IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Envol

C’est au bord du gouffre et du vide insolent
que je tente de cerner les frontières du territoire de la peur

à l’embranchement du doute et du chaos
je rêve d’agripper un rayon de soleil
pour m’évader d’un vol d’oiseau

et j’écris à tire d’ailes
les envies d’évasion qui m’attirent tel l’appel d’un trou d’air

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Dis-moi

Dis-moi
T’as toujours été raisonnable je le sais
T’as toujours essayé de suivre le droit chemin
Sans être inconscient, de penser à demain
Dis-moi pourquoi pour toi
Demain c’est rien tellement c’est loin
Tant le présent se construit à la force de tes poings
Dis-moi t’avais trop peur qu’ils te méprisent
T’as toujours fait tout ce qu’ils disent
Tu as suivi les conseils avisés
De gens bien intentionnés qui ne font que répéter
Ce qu’ils ont appris par cœur dans les livres
Vérités sacrées, déformées, réinventées
Parce que libre tu représentes un danger
Dis-moi sérieusement t’en as jamais eu marre
De rentrer chez toi et te coucher tard le soir
De penser à ton travail que t’as jamais vraiment aimé
De remettre toujours à plus tard tes projets
Dis-moi comment tu fais pour oublier ce que t’étais
Renier les rêves que t’as abandonnés
Dealer avec les fantômes de tes désirs avortés
Dis-moi quand la télé te fait voir des merveilles
T’es sûr que t’y penses pas le soir quand t’as sommeil?
Me dis pas que t’as jamais eu envie de soleil quand la pluie tombe
Que t’implore pas ton étoile pour qu’elle se réveille
Dis-moi toi qui te considères comme un type bien
Que t’as jamais eu l’impression d’avoir une vie de chien
Que tu te demandes jamais qui tu es, ce que tu fous là
Ose me dire que tu ne t’es jamais demandé pourquoi
Pourquoi quand t’étais jeune tu voyais pas la vie comme ça
Pourquoi quand t’étais libre t’avais d’autres ambitions pour toi
Pourquoi tes sacrifices ne voient jamais de récompense
Pourquoi tu sais jamais si c’est vraiment toi qui pense
Pourquoi t’as l’impression d’avoir souffert en vain
Puisque tu n’as rien fait pour changer tes demains
Pourquoi il faut toujours que tu sois dans la norme
Pourquoi tu te crois fou quand tu n’es pas conforme
Même l’air que tu respires est devenu monotone
Les jours passent et tu attends que ton heure sonne
Tu te demandes ce que t’as fait pour mériter ça, tu vaux mieux que ça
T’essayes de pas y penser pour supporter tout ça
Tu te félicites pour ton travail, aimes ta famille, kiffes tes amis
Mais tu n’attendais pas autre chose de la vie?
Dis-moi il fut un temps où tu vivais dans la joie
Depuis t’as oublié que la seule voix à suivre est en toi

Doucement

Doucement
Tel un papillon enamouré
Tu te poses sur mes lèvres
Pulpe sucrée
Nos doigts qui s’emmêlent
Nos peaux qui s’entrechoquent
Tout cela me fait penser que
Nous pourrions nous aimer

Un corps qui rentre en l’autre
Les souffles qui s’accélèrent
Nos cœurs qui respirent
Un verbe qui s’écoute
Et le tremblement des cils
Tout cela porte à croire que
Je pourrais me noyer
Dans ton regard bleuté
Je voudrais y rester

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Mon territoire intérieur

Mon territoire intérieur
A longtemps été régi par la terreur de lois implacables
Pour les briser mes instincts se sont rendus coupables
Rebelles à la dictature de l’ordre
Mon territoire intérieur est souvent envahi par des ennemis
Auxquels il livre une lutte sans merci
Une politique martiale est appliquée pour préserver ses maigres acquis
Une illusion de cohésion
Aux dépens de l’imagination brimée
Il paraît que c’est une question de survie

