IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Rossignol

Il eût fallu se lever de bonne heure
Pour entendre
Chanter le rossignol de l’empereur
Pour voir
Ses habits dénudant son Impériale Grâce
Et sa Splendeur
Il eût fallu avaler la liqueur de l’illusion formelle
Du mythe embrigadé pour le bien de la pensée créée d’office
Vendue sur place
A peine décriée par les enfants rieurs
Trop occupés ailleurs

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Ordinaire

Il est minuit 44 et la lumière me crève les yeux
mes cils tombent sur
une journée de fatigue ordinaire
Les heures défilent au pas de course et je cherche un peu d’air à tout prix
de l’air pour mon esprit

Ordinaires les discussions de café me foutent le cafard
La peine de la mère de famille qui trime
Ces gosses tentés en masse par le crime
Perpétuellement la paix s’appelle mais passe après l’appât du gain

C’est un jour ordinaire
La peur nous oppresse de ses bras tentaculaires
tout contre la peau
souffle le vent glacé quand l’espoir se défile
Les images relayées depuis les enfers lointains nous rappellent
que le nôtre n’est rien.
Parfois c’est à la porte d’à côté que le pire se fait connaître
nous serions tous sur le palier de l’horreur

On a beau faire couler le sang ce ne sera jamais assez
pour venger le viol de l’âme
pour justifier la peine de l’homme
qui traverse un jour ordinaire.

Sisyphus_by_von_Stuck

Il avait tout prévu

Il avait tout prévu,
Sauf l’éclat de la lune qui transperçait doucement les portes closes
Il prit son courage à deux mains
Le déposa sur le sol
Il n’en aurait guère besoin.
A travers la fenêtre
Il scruta la nuit noire
Dans son regard, l’hiver
Dans l’hiver le froid
Une larme au bord des cils suspendue
Dans cette larme, le reflet de la nuit
Dans la nuit, l’étoile
Une myriade d’étoiles qui crient le silence et l’ennui

Et ce rayon de lune qui insiste pour forcer le passage….

Il avait tout prévu, ses bagages étaient prêts
La valise dans la main
Dans la valise, la boîte noire
Dans la boîte noire, le cœur

Le cœur dans la boîte noire de l’oubli

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Variations

Ignorer les remords qui t’étouffent
Au souvenir des occasions manquées
La tête entre les mains
Je me souviens de ces mots que je ne saurai pas écrire
Car il y a trop à dire et j’ai si peu d’âme
La musique se cherche
La rime m’échappe de peu
Juste assez ivres pour être lucides
Et de tout cela demain
Que restera-t-il ?

Que restera-t-il de ces notes de jazz qui s’envolent depuis le creux de la solitude ?
Un rire balaie ces images
Et le temps se passe
Au fil de ces souffrances envolées par les ans
Nos vibrations enlacent le silence et la phrase se brise

Saturés
Nos rêves sont raturés de retouches
A chacune correspond une cicatrice
Un joint se roule
Un sourire s’esquisse
Et l’image se lisse
Il y a tant de variations sur le thème de l’âme
C’est pourquoi ce texte n’a pas de fil conducteur
Juste une énergie pour réveiller les questions qui sommeillent

J’en ai craché des phrases de sang
En propageant ce qui nous ronge
Mais c’est toujours la vie qui sourd de nos songes

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Couleur dominante

Couleur dominante : violée
Émotions voilées
Madame a ses secrets
Que vous ne sauriez voir
Sombre
Comme un millier d’histoires
Sa face est un miroir
Et son ventre
Un mouroir

Pardon pour la violence
De ces images sordides
Pour les relents fétides
De souvenirs putrides
Voici
Un soupçon d’idées rouges
Rage
Déicides

Le calme après l’orage
Mon cœur se déménage
Et l’espoir me démange
Pour qu’à nouveau je plonge

Songe
A ces prières sans retour
Au déluge de larmes
A la tristesse sans fin
Sans fond
Et fuis

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Et si…

C’est pour le soleil. C’est pour le soleil que je viens braver le complot de l’oubli,
Même si les mots sont des échardes et les images, 
De coûteux habits.
C’est pour la lune et le soleil,
Et en mémoire des fées qui m’ont tendu les bras, 
Un pas après la pointe de la falaise, 
là.
 
Il faut bien ramasser les nuages quand le ciel dégringole,
Brûler le piédestal, 
Retourner à l’école. 
 
Il faut être libre de tout prix, 
De tout sang,
N’avoir que les astres pour parents et de la solitude –
De grandes, puissantes lampées de solitude qui vous retournent le ventre.
 
