Assise au soleil
Réceptive telle une antenne émotive
Attentive aux vibrations qui guideront ma plume
Pour je l’espère vous transmettre une nouvelle émotion
Je suis tranquille
Docile
Et les images défilent
Visions du cosmos qui s’enfilent
Comme des perles sur un fil
Où nuit et jour se succèdent en un battement de cil
L’alliance des contraires
Je suis faite de cette matière première
Du Nord et du Sud
Du noir et du blanc
Pour un brun qui rappelle la couleur de la terre Mère
On a tous en soi un petit bout d’univers
Un soupçon d’infini dans un grain de poussière
Filiation divine ou bien humain mystère
Nos atomes des étoiles nous font frères
Il y a de quoi en être fiers
N’être qu’une humble créature
Mais terrain d’un combat qui dure
Entre le paradis et l’enfer
Et dire que je rêvais mon cœur pur
Je suis condamnée à m’asseoir
A même le mur qui sépare
Les deux versions d’une même histoire
A voir les victimes comme les barbares
Manipuler le devoir de mémoire
Je ne sais plus lesquels croire
Et j’en passe ds heures
A démêler en moi les leurres les erreurs
Liés à la conscience d’une race prétendument supérieure
Et j’en pleure
Des traces laissées par les ravages d’un esclavage encore ancré dans nos cÅ“urs
Où est ma place ?
Nous sommes trop peu à porter ce drapeau d’un peuple imaginaire
Où nous serions tous unis et sœurs et frères
Trop peu à vivre et à saigner pour cette chimère
Et puis mon temps est éphémère
Et la bêtise humaine m’atterre
De rage ma plume se fait amère
Jeter un regard sur la Terre
Poser les yeux sur toutes ces guerres
Quand on y cherche de la lumière
Trop d’espérance est une torture
La cruauté de l’Homme serait dans sa nature ?
Et dire que je rêvais mon cœur pur

Il y eut des matins de gloire après des nuits de combat
Il y eut la tendresse du soleil après les ténèbres et le froid
Il y eut la mort qui guettait à chaque coin
Les soupirs glacés des ombres qui voulaient m’emporter
Les doutes abyssaux dont triompha ma foi
Il y eut l’ascétique espoir d’être ici pour un but
Qui aurait échappé à mon esprit timide et las
Il y eut les envolées de passion et d’ivresse
Les appels au secours, les instants de détresse
Les larmes apaisantes sur mon cœur rougeoyant
Il y eut une ou deux nuits belles comme le monde
Où un corps étranger s’appuyait sur moi
Où une âme égarée avait besoin de moi
Il y eut la prise de conscience et la lucidité
L’acceptation et l’orgueil résigné
Et mes rêves de lumière qui ne mourraient pas
Il y eut la colère et la haine et le dégoût de la vie
Lorsqu’on me vola la pureté que je n’estimais pas
Et puis la souffrance du plus vain combat
Pour recouvrer cette pureté que je ne méritais pas
Pour recouvrer cette pureté dont je ne voulais pas
Il y eut la découverte du mal et de moi
Ces sentiments malsains qui vibraient dans mon sang
La somptueuse liberté son vertige et sa voix
Ce sont ses ailes que j’empruntais pour voler
C’est son poison que je buvais pour mourir
Il y eut l’ultime volonté d’apprendre à me connaître
Et toutes les voies dans ce sens passaient par mes limites
Celles de mon esprit de mon âme et de mon corps
Il y eut la paix avec la bête que je suis
Et le conflit avec l’humaine que j’étais
Ou qu’un jour j’avais voulu être
Dans mon existence il y eut mille morts et mille vies
Est-ce pour avoir voulu vivre profondément mon être et mes désirs
Que j’ai dû renoncer à toi ?
Ceci est ma lettre du fin fond du silence
L’ennui me brûle la peau
Ici les roses ont un parfum vénéneux
Et l’espoir est si ténu
Â
Sur la route
Je place un manifeste d’une joie implacable
Je suis revenue
Pour une seconde ou pour mille ans
Là où le souvenir a fait cramer mes rêves
Aux limites du refus, de la fièvre
Je ne partirai plus
Â
Ceci est un appel déchiqueté et tremblant
La dernière soif de l’alcoolique
Le secret de l’alcôve
Un reste de tentation démoniaque
Un chant qui s’élève de toute son arrogance
Â
Je ne suis plus morte, enfin
Je ne suis plus morte.
