IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Ecorchée

Je suis langage incarné
La source pétrifiée des métaphores incandescentes
Des images léchées par le feu

Je suis l’omission
Le mensonge oublié
Le crime pardonné
Le viol enluminé
Le substrat

Je suis toute une
Et les contours glacés d’un été sans lune
Promettent réparation
D’un avenir distinct

Consolation solitaire, je suis un verbe branlant
Écorché rouge
Baiser

flamme-1_2642183

Les secrets de l’aube

Nous sommes à l’heure où l’aube se dénude
Et les serpents dressés sur leurs tendres carapaces
Dilapident le sermon.
L’heure est venue vous dis-je
Pour les secrets de l’aube

J’étais dans le ventre d’un crocodile mâle
D’une lame de ciseau je me suis accouchée
Un seul tranchant je lui donnais le nom de : Dieu
Serrant l’anneau de ma main qui n’était pas née
je l’appelais Amour, et commis 7 vœux à son encontre dont je vous parlerai
A moins que vous ne soyez là déjà
Car demain se promène au bord de l’eau
Et sur le sable les oreilles sont reconnaissables
Un empilement de nacre et ta narine fait chut…
C’est moi qui reviens

Si la mer est salée c’est que les sirènes ont tant pleuré l’inconscience des marins
Et pour les femmes restées au port
Si je suis partie, sans masque, sans fard
C’est pour avoir été sculptée trop tôt sur la proue de tous ces navires
ou trop tard – ce qui revient de même, c’est le coup du burin.
Et la femme qui ignore pour combien de cons vifs il lui faut cuisiner ce soir.
Met du sel dans l’eau

Les marins aiment prendre des risques stratégiques qui les font veiller tard et leur confère une aura d’importance
Pénélope d’où vient la force de ton sourire ?

D’une passade amoureuse un doux soir d’été
De l’odeur du chocolat de décembre
Du camélia en fleur
D’un prince imaginaire
Du bas-ventre et de sa douleur
D’ailleurs
De la pitié pour le crocodile maroquiné sur les plus belles avenue du monde

Sitôt jaillie du néant
On me fit avaler son chant pour le régurgiter tout le long de vos orteils et ce n’est pas une blague
Croyez-moi
Plus jamais vous ne marcherez pareil dans vos peaux de vache
C’est paisible, une vache
Son regard inquiet n’oppose aucune résistance
Aucune

Par souci d’urgence la lune est venue se poser sur ma langue
Croire avant qu’il ne soit trop tard
Pour savoir au petit matin
Quel jour reste à éclore
De cette nouvelle aube

Crocodile

Enfin

Enfin
Péter le câble nécessaire
Le soleil brille sur mon départ
Tout comme le ciel crevait pour laver mon âme
C’était encore hier

Marcher vers le levant
En chemin
Écrire des airs et des chansons
Joie exaltée par la peur
De l’inconnu

Se tenir nue sous mon étoile
Elle me réserve un sort
Toi qui demeure au sein du Très-Haut
Ou qui n’existe pas
Quelque soit ton nom j’acclame ta volonté

Je serai
La poétesse qui marche
J’arpentai les mots
En suivant l’absolu à la trace

laisser-une-trace-de-son-passage-ef16c512-ebb3-441f-b9ed-cdb7aa587728

Beauté

Devant la Beauté
En majuscule
Moi je recule
Oui j’en ai été digne un jour
Oui j’ai su inspirer l’Amour
Mais la grâce est éphémère
Mon heure est passée, j’en suis amère…

Devant la Beauté
De tes paroles
Mon cœur décolle
Et si je ne peux atteindre cet idéal
Je mourrai en vol

beaute-main-pied

Rumeur

C’est un son qui revient comme l’écho d’un tambour
Que le soleil frappe là-bas dans le lointain
C’est le bruit de ton cœur dont le tempo accélère
Pour donner le rythme de ton destin
C’est le silence qui précède les plus beaux discours
C’est le langage que nous inventerons demain
Cela peut prendre les accents de l’amour
Ou être aussi cru que le sort d’une putain
C’est un son qui tremble comme les prémices d’une colère
Qui fait peur à ceux qu’elle ne concerne pas
C’est quelque chose comme le soupir d’une prière
De quelqu’un qui veut croire et qui ne le peut pas
ça a la douceur d’un nuage et la force d’un volcan
C’est ténu comme un fil et plus fort que le temps
Aussi vrai qu’un mirage ou qu’une larme d’enfant
C’est un son que j’image chaque fois que je l’entends
Il est dans les ondes qui vous traversent à votre insu
Il défie les frontières de votre espace-temps
Il est dans ces détails que vous n’avez pas vus
Discret comme un virus infiltré dans ton sang
C’est un son qui se concentre et se propage à la fois
C’est un bruit qui court à propos d’unité
Une histoire qui réchauffe comme un feu de joie
C’est la clameur que l’on transpire sur le papier

