IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Camisole

A vous qui traînez entre vos jambes lisses
Tout un tas de remords de supplices
Délégués par vos frères vos aïeux
Sempiternel univers comateux
Je vous envie
Vos parjures
Jusqu’au dernier testament en lice
Amant en laisse
L’esprit tourné vers l’historique trace
La descendance.

Le cœur parcheminé de tâches grises
Vous courez vers demain
Certains sans voilure s’en vont savants
D’autres richesses encore lestées
Pour ne pas rester au port des indigents de la mémoire
Certains s’envolent et d’autres coulent tout étoilés
La mort a revêtu son habit de soirée

Cette farandole distrait l’éternité
Une parabole sans jeu ni fête
Autour de la princesse aux pieds crottés.

Je vous envie vos larmes

Une camisole chimique autour d’un océan, le monde a soif pourtant.
Rire

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Transpire

Transpire
Sur ta page vierge
Sue ton âme
Lance tes mots
Tes émois
Salue l’univers
De toute ta courbure
Danse sur la ligne
De l’incertitude
Valse avec tes impossibles
Et reviens
A l’origine de l’instant
Brûle
Tes peurs encore une fois
Avec pour seuls témoins
La nuit
La neige et le temps

plume

A court de prières

Je suis à court de prières
Partout la guerre
Des enfants meurent
Et je fais le caprice de ma soif d’amour
Jour après jour

Ailleurs le monde se soulève
Ici la révolte en grève
De la moitié de l’humanité
Toujours soumise et mains liées

Dans mon parcours
J’ai vu la belle étoile rester silencieuse
Et quand le soleil m’a répondu
J’étais heureuse
D’être folle
Mes dreads se sont dressées sur ma tête
Puis pour mon crâne rasé d’ascète
Ce fut la fin du monde

On chante la crise
D’autres s’enrichissent
La planète agonise
Pourtant des enfants naissent
Comme les arbres tombent

Et pour nos frères
On perpétue le calvaire
Veaux vaches cochons couvées
Menés au massacre quotidien
Dans l’indifférence des gens de bien
Et moi je transgresse chaque jour
Sans prétention je fais tout pour
Donner à ma liberté ses lettres de noblesse
En chassant la tristesse
Je suis à court de prières
Mais j’ai un corps pour aimer
Bibliquement
J’ai tout donné.

encens

Nouveau départ

Encore un nouveau départ
Je serais bien ingrate de m’en plaindre, j’avais rêvé que ma vie ne soit que succession de voyages, d’étapes imprévues
Et j’ai assez navigué de bras en bras d’âmes en âmes il me faut voir du pays
Du pays
Il me faut voir l’Afrique ou plutôt la revoir je n’ai à ma portée que ces souvenirs indistincts qui se situent dans les limbes du conscient
C’est trop peu pour faire une famille
Ce ne sera pas mon pays mais peut-être un peu mon royaume après tout je suis reine il me semble juste avoir oublié de qui de quoi
Pour l’instant sous ma gouverne il n’y a que ces langages que peu comprennent, et puis après tout quoi, les mots sont un artifice l’essentiel passe toujours au-delà

A la recherche de ma négritude
Je nous ai jugés bien vains de parler d’esclavage
Sans savoir au fond
Sans savoir autre chose que ces prisons communes à tous les humains
Il me fallait vérifier j’ai opté j’ai vécu peut-être est-ce ainsi que je me l’explique est-ce ainsi que je provoque ma vie
Je l’ai vu le Raciste
Il me traitait de négresse en me crachant au visage
J’ai accompli ses plus basses besognes
Sans pouvoir réclamer même un sourire en récompense
Je l’ai connu le Maître
Il m’a donné du fouet lorsque ma pensée n’avait pas anticipé ses désirs avec assez de justesse
A ceux qui me croient égarée dans ma propre métaphore
Je montrerai mes cicatrices pour qu’ils frémissent avec moi
Qu’ils tremblent d’effroi car il est toujours là je l’ai connu
J’ai été vendue à d’autres hommes par un homme qui avait la même couleur que moi
Comment ai-je pu me laisser approprier au nom de l’amour
Comme d’autres au nom de Dieu ou du dollar ?
C’est que l’esclavage n’a pas encore été aboli
Il se pavane encore sous des parades légales
Des idéaux de pouvoir, et des violences rendues possibles par les mensonges de nos histoires

Satan m’a fait deux gosses dont le meurtre pèse sur mon âme
Je l’ai aimé le Monstre
Eu pitié de l’esclavagiste
Pleuré avec mon bourreau
Il n’est guère plus libre que moi dans ce système tordu
Une fois même avec le crâne fendu je priais pour son âme j’avais le pardon aux lèvres
Et l’âme légère
Arrivés là même la mort recule
Je vous jure
Je l’ai aimé le Monstre
Je l’aime encore parfois quand je suis seule et vraie
C’est mon semblable après tout, ses larmes ont le même goût de sel
Et quand il me blesse, ses mains saignent