Mon territoire intérieur
Est un champ de bataille
Mobilisés par la peur
Ses soldats ne font pas de détail
Ils surveillent le moindre surgissement d’émotions
Désir, plaisir ou colère
Tout est prétexte à suspicion
Feu nourri de défiance qui trouve sa justification
Dans d’affligeantes expériences
Il faut faire plus attention
Fait le ministre de la raison
Étouffons la rage dans l’œuf
Ne laissons pas s’exprimer les passions
Il faut bâtir un ordre tout neuf
Finies les vaines excitations
Qui s’agitent dans nos veines
Et nuisent à la production!
Voyez comme le chaos menace!
Il faut stabiliser, karcheriser, faire place nette
Sinon la voie des poètes
Conduira notre État à sa perte

Car mon territoire intérieur
A son propre gouverneur
Qui a des ambitions sécuritaires
Il veut faire taire
Toute velléité d’improvisation
Ne se sent bien que devant un parcours programmé
Sans charme
Il voudrait tout calculer
Jusqu’aux histoires de cul
Forçant les sens à prendre du recul
Trahissant l’essence de la jouissance

Mon territoire intérieur a soif d’avenir
Faim de devenir
Heureusement subsistent dans mon sang
Des éléments résistants qui répondent PRESENT
C’est pas toujours facile
Ils ont la vie dure
Dans les circuits lymphatiques ils s’organisent pour que la révolte perdure
Avec un rêve comme solution
Organisant des attentats à la raison
Assez spectaculaires
Pour que le dictateur toujours bigot
Les menace de l’enfer

Alors mes idées tremblent de doute
Et je ne sais plus quoi faire de mes prières
Qui m’ont si souvent guidée sur la route
Mais cette atmosphère de tribunal les dégoûte
Une nouvelle ère qui a des airs d’Inquisition
Les préjugés s’installent, en attendant d’être à la rue
Le jour du renvoi brutal des sales idées reçues

Dans mon territoire intérieur il y a une lutte pour le contrôle
D’un côté des valeurs droites, bien éduquées
Où tout est clairement rangé, divisé
De l’autre
Des concepts plus basanés
À qui l’on donne le mauvais rôle
Pour eux la vie n’est pas toujours drôle
Alors parfois dans leurs rangs l’armée de l’ordre enrôle
Avec le maniement des armes
Leur enseigne le mépris
Puis s’étonne quand ça crame
Les crimes gratuits se multiplient
Dans mes neurones c’est la folie
Mon corps se déchaîne
De la scène au lit
L’oreille absorbe, l’œil lit
La peau luit de colère dans la nuit

Certains mots trahissent le père Patrie
En composant des phrases de kamikazes
Déphasés, les amis du pouvoir tremblent de peur
Les autres peignent sur les murs de mon territoire intérieur
Des fresques en couleur
Qui crient douleur
Qui traduisent la rage au cœur
Qui visent à réveiller le bonheur anesthésié de sa torpeur

C’est que les gaz des armes lacrymales ont parfois une issue fatale…
Certains rues de mon territoire intérieur sont jonchées de cadavres…
Les morts provoquent des soulèvements de la mémoire
C’est qu’ils n’acceptent pas d’avoir dû se taire
Mais ma police intérieure ne devrait pas instrumentaliser leur colère…

La terre se réchauffe
C’est mon territoire intérieur d’en bas qui brûle
Du feu de l’enfer
Il faudra s’y faire

Il y a des fractures
Des plaies jamais cicatrisées
Dont jaillit le jus de la démence
Voyez comme ça danse
Sur les brasiers

Aux quatre coins de mon territoire intérieur
La chair a flambé
Sur les trottoirs fumant le cœur encore vibrant
Projette un rayon d’espoir
Obscure incandescence
Promesse d’une autre Histoire
Pourvu qu’il nous reste la force d’y croire

