IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

A l’époque

A l’époque je tournais dans des apparts et des violeurs en herbe faisaient collectivement leurs armes sur moi
C’étaient les prémices de mon esclavage sexuel aujourd’hui encore
Certains me parlent comme à un chien pas comme à un être humain
Pourtant cela ne m’a pas fait plus de bien que l’on m’encule
Qu’à ce type qui a subi cette immondice en taule
Pourquoi à l’évocation de son martyr on s’incline quand face au mien on rigole ?
Je me consume de n’être qu’un animal dressé pour survivre, j’apprivoise l’idée de ma propre mort
Ma plume transpire l’amour, l’espoir, le sang
Si vous aimez profitez-en car
Je ne sais pas si j’écrirai encore demain
 
A l’époque j’avais déjà noirci des pages de mes questions taboues
J’inventais des images pour aller jusqu’au bout des formes du langage
Et les rayons du soleil faisaient l’amour au Diable dans des poèmes un peu fous
Arrogante, je plaçais l’Alchimie en tête de toutes les sciences
Pour survivre à ma colère
Explorant nos collectifs enfers pour leur donner un sens
Oublié déjà le temps de l’innocence
Même l’enfance est sordide quand on éduque les anges à coup d’incohérences morbides
 
A l’époque déjà la chute des barrières était mon obsession
J’ai dégueulé mes pulsions durant l’adolescence
Sur la musique mon corps se défoulait sans trêve et mon cœur faisait grève face à la force de la raison
J’ai brûlé mes dernières prétentions à la dignité sociale sur un lit d’indécence
Ma chair fit sécession contre la loi des hommes
Du fond de ma solitude je déchirais l’opprobre de quelques traits de plume
Avec l’amère complicité de la lune
 
A-t-on changé d’époque ? Les années qui s’égrènent ont confirmé mes chaînes et ma rage à les briser
Les barbares en culottes courtes perpétuent leur révolte selon le programme imposé par les clichés télévisés
Dans mon rôle de souffre-douleur je ne leur en tiens pas rigueur ils furent forgés par le malheur
 
Oui l’époque est la même
Les ingénus jurent par le dollar
Et la haine s’insinue jusque dans nos prières
C’est toujours le chut… qui a le dernier mot quand la violence s’exprime
Bien des esprits s’élancent que le système réprime à coup de livres saints
Je remonte les époques pour dénicher l’Essence et y mettre le feu
J’exploserai tous mes sens s’il faut
Si mes rimes t’entraînent, ne crains pas le vertige et glisse au-dessus du vide en joignant tes deux mains
Car à l’heure où je me répands sur les pages de mon carnet rouge
Je ne sais pas si j’écrirai encore demain.

th (26)

Tort dû

L’arbre est tordu
Et moi je suis asymétrique
L’arbre est asymétrique
Et moi je suis tordue
Lorsque j’avance droit
La route fait des lacets
Quand je fais des zigzags
C’est sur une ligne
Je suis pleine de surprises
Comme un coquillage vide
Comme une barque percée
Une tête en fuite
Ma muse est enfuie
Et moi je reste coite
Ce que vous pouvez lire
C’est mon silence à moi.

th (25)

J’écrirai

J’écrirai sur l’ennui, l’entre-deux, l’impassible
Le terreau fertile père de tous les possibles
Mais aussi le nid d’un silence irascible
Je baladerai ma plume entre les nuages gris
D’un quotidien indistinct, morne, sans souci
Tout en espérant au fond de mon cœur le plus rouge
Que partout couve l’orage

th (24)

J’ai un secret

J’ai un secret
C’est un secret à tiroirs
Dans mon secret y a des idéaux des idées noires
Des idées vides de tout espoir
Des vides avides
C’est un secret comme on en cache dans les placards
Une secrète histoire du genre de celles qu’on se raconte pour se faire peur dans le noir
Une sale histoire qu’arrive qu’aux autres

J’ai un secret
Il y a des gens dans le secret
Des ami-e-s qui m’ont cru pour de vrai
Et même des inconnus qui en connaissent les détails concrets
Car j’ai bêtement cru le décret
Qui dit que la parole vient à bout des secrets
Mais c’est pas vrai
J’en ai parlé à foison mais mon secret reste poison
Il s’est imbibé jusque dans les murs de ma maison
Alors j’en suis partie
Emportant mon secret

Mon secret me suit comme une ombre
Il laisse des traces là où il passe et quand j’y pense
Ma voix se casse ma joie s’efface