Je vais chercher l’asile dans une chair à vif
Un continent qui n’en peut plus que le monde meure à ses dépens
Je suis un corps violé qui erre sans rivage
Mon visage un miroir de contraires
N’ayant ni pays à pleurer ni paradis perdu
Je réclame pour chaque âme d’avoir l’empire d’elle-même
C’est beaucoup dire et ce n’est qu’un début
Encore un début
Encore un nouveau départ et si je ne suis plus très neuve
Je dis merde au bourreau qui me dit périmée
Je dis merde au colon qui m’a abîmée
Au capitaliste qui m’a pillée
Non content de me ravager il a joui de mon sang
Étranger à ma rage cela me laisse au moins l’avantage de la folie
Ceci n’est pas une fuite
Je l’attendrai aux quarante coins du globe du haut de ma vérité nue
Et crûment
J’assassinerai la poésie par le silence

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A force de cuire les images

À force de cuire les images
Le petit écran propage comme un vent d’habitudes sur nos turpides
Se ferment lentement nos yeux baignés de sang
Impitoyable, le réel s’étale et obscurcit d’un voile notre étincelle
C’est la barbarie
Nos idéaux sont à genoux
Sous le joug du profit tout s’explique et tout s’excuse
Jusqu’à l’enfant soldat dont le regard accuse le spectateur endormi
Seuls s’apitoyentbceux qui ont le temps, sur une main tendue,
sur une famille qui survit dans une tente près d’un canal de la capitale

À force de cuire les images
Un certain rap cristallise l’expression de la rage
Qui se fige dans l’attente d’un présent incertain
Les rebelles se parodient
Et le pouvoir se rit de nous qui payons le prix fort pour prouver qu’on est fous
Et qui nous retrouvons dépouillés de tout

À force de cuire les images
La jouissance perd en grade et le sexe se dégrade à tous les degrés
La salope en a honte, le libertin s’éteint
sous la branlée de la morale
Et tous restent sur leur faim

À force de cuire les images
La poètesse indigeste quête dans la violence
du sang frais pour sa bouche

Un roi

Sur la dent circulaire qui déchire le temps,
J’écris en petits morceaux le discours d’un roi borgne,
Attaché à ses ténèbres comme au trépas du jour,
Dans une cérémonie de fièvre, d’or et de filaments rouges.

J’arrache des lambeaux de silence à un paysage tiède,
Parsemé de marques nonchalantes,
Et gardé par des fauves imaginaires aux crocs bien serrés sur mon cœur

A travers un soupirail
L’enfant voit
Il boit les couleurs et avale la poussière d’une demi-lune
De la mousse au coin des lèvres
Blanche comme l’écume de l’océan
Il guette le point final pour retourner dans l’abstraction

Mes mots lui tissent une couronne d’orties

Ce roi n’est jamais né,
Ou bien c’était l’année où la tempête l’emporta sur le désert
Son iris couve des flèches
Sa main est désarmée

enfant

Trottoirs

A toutes celles qui arpentent les trottoirs
De Paris à Manille de Moscou à Dakar
Et dans toutes ces villes que je ne connais pas
L’espace s’amenuise au rythme de vos pas
Qui tracent les contours du désespoir

Vous êtes flammes à la merci du vent
Vous que les hommes jugent dignes de leur foutre
Indignes de leurs sentiments
Étoiles qui agonisent
Ont la pâleur de princesses en guenilles
Et la noblesse de l’âme
Je ne laisserai plus chanter les lendemains qui rient dans des cieux improbables
Pour faire taire la complainte de ceux qui se réveillent avec l’enfer au ventre
De celles qui ont la haine comme antre et comme refuge
Transfuges exilées des terres de l’espoir

J’écris pour celles qui n’ont pas choisi d’être des corps publics
Noyées sans secours il y a dans leur regard
L’immanence d’une poussière incandescente
J’écris pour celles que personne ne regarde
Que parfois on désire le temps d’un soupir l’espace d’un remords

J’écris pour celles…

trottoir2

Sorcière

Rage de la page qui se dévisage
Sans image
Plage de songes qui rongent le rivage
Sage
Les fées n’étaient pas invitées au mariage
L’atmosphère sentait la sauge
Sorcière
Pourquoi ce tapage
Tu as planté ton souffle dans un clivage
Pour récolter à travers les âges
Le prix de nos passages
Réjouis-toi du carnage

j6focyko

Mon corps

J’ai un corps de mensonges
et de pièges
de promesses et de fleurs vénéneuses

Son poison
Le nectar qui t’arrache aux étoiles
pour te précipiter
sur la première planète venue

Mon corps nu
est la carte de tes peurs
dénué de bouclier
et ta lame
le silence de l’étrange
Intangible

Une larme
a rougi le mécanisme de tes suaves caresses

J’ai un corps
coffre
Dont la clé réside dans tes égratignures

Les griffes sur ta peau
et les marques sur ton palpitant sacrifié

Ta parole secrète
Saura-t-elle dénouer le ruban
qui entoure le cadeau empoisonné
de ma chair délivrée

nu noire

Décrocher la lune

J’ai enfin décroché la lune
Depuis le temps qu’elle me faisait de l’œil
Cette catin
J’en ai déballé des sornettes
En solo ou en quintette
En prose ou en quatrain
Pour qu’enfin la midinette
Daigne sortir de sa cachette
L’air de rien
Tous les rêves que nos aïeux lui laissèrent en otage
Murmures d’humanité stockés dans son bagage

ça m’a coûté ma fortune
Mais son innocent sourire du matin
Ne moquera plus les trottoirs
L’ange du bitume aux idées noires
Ni le ghetto des miens

décrocher la lune