01

Tempêtes

Dans le miroir de l’eau
Soulevée de tempêtes
Je me suis vue colère
Et le dessin troublé
De contours illusoires
Criait l’ingratitude
Et mes larmes embrassaient
Le lac de mes désirs
Où je viens me noyer

au miroir d eau

La paroles des anges vils

Leur auréole à terre sur le bitume que glace l’indifférence
les anges vils chantent les voix du silence
Ils ont la peau trouée et des neiges éternelles au fond de leurs yeux vides
elles ont le ventre sanglé par des désirs déchus
ils ont les poings saillants et la détresse sourde
elles ont des bleus à l’âme

Les anges vils parfois se reconnaissent et tissent entre leurs ailes des abîmes de tendresse
où le bonheur s’invente un nom
et la fée décadence laisse voir sous sa jupe la fente de l’exil
puis dit non
Lorsque la porte se referme, les anges vils ont au bout de leur langue des relents d’amertume
la volonté exsangue
à peine la force d’entendre ce que taisent nos plumes

Ils s’appuient sur elles comme sur des béquilles au moral miné
elles cherchent des îles pour se sentir tranquilles d’être dominées en ce terrain hostile
Les anges vils ont des histoires scabreuses et des trous de mémoire sur des sujets absurdes
leur cerveau ravagé est cruellement lucide face au réel perfide ou chacun tient son rôle

Ils choisissent de se battre en soumettant le monde à leur volonté reine
elles optent pour le sourire pour faire passer la pilule des jours qui s’égrènent
ils marchent en procession sur les trottoirs nocturnes complices de tous les crimes
elles se vendent en parcelles sur le marché du désir

Laissant se briser leur être
En mille et un morceaux que le soleil ignore lorsqu’il balaie le monde

Les anges vils n’ont que de pauvres paroles à dealer pour survivre
Dont les échos s’envolent au gré de nos égos ivres

Et vont nourrir la silencieuse complainte des anges vils

Morcelé

T’étais tout morcelé
Avec ta fierté dans une pièce
Ton cœur dans l’autre
Ton idéal sur le palier
Et tes idées stockées dans des boîtes extérieures
Ta sécurité dans une case
Tes espoirs conjugués
A tous les temps sauf celui du présent

Et je te dis voilà
Tout est dans le même point

Et tu me dis j’ai peur
De cet isolement ?

Tu étais égaré
Te voilà retrouvé
Et de peur d’être heureux
Tu insistes pour signer encore quelques chèques
Pour payer des dettes imaginaires

Je t’ai donné de l’air
Et tout ce que tu respires
Tu veux le vivre ailleurs

Sois sans pitié avec ta peur
Elle ne te mérite pas

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Dévaluée

Je suis un doute lancinant
Une couleur passée à l’eau froide des sentiments
Je suis une migraine abstraite
Une attente jugée lente par les gardiens de l’infini
Dans le non-dit
Le non-agir
Assise à la gauche du saigneur
Tout en me gardant bien de me souvenir
Je suce les regrets ankylosés comme des bonbons à l’arsenic
Ressassant des relents d’amours trépassés
Sans penser à demain
Pour ne pas céder aux sirènes de l’espoir
Désormais
Submergée par le bruissement du silence
Je suis un
Vulnérable
Pile au milieu du néant rouge de mes sens engourdis
Le cœur en jachère
Attendant qu’on récupère ses morceaux éclatés
Qui ont la valeur du sable dans le désert

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Avale

Doucement
Avale mes mots
Comme de l’ambroisie
Si tu as de la chance
Ils te tueront
Si tu ne les comprends pas
Ils te laisseront
Intact-e
Comme au premier jour
Avant le premier mot
Du premier poète

Doucement
Je me sens mourir
Comme je lis tes mots
Simples et beaux
Et je m’étonne
Ou je le feins
De tant de gris
Dans le quotidien
Un triste amour
Aurait-il balayé les couleurs
De ton cœur ?

Je suis naïve
De croire que je pourrai te déchiffrer dans tes archives

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En dernier recours

A la base c’est une question, douloureuse, lancinante, ou comme un manque, un appel auquel la plume répond en quelques lignes qui semblent jaillir d’au-delà de soi…
Et la réponse est là, au bout d’un écrit dont l’essence est la même quelque que soit la nature du cri
Non tu n’es pas seule, à souffrir cette vie, à sangloter en silence sur son vide de sens et ça veut dire, ça veut dire qu’il y a tout un royaume auquel certains d’entre nous aspirent, qu’il y a tout un possible d’amour et de paix qui nous inspire.