Gueule d’ébène, 
Grisée de vivre, 
Léchant le seuil du paradis.
 
Et s’il n’y avait pas d’histoire?

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Dans l’au-delà

Au delà de la résignation et de l’espoir
De l’espoir et de la résignation
Il y a cette attente
Qui n’en est pas une
Immobile
D’être arrivée trop tôt
A la fin
La fin d’une histoire
La fin d’une croissance
Au début
Avant la renaissance
Je n’attends pas
Je suis simplement là

Avant
Chaque jour
Il y avait une croisée des mondes
Dorénavant
Des lendemains sans horizons
Mais le sol ferme sous mes pas

Croise-des-chemins-Guy-Bara

Athée

Athée convertie
Esprit averti
Rage endormie
Larmes serties
Certifiées véritable
Authentique douleur
D’avoir noyé son cœur
Nouvelles couleurs
Pour des émotions pures
Je n’ose plus leur donner le nom d’amour
Tout comme je me refuse
A séparer l’obscurité de la lumière

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Silence

Apprendre à parler sans paroles
Les mots se dressent entre les vérités
Irrémédiablement chargés de nos histoires
Le langage est dépravé
Souvent il vaut mieux observer le silence
Que le braver

Obscène impudeur de mon cœur qui veut sans cesse se mettre à nu

Apprendre à concentrer son verbe
Que son expression dépasse la simple oppression du vocabulaire

Un slam sans paroles
Comme un chant sans musique
Un plaidoyer qui se dresse impassible
Se foutant bien d’être pris pour cible
Par une morale impossible

Tandis que les murs de ces prisons se pressent autour
Préserver cette pathétique parcelle de poésie
Qui m’emporte parfois sur ses ailes
Jusqu’au toit du monde

Un slam sans paroles
Car la langue se noue devant cette douleur
En un cri qui m’enterre
M’enfonce un peu plus dans le lit de mes peurs
D’où je rêve avec ardeur
D’où je voyage vers d’autres paysages
Ceux d’un âge d’or dont je me souviens
Il me semble

Un slam sans paroles pour colporter l’écho de ces espoirs qui tremblent en silence

Encore un mot de plus
Encore un mot de trop

Pour ne pas dire l’amertume qui transforme en venin nos liqueurs poétiques
Pour ne pas dire nos luttes pathétiques
Contre des géants de béton
Qui ont institué ces états d’âmes en peine

Mais j’aperçois dans mon rêve une armée de fantômes qui se dresse dans la plaine

Dans le brouillard
Au milieu de ces phrases vidées de leur essence
Réinventer les signes pour transmettre la foi

En plein milieu de cet éveil paradoxal
Les soldats frémissent d’impatience
Ils arrivent
Ils viennent de ce versant de l’Histoire qui fut plongé dans l’oubli
Leur voix n’est pas toujours douce à écouter
Parfois elle pointe un doigt accusateur
Et dans le camp des vainqueurs autoproclamés
On prend peur

Un slam pour le sang qui s’écoule sans bruit aux quatre coins du planisphère
Pour l’esclavage qui constitue notre héritage
Pour tous ces génocides qu’on entend pas

J’ai rêvé d’écrire un slam sans paroles
Parce qu’ils ont banalisé la poésie
Ils ont blindé les cœurs
Et chargé dans tous les écouteurs des rimes à blanc
Heureusement une vraie balle s’y glisse de temps en temps

Telles de fines lames
Les messagers du non-dit sont les orfèvres du silence

Débilisé-e-s par un flot d’informations à débit permanent
C’est ce qu’on ne vous dit pas qui a le plus d’importance
Les uns après les autres ces files de maux qui s’enchaînent
Sont comme un fleuve qui se déchaîne devant l’absurdité des temps
Les âmes noyées de chagrin viennent gonfler ce courant d’espérance

Dans la cacophonie
On n’entend plus que lui

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Abandon

Je vais voir si ça peut durer
Encore un peu
Si je suis prête à m’étaler
Consciencieusement
De toute la langueur de mon ego
Pour un ultime recyclage
De mon dépaysement intérieur

La frayeur
Au bout du compte
C’est l’éternelle épreuve
De qui n’a plus de combat
Et moi
Et toi
Dans une joute invisible
Au propre cœur du temps
Apocalyptique

Frémir
De tendresse ou d’extase

Mais il faut redescendre
Avoir encore plus froid
Mais il faut raconter
Ne pas en rester là

Les témoins impuissants
Révoqués par paresse
Remplacés par complices
Triste

Chacun a joué son rôle
Pour que j’en arrive là
A vivre sur une parole
D’abandon total
Enfin

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