Mon secret est dans ma tête
Mon secret a des facettes
Et sous une certaine lumière
J’ai même de quoi en être fière
Il a un côté rebelle
Un peu sauvage un peu cruel
Dans un sens il m’a grandie
M’a transformée par la magie de l’alchimie
Mais mon secret a aussi un côté pâle
Un côté un peu banal
Tristement commun carrément sale
Et même un petit côté coupable
Qui pourrait susciter l’ennui
C’est pas que j’ai honte de mon secret
Parfois j’aimerais le revendiquer
Le brandir comme une flamme
Pour éclairer faire abdiquer
Les normes et préjugés qui condamnent
Je n’ai pas honte
Mais j’ai appris que pour s’intégrer
Faut pas heurter pas déranger
Les autres avec nos petits secrets
Laisser tranquille ces gens qui ne m’ont rien fait
Même si j’en rêve même si j’en crève
Même si mon tourment ne trouve de trêve
Que quand je peux faire exploser certains concepts préfabriqués
Garants de notre tranquillité
Voilà la force de mon secret
Quand je me tais
C’est que je sais
Qu’on a tous notre secret
Et ces subtiles secrétions d’âme
Viendront un jour nourrir la flamme
D’un incendie de vérité
Pour tout brûler
Brûler jusqu’aux plus hautes barrières
Qui s’opposent à nos espoirs de paix
Ce jour viendra je vous le promets
Comment je le sais ?
C’est mon secret

th (23)

Présence

Je ne suis que ténèbres dans une spirale de sens
Je suis une étincelle dans un brasier
Je suis une étoile dans une myriade de galaxies
Je suis un cosmos parmi d’autres
Je vais là où le vent ne souffle plus
Je vais là ou la marée ne revient pas
Je viens de là où même le soleil s’est tu
Je suis là

th (22)

Lâcher prise

Est-ce la couleur du ciel
Rien ne vient
Est-ce que gronde la terre
Rien ne vient
Je guette l’atmosphère
Le miracle d’éther
J’invoquerais Lucifer
Parce que rien ne vient
Est-ce le sourire forcé
Des masques et des poupées
Rien ne vient
Est-ce la grâce en jachère
La beauté aux enchères
Rien ne vient
Une robe de Soi
Pour un ego froissé
Alors que je m’en vais
ça vient.

lâcher prise

Nos habitudes

Ma flamme dissimulée derrière un masque de décence
J’ai longtemps couru après mon innocence
Parfois, c’est pour partir en voyage que je noircis des pages
Là, entre les lignes
Je déchiffre les signes qui m’emmènent vers de nouveaux paysages
Où je poserai mes bagages
Cette île approche que je prenais pour un mirage
Hâtivement mais sûrement
Je suis la source
Vient le fleuve qui nous rassemble, puis la mer enfin
Je respire la musique
Vos paroles me soulèvent loin du climat délétère qui erre sur la terre
Je m’élève
Je savoure la trêve
Une bouffée de l’amour dont l’absence nous crève

Dites-moi si je rêve
Quand je vois cette île flottante dans le ciel de nos prières
Cette forteresse où d’autres lois se dessinent
Ce char à l’assaut du présent qui nous mine
Dites-moi si je rêve
Quand j’entends
L’appel incessant d’un ordre différent
Dans nos slams, nos cris du cœur
Et nos souffrances, et les récits de nos malheurs
Me font crier urgence ! 

En prenant ma défense au tribunal qui jauge les rancœurs
Je parle des femmes
De ces destins décidés dès la première heure après la naissance
D’un bout de chair en plus ou en moins qui nourrit de si différentes espérances
Je parle des filles et des sœurs
Et des amantes
De leurs rêves clandestins qui les font libres enfin
Loin d’un regard trop souvent réducteur
Loin du pouvoir, loin du miroir enfin
Qui reflète trop bien les attentes du monde !

En livrant mon témoignage au procès de la peur
J’explique les hommes
La marque de leurs doigts sur mes poignets quand ils me veulent trop fort Leurs excès quand ils m’adorent
Au point de vouloir m’enfermer
Précieuse propriété…
Délicieux et délicat objet je me suis faite entre leurs mains
Ils m’ont pourtant presque brisée

Et c’est la voix encore pleine de ces fêlures
Que j’évoque les hommes et leur nature artificiellement programmée pour nous dominer

Alors que je prends la parole à la barre des accusées
J’invoque le désir
La tendresse, la douceur de ces courbes familières
De cette peau à l’odeur étrangère
De ces lignes qui me guident jusqu’au cœur du mystère
Et pourquoi n’y aurais-je pas droit ?
N’ai-je pas soif moi aussi de ces caresses qu’ont délivré mes doigts
Sur d’autres corps qui ne parlaient pas le même langage que moi ?