Les murmures de nos plumes enfin rassemblées

Les amants insolents

On m’a demandé d’écrire un texte sur l’amour
Qu’une date dans un calendrier nous dise comment s’aimer
ça me fait doucement rigoler
Pourtant
Cette débauche de tendresse me donne aussi envie de sourire
Tant c’est bon quand on aime, de se le dire
Tant le silence du cœur nous fait souffrir

On m’a demandé d’écrire un texte sur l’amour
Je voulais l’appeler
Les amants insolents
Pour tous ceux qui s’aiment en dehors des normes
Hors des rôles préconçus
Nous sommes tous différents et pourtant trop se réfèrent
A un modèle unique pour aimer
Comme des déclarations à dates fixes

On m’a demandé d’écrire un texte sur l’amour
Une aubaine pour ma plume engagée
Une page vierge pour délivrer un si intime message
Que mon âme en est presque violée

Il ne suffit pas de se mettre à nu
Encore faut-il
Avoir faim de la chair dont l’absence te déchire
Se rendre vulnérable
Pour affirmer sa confiance en ce qui nous anime
Briser l’image d’Épinal et savourer le crime

Ils disent
Qu’après les regards qui embrasent
Les émotions qui fusent dans un cœur implosé
Par des rêves mis en orbite
Partis en fumée

Ils disent qu’une fois passée leur délivrance
L’habitude érode les sens
Que la magie trépasse que c’est une évidence
Ils disent que ça se remplace
Par une sorte de tendresse qui console notre chair
De sa déchéance au rang de corps habituel
Que la durée tempère l’incandescence
Que ce serait sagesse de l’accepter

J’ai oublié de modérer mes rêves il se pourrait que j’en crève
Parfois le rire de l’amour a des accents de fatalité

amants

A l’heure où…

Dans la deuxième partie de la nuit
A l’heure où les poètes vont boire
C’est l’éclosion de nos espoirs qui éclaboussent nos solitudes souvent teintées de sang
Derrière le rideau que forment nos regards
La réalité me parvient sur un mode expiatoire
Et le spectre de la honte retrousse ses babines
Se délecte de mes erreurs grossières
Lorsque ma soif de liberté me perd
J’ai tellement manqué de repères

Dans la troisième moitié de la nuit
A l’heure où les démons effleurent les miroirs
Mon reflet vacille mais mon image renaît
Vivifiée par le vertige et la terreur
D’où je tiens ma dangereuse candeur

Ma poésie exige quelques accrocs sur le linge blanc de vos valeurs
Cicatrices sans retour causées par l’immaculée sincérité de mes conceptions
J’ai tout à apprendre de l’amour
Je n’ai connu que la possession

Guettant les lueurs de la nouvelle journée
Encore sous l’effet d’un révélateur à 37 degrés
A l’ombre d’une lumière noire
Mes cicatrices dévoilent leur ampleur
La profondeur de leurs ravages persistants sur mon cœur

Je paie le prix fort pour leurs erreurs
Leur ignorance et ma douleur sont si intimement liés
Je remonte la piste de leurs désirs souillés
De l’esclavage insidieux dont j’ai été complice

Vient le premier battement du jour
Je cesse enfin d’incriminer le souvenir de mes blessures
Je lève le voile sur le futur que je m’étais inventé
Et dont j’avais lâché la clé
En même temps que les chaînes qui m’entravaient

Je me saisis maintenant du métal
Tour-à-tour brûlant ou glacé
Selon que ma colère soit froide ou mon désir ardent

Sur le premier battement du jour
Le temps s’est arrêté dans sa course lente
Juste un souffle d’amour pour le réanimer
Juste un souffle de notre amour
Pour le réanimer
Sur un inspir

Fleur-de-Pissenlit

Bouche bée

Bouche bée
Devant l’étendue des crimes commis de ma main de ma bouche
Je lutte pour ne pas m’abîmer dans la stupéfaction

Oui je suis devenue ce monstre d’amour et de solitude
Vibrant de plus en plus fort et d’aussi loin que s’étendent nos turpitudes
Je ne te perds pas des yeux

A chaque pleine lune
Je cueille l’élixir au cœur des ténèbres
Pour me guérir de ta morsure
Vampire
Que tout ce sang versé ne le soit pas pour rien

Si je suis devenue ce monstre d’amour et de solitude
Je n’aurai plus à te perdre à nouveau

À nouveau intacte après la mort
Peu m’importe ce que clament les marques sur mon corps
Il y a de la pureté dans chacune de ces larmes

Qui les retient ?