Dans un même élan
J’aime et je méprise
Je me lâche et me maîtrise
Je désire comme je respire
Je vous attire pour mieux vous fuir
Je me suffis à moi-même
Je me sens vivre quand on m’aime
J’ai dans mes doigts de la magie
Sur mes lèvres une poésie
Ma peau douce est une écorce
Sous laquelle coule une sève féroce
Je peux te guérir mais
Je veux en fait te voir mourir
Pour renaître à un monde où le désir
A la force des rêves que l’on plante au soleil
Un monde où ton âme enfin s’éveille
Et où tu danses avec ton corps
Car la crainte de la mort
N’a plus de raison d’être
Je peux
Faire vibrer tous tes sens
Et te faire perdre ton sang-froid
Mais on en a brûlé des sorcières
Pour moins que ça
Je suis une lionne fière
Esseulée
Avec les fils de mes doutes
Je tisse ma route
Quelle vérité se dessinera
À la fin du canevas ?
Âme infidèle
Sauf à moi-même
Et à des sentiments que tous ne comprennent pas
Je suis
Une femme
LÃ est mon drame
LÃ est ma flamme
LÃ est la source de mon combat
Quand dieux et démons se disputent le chemin sous mes pas
Je voudrais juste pouvoir sortir de lÃ
Je rêve d’une puissance franche
D’un verbe qui tranche
D’abattre l’oppresseur à l’aide d’une arme blanche
Mais mon cœur flanche
Je tiens le stylo comme un poignard
Et avant de frapper je sais qu’il est trop tard
Votre injustice m’a déjà vidée de mon propre sang
J’ai vu périr ma dignité sous vos jugements
Je suis libre
De donner mon corps
Si j’aime le corps à corps
Si je raffole de ces puissants accords
Je sais mon besoin de changer la partition
De la mélodie de l’amour
Qui nous chante encore la même chanson
Du «que toi pour toujours»
Mais les fausses notes trop fréquentes
Dénotent une évidente
Discordante dysharmonie
Alors je change de clé
Pour une nouvelle symphonie
Je suis
Un instrument
Celui de ton plaisir
Ou bien de ta fierté
Je me rappelle avoir aimé
Être ainsi exhibée
Mais que je vibre sans tes doigts
Telle une harpe au gré du vent
C’est l’instrument de ton pouvoir
Qui t’échappe en un instant
Je suis
Parfois
Ta chose
Je me rappelle avoir aimé…
Souvenirs d’un esclavage trop librement consenti
Et aujourd’hui dans mon évasion
Je voudrais t’emmener
Je voudrais tant mener notre histoire sur d’autres sentiers
Où nos cœurs restent entiers
Je suis
Tellement désolée
D’infliger de la peine
A ceux qui tiennent à leurs chaînes
Même pour aimer
Je suis
Une lionne fière
Mais sage
Je calque ma vie
Sur mon message
Et si je souffre
Si j’ai trop mal
Je mettrai par écrit
Mon cri primal
Qui est un cri
De détresse
D’une douleur animale
C’est la colère
D’une femme
Un cri de liberté

Si le malheur est bruyant
Alors le silence
Est gage de bonheur
J’en remplirai les siècles
Je ferai taire mon cœur
Si la mort est repos
Alors je meurs sans cesse
De t’avoir retrouvé
Et je renais sans bruit
Dans le plus grand secret
Si la musique est liesse
Je t’offrirai la paix
De la sérénité
Devant la force de notre amour
Même les instruments se taisent
Par respect
C’est délectable
Et regrettable
A quel point tout est calme
Et tranquille
Et dans cette quiétude
Troublée par des discussions sans conséquences
Je lance des étincelles mouillées
A la face de mon double
En souvenir du passé
Il reste une plainte
Inexprimable
De la part d’une oratrice à la langue coupée
D’une femme à la révolte domptée
Disciplinée
Peut-être par quelque molécule
Ou bien par une sagesse ineffable
C’est l’ultime questionnement
Le doute impitoyable
Seul élément stable
Presque une habitude
Détestable
A vous les bourreaux de mon corps mortifié