Je repense à leurs pièges
A leur violence sacrilège
Qui prend
Parce qu’elle peut
Après le cauchemar et avant de prendre les armes
Il est vrai que je me suis contentée de peu

Alors quand pour un peu de respect on me demande de la gratitude
Je dis non
Il va falloir changer vos habitudes

Il y a une sale mentalité qui subsiste et qui nous rend la vie si rude
Tout s’explique par le poids de l’éducation qui forge nos attitudes
Il va falloir changer nos habitudes

th (21)

Rendez-moi

Au petit jour mort-né
Au diable émancipé
Qui vague dans mon crâne
Je remets la clé d’or de mes songes écartelés
Selon le rituel à la dernière lune
– le sang des songes est pourpre et blanc
et bleu de myrrhe –
 
Prenez ce qu’il en reste
Offrande décalquée
Voyage sans ivresse
Départ sans bagage
Prenez ce qu’il en reste
Et rendez-moi
 
Le nid du dragon jaune
Où la lune s’est couchée
Tremblante de désir
Pour une étoile absurde
 
Rendez-moi la fièvre des vœux impossibles
De vivre jusqu’à cent mille ans
Avec un cœur de cristal
Un papillon sur les lèvres
Pour faire taire les sanglots lents du confort vicieux
Où les poèmes s’écroulent et meurent.

th (19)

Ineffable

Attraper l’ineffable instant fuyant
S’attacher la minute poussiéreuse
Fouler la haine du pied
Jeunesse de l’éternité
Audace de la fortune
Malice de l’inconstance
Regard amusé sur le destin farceur
Quelque piste étincelle, sous l’œil désabusé d’Éros
Tout un monde aux couleurs illuminées de gloire
Bourdonnement miraculeux du petit peuple chargé de trésors
Rêve de chair, songe du muscle délassé
La course entame un nouveau décor
Pourquoi ce même refrain ?
 
Des pieds effleurent le pistil dans une danse synthétique
Sur la tresse des souvenirs

th (18)

Mon héroïne

Cousue de fil pourpre, cette histoire est tragique comme les légendes du temps où les dieux n’avaient pas encore inventé la miséricorde
Cela se passe à l’ère du feu nucléaire de la fission atomique, lorsque l’humanité se perd dans les méandres de la peur
Mon héroïne a le visage d’un ange mais la nature reprend ses droits dans son corps qui dérange l’ordre établi
Elle est bien trop jolie pour que sa vie ne le soit
Y a pas de princesses dans les royaumes où tournent les caves y a que des Cendrillon sans souliers
Elle si bête et pure suit les mauvais bergers
En l’écoutant la tristesse m’a submergée
En la moitié d’un demi-siècle deux embryons déjà sont morts dans ses entrailles
Souvent ses rêves se drapent de deuil et se recueillent devant ces tombes où le mépris sème des bombes
Mon héroïne sombre dans le remords chaque fois plus fort

Mon héroïne est libre elle vit sa vie comme ça lui plaît et en paye le prix
Il y a de l’insolence dans ses ruisseaux de larmes
De sombres éclats de rire au fond de ses nuits blanches
Et en suivant le balancé de ses hanches, le monde flanche
Elle a fini par trouver le bonheur en y mettant beaucoup de cœur et encore plus d’acharnement
Seulement de temps en temps il y a ces crises de larmes

Au bord du chemin, mon héroïne a laissé rêves de gosses, désirs de femme
Elle a cueilli les frustrations, accumulé les drames
Sans se trouver
À la faveur des astres écarlates
Le plaisir écarte ses scrupules et découvre sur ses lèvres les couleurs de la fièvre
Mon héroïne est libre… comme le pigeon voyageur
Mon héroïne aime marcher la nuit et elle connaît le goût du bleu au coin des lèvres
Tous les talents de Shéhérazade ne l’auraient pas sauvée quand il rentrait bourré pour une petite virée dans son enfer intime

À chacun sa drogue
Mon héroïne gémit sous les coups de boutoir de celui qu’elle adore
Prête à tout pour changer le décor de ce conte hardcore
Depuis peu elle  connaît la valeur marchande de son corps
Elle en a sucé des crapauds pour trouver son prince mais en vain
Elle a suivi des signes et des mauvais devins
Elle en a commis des bévues
Son corps démantibulé comme un automate au bout des pines de ses matons            Comme un air de déjà vu
Son sommeil est peuplé de rêves d’évasion
Mais tout l’enchaîne
Jusqu’au silence
Elle savoure parfois la paix quand ses pensées s’élancent
Seulement de temps en temps il y a ces crises de larmes
Finira-t-elle dans le caniveau elle qui avait un port de reine
Sa beauté dévorée par les hyènes

Mon héroïne est libre elle vit sa vie comme ça lui plaît et elle en paye le prix
Il y a de l’insolence dans ses ruisseaux de larmes
De sombres éclats de rire au bout de ses nuits blanches
Et en suivant le balancé de ses hanches… le monde flanche

th (16)