solitude

Mon bien-aimé

Encore une fois je tombe en prière
Tout en tentant de faire affleurer la lumière
Depuis les profondeurs de mes troublantes questions
Qu’est-ce que l’amour?
N’est-ce pas cette force qui nous soulève?
N’est-ce pas cette source qui nous abreuve?
Plus qu’un signal déposé sur nos lèvres par un autre
L’amour est parfois si loin de ces étreintes sauvages
Et que peut-on donner quand on ne connaît pas soi-même
Son vrai visage?
C’est un cœur unifié
Que je veux tourner un jour vers mon aimé-e
C’est d’une âme sincère que je lui dirai tout en un silence sans fin
Qu’est-ce que l’amour?
Si tu as besoin de ma main dans la tienne
C’est que tu n’as pas appris à marcher seul
Je ne veux pas d’un voyageur bancal
Si tu as besoin de mon regard pour te grandir
C’est que tu n’as pas encore trouvé le miroir
Où ta splendeur se révèle
Dans mes yeux
Ne lis-tu pas l’infinie puissance de ton âme?
Si tu as besoin que mes mots te rassurent
Déchiffre plutôt la pudeur de mes gestes
Et ne me retiens pas
Sache
Que quelque soit la cage où tu veux me blottir
J’en meurs assurément
Qu’est-ce que l’amour?
N’est-ce pas un poème que je te dédie?
Toi dont je ne veux pas comme mari
Car mon bien-aimé a la splendeur du soleil
L’assurance d’un roi
Mon aimé n’a pas besoin de moi
Il est partout où la peur n’est pas
Il me fait rire seule parfois on me croit folle
Il m’inspire mes fièvres et mes refus
Il ne m’a jamais déçue il est partout où je lui ouvre les bras
Mais toi
Tu ne le connais pas cela me rend si triste
Qu’est-ce que l’amour?
Je crois savoir que c’est plus vaste qu’un toi et moi
Il a les limites que tu donnes à ton âme
Et je vole sans fin pour en trouver le fond
Libre je vole
C’est si bon d’être seule
Entre mon bien-aimé et moi
Il y a l’univers en personne

2365139391_small_1

Mon trésor

Chaque mot a sa place. Chaque refus son port d’attache. Chaque silence son décor. Chaque note a son temple.

Tout résonne dans le métal. La terre est mate et creuse, elle absorbe.

J’habite dans un écho, sur la tige d’une fleur, une escalade fragile
Je suis là où tu me cherches avec d’autres yeux
Je suis une page vierge, un cauchemar
J’ai piétiné mes impatiences, couru au-devant de la fontaine
Pour choisir ma place au fronton de l’hospice
J’ai tenu bon, moi et ma chair tendre, friable
Résistant comme on pouvait au vent violent du destin
Il s’en est fallu de peu que tout ne se déchire
Pour la dernière fois
Un ultime appel une dernière résistance
Vaincue

Faire étalage de sagesse à la boucherie des sciences
C’était le programme
Voilà qui est fête dira le maraudeur
En quête d’émotions folles
La machine éteinte
Le bol résonne dans l’atmosphère céleste
Mon cœur n’est que brisure de poussière
Et ma foi est fragile
Comme ma main tremble sur ces pages où je me révèle
Futile
Et grave comme une nuit sacrée
La nuit où je t’ai rencontré
Toi le non-dit, le fuyant, le saint homme
Qui m’échapperait quand bien même
Tu serais mien
Toi l’impossible le promis le futur
Et le passé enfui
Enfoui sous des couches d’armures
Des tonnes de doutes qui hésitent
On a voulu me voler ma flamme
Quelques mains ont brûlé de parjure
Mon trésor était bien protégé
Et me voilà dans ma grotte
A le regarder briller pour quelque voyageur
Qui se sera perdu sur le chemin des anges

Mon trésor
Est une flamme froide
Un volcan frigide
Une étoile glacée par l’attente
Avec un cœur de lave

Mon trésor
Est un enfant oublié le long d’une route
Apprivoisé par un renard
C’est
La languissante mélancolie du crépuscule
Qui chante les heures ardues
Ou le fil a failli se rompre
Un peu plus
C’est un miroir halluciné
Une calebasse de terre dorée
Contenant de l’eau de jouvence
Du sang sacré

Mon trésor n’appartient à personne
Et tout le monde le connaît mais j’ai veillé sur lui
Avec la patience d’une louve
Et la gravité suave qu’on parfois les reines
Au seuil de leur vie.
Une goutte une onde voyageant dans l’espace
Dans l’océan des ombres
Stratège de l’impossible
Prodige de la mesure
Une perle de peu qui résiste au pire
Allant d’un pas peu sûr
Sur un chemin de sable
Et dans ce luxuriant désert
Les contraires nous font rire
Ah si je pouvais remplacer
L’ajout par le choix
Je serais noire ou blanche
Tour à tour
Riche ou pauvre
Pour de bon
Et je trouverais grâce aux yeux de ce monde
Armée d’une définition
Délicate impossible armée florale
A la guerre des parfums
J’exhale

pousse