A ceux qui m’ont jugée et me jugeront demain
Qui cherchez la cohérence dans mes pensées issues des terres du paradoxe
A ceux qui hurlent péché quand je cherche le plaisirÂ
Qui me déclarent coupable car je n’ai pas honte de jouir de l’infini pouvoir qui réside entre nos mains
Entre nos lèvres
A ceux qui se croient autorisés à me punir
Pour avoir navigué sur les terres instablesÂ
de nos désirs brimés ou décrétés tabous
Pulsions d’amour que je place bout à bout
Pour disséquer le tissu de ces tristes sérénadesÂ
qui s’élèvent des cités quand l’espoir crève le soir au coin d’une horlogeÂ
Je vous déclare la paix
Je vous déclare la paix pour ces blessures qui ont un jour assommé vos cœurs
avec une telle violence que la tendresse est restée hébétée
Et le cÅ“ur s’est dit
puisque c’est ainsi puisque la douleur sévit derrière la moindre de mes ardeursÂ
je ne me livrerai plus
Je déclare la paix aux forteresses de fortune
qui enrobent nos libertés déchues
aux chaînes et aux fouets qui trahissent l’espèce humaine
Je déclare le pardon pour les enfants de nos hainesÂ
A punir sans soigner la justice sécrète sa gangrène
La jeunesse se suicide à grands coups de substances,
j’ai vu tant de grands esprits partir en fumée
dans les chants de bataille où nos forces s’épuisent
Vous qui m’avez fait payer le prix de vos souffrances
Dans l’extrême violence de votre indifférence
Je ne veux plus me battre contre vous
En déposant les armes j’ai pris quelques lames droit dans l’âme
mais je ne lèverai pas la main car au fond je l’avoue
ma peine est bien plus grande de voir l’amour mourir
et je sais comme ça mal la chute peut être fatale je le sais
je suis morte plusieurs fois
Dans ma chambre d’enfant en écoutant les cris de mes parents dans le noir
Sur un lit d’hôpital lorsque l’enfant tant espéré se retrouva aspiré
je suis morte maintes fois violée et il paraît que je devrais avoir honteÂ
d’en parler
Je vous déclare
la paix
terribles enfants vengeurs
pour ne plus avoir à vous regarder sous le filtre morbide qui recouvre nos âmes vides
Nos intimes barricades tracent les frontières du territoire de la peur
On tire à feu nourri sous la bannière de l’unité
reproduisant la devise qui nous vola la lumière en divisant les frères
Chaque jour
On signe de notre sang ce contrat de la démence on renonce
Hostiles par principe les transports ont perdu leur sens commun
Le sexe est devenu sale on ne sait pas comment
Avoir la conscience crade est désormais synonyme de bon sens
De bien obscures prémonitions se déversent de l’illusion poétique
Trop de balles qui se perdent dans les couloirs de l’art médiatique
Pas assez de cris en capitales sur les murs
Trop peu de vraie fureur, mais combien de slams qui s’escriment à exprimer leur rage en sourdine
Faites un peu silence sur le champ de bataille
que je m’exprimeÂ
Nous a-t-on laissé le choix des armes ?
Le silence des prisons nous apprend que la parole est un trésor
La plupart des parures que nous arborons fièrement
Ne sont que les marques laissées sur notre corps
Par l’oppression de leurs regards
Retourner contre eux la tyrannie du miroir
Par nos chants nos poèmes nos écrits
Leur ouvrir les yeux de force s’il faut
Transpercer leurs yeux qui quêtent notre désir
Désamorcer les têtes chercheuses
Ne plus s’offrir à leurs regards
Dissimuler sa liberté pour mieux la protéger
Dans la clandestinité la beauté prend le maquis
S’affranchir des modèles établis
Des idéaux qui nous entravent
Prétendant glorifier
L’absolue féminité