un bouquet de leurs reflets diaphanes
Sur le fil de l’eau
Ma folie à fleur de chair
Flottant au fin fond du firmament que ma pensée déchire
Je fais profession de ma foi
Car demain
Je vais mourir
Et ma Vérité avec moi

Dans le jardin de mes soupirs
Je me déclare en faim
J’ai tant de choses à me dire
N’aies pas peur de t’approcher
Je sais que la souffrance m’inspire parfois
Comme un air de reproche
Qui s’accroche
A l’écho de mes souvenirs
Comme à l’ego de mon sourire

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Bientôt
Je me tairai
Car même la lune qui chaque soir
Vole au soleil les fruits de sa victoire
M’a vilipendée pour ma vanité
Mais avant que l’humus n’embrasse ma bouche close
Je voudrais
Te faire humer
Une brassée de ces phrases tout juste écloses
De mon phrasé
Aux pétales encore tout froissés

Je voudrais
Vous convier
Dans mon jardin où veille le dragon
De son souffle orangé ma source brûle encore
Fatal baiser qui a incarné mon âme dans ce corps
Ce corps affamé
Un corps pour pécher
Dans la source fébrile de mes idées
Où brillent quelques appâts aux écailles mordorées

Je remonte le fil
Mes émotions se tordent avant d’être ingérées
Digérées
Puis soufflées par ma bouche dans un jet de flammes acérées
Ou dans une caresse
Tour à tour glacée
Ou par l’amour réchauffée

Mon jardin ne connaît que deux saisons
Rêve et déraison
On n’y est jamais seul-e
Et jamais vous n’y croiserez âme qui vive hors des frontières de l’imagination
Dans cet enclos
Qu’est mon jardin
On emmure les prisons
Dans le creux de nos mains jointes ensemble
On y chante les silences
Et les ombres de la lumière y font danser les cils
Ourlant nos clairvoyances de reflets indécis

C’est un repère de poètes est-ce…
Parce qu’on y aime avec frénésie
Jusqu’à l’envers de la vie
Jusqu’aux revers de nos envies
Jusqu’à la couleur de l’horizon à l’heure où la raison se couche
Entre chien et louve
Jusqu’à la promesse du sang qui coule et irrigue ses rives
Silencieux ruisseau
Qui délivre
Un message que les roseaux trahissent en bruissant dans le vent
Ça murmure
Justice !
Justice !
Et les fantômes de nos espoirs trépassés répondent en soupirant

Dans le jardin de mes soupirs
On revit à chaque inspir
Tout comme on apprend à mourir
Jusqu’au jour où sur les ailes du dragon ailé
On peut enfin voler

Dans le jardin de mes soupirs
Les immortelles se sont fanée
Mais les pensées fleurissent
Et fleurissent
Et fleurissent

Dans le désordre…

Certains de ces écrits sont vieux de plusieurs années.

Les textes sont inégaux, pas toujours rimés, et ils n’ont en commun que leur sincérité.

Beaucoup datent d’une période où le slam était mon moyen d’expression privilégié. Ils sont pleins d’espoir et de tourment, souhaitant naïvement toucher à l’universel…

Ma muse s’étant fait la malle, j’ouvre ce blog en guise d’archives, ouvertes à votre curiosité.