Et si vous me sentez sombre, c’est qu’il y a tout un aspect de la lumière qu’ils ont mésestimé, celle qui jaillit des plus profonds désespoirs, celle qui brille dans les reflets du sang que nos ancêtres ont versé et qui s’écoule encore des plaies des peuples opprimés
C’est cet insolent éclat qui me fait tenir quand je suis déprimée
Et cette rage au cœur a la chaleur d’un incendie sur un charnier
Et la tendresse d’une prophétie qui promet des lendemains de justice

J’ai d’abord assumé l’étiquette de rebelle idéaliste ou atteinte de folie douce
Et puis on m’a collé le nom d’artiste dont je rêvais en douce
Face au quotidien si affligeant que même le sexe viril a fini par s’octroyer le droit de pleurer
Indignation bien calibrée que l’on délivre à intervalles réguliers et selon la consigne pour une conscience tranquillisée
On nous drogue à grande échelle pour s’assurer de notre silence face à ce qui vicie nos existences
Diverses substances sur ordonnance ou en vente libre garantissent le calme dans les rangs des quidam qui défilent au pas sur le macadam ou au rythme des trames souterraines
Et pour les esprits les plus faibles les sirènes du système dont ils sont le cœur de cible
Consommer pour posséder pour être plus que son voisin consommer pour écraser ou pour oublier que l’on est toujours dans le besoin
Achetez achetez tout est à vendre j’ai vu des âmes au rabais après avoir été conditionnées
Emballage charnel sous vide d’amour
Le plaisir oui le plaisir est à la portée de toutes les bourses pleines…

Après l’orgasme capitaliste reste à attendre le règne de la misère
Quand sur les ruines de nos civilisations liberticides soufflera le vent glacé de la mort
On nous demandera à nous les vivants pourquoi n’avez-vous pas crié plus fort
D’où la violence d’un chant contre la surdité d’où sourd l’absurdité de l’injustice toujours en tête de lice de leur progrès alors

Moi vivante mon verbe vivant nous ne laisserons pas taire l’ardente insoumission
Tant que mes frères vivront la voix des ghettos dégueulera son témoignage des temps présents
Et tant qu’il y aura certaines de mes sœurs pour se taire je serai là pour clamer les sévices que ce système enterre loin de vos oreilles et de vos yeux

Nos messages engagés déjà se propagent et marqueront les âges
Nul ne pourra prétendre qu’il ne savait pas

Imagine… qu’on fasse ce rêve ensemble… un rêve d’unité d’espoir par tous partagé
Et si tu n’en veux pas … tremble…

J’aurais pu finir ce texte sur une menace mais souvenez-vous, je suis celle qui écrivais des prières
Mon innocente candeur m’a joué bien des tours et malgré tous mes détours en dernier recours je ne suis que les voies confirmées par l’amour

Elles me conduisent parfois à marcher aux côtés d’une armée aux ailes noires comme à tremper ma mine dans des ruisseaux d’hémoglobine
Mais souvenez-vous je suis l’enfant issue de l’union des contraires et cette double nature m’amène à des émotions contre-nature où l’enfer et la foi pour un même combat marchent ensemble
Et si ça te dépasse… tremble
Car quand je prophétise de mes lyriques caresses d’autres préparent déjà le fatal assaut
En première ligne des cœurs fêlés comme le mien assez fous pour faire fi de leur vie afin d’affronter l’infâme
Les faits que d’autres acceptent nous semblent infects on affûte notre verbal venin pour que ça vous affecte et mettre fin à l’humaine défection
Je suis celle qui a toujours rêvé de révolution et qu’importe les risques que j’encours
En dernier recours je ne suis que les voies confirmées par l’amour

rêvolution