IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

De Charybde en syllabes

J’ai rencontré sur les plaines de sable
Au chevet d’une fontaine à nos sens tarie
Le possible abandon d’une issue véritable
Au caractère insolvable de ma vie

Croyant me contenter d’un accord à l’amiable
Entre les plus palpables de mes soucis
Et la nécessité d’idéaux recyclables
C’est l’essence d’un style que j’aurais trahie

A l’orée du discours de ma plume serviable
Pointe une révolte qui n’est pas d’ici
Contre une justice à logique variable
Dont certains se gargarisent et vous remercient

D’où je tiens que mon slam serait trop aimable
Quand la rime agréable vous sourit
C’est que nues, mes idées ne seraient pas sortables
Vu l’intransigeance de leurs partis pris

Tout en tentant de piéger l’innommable
Par le biais d’un rythme défini
Révéler ce dont je suis encore capable
Ce en dépit de mon miroir terni

Dans les scories de ce mélange instable
Qui lira l’incroyable pari
Se délivrer d’une tension immuable
Tout en servant l’exigeante poésie

Quand sur le point de péter un câble
De mon feutre noir je me saisis
C’est pour vous faire don de tout ce qui m’accable
Dans l’atmosphère d’un instant ébahi

J’ai bien des thèmes dans mon cartable
C’est bien de rage dont mon cœur est pétri
Plutôt que de raconter l’insoutenable
J’ai opté pour un soupçon de magie

Planter mon verbe dans ces terres arables
Que représente l’auditoire de la nuit
Habitué à se nourrir de fables
Ou de contes au réalismes sans merci

Je sais trop bien le caractère jetable
De ces poèmes qui sonnent l’hallali
Cris d’une jeunesse trop souvent malléable
Echo d’un peuple dont nous sommes la lie

Pour un sauveur né dans une étable
Combien de crimes dont la foi est le lit
Combien d’élans, de pensées discutables
D’idéaux si naïvement salis

Pardonnez mon caractère irritable
J’ai trop souffert pour avoir cru en Lui
En quête de signes indubitables
De notre place acquise au paradis

Je ne pensais pas ma foi si friable
Je ne voyais pas mon horizon si petit
Je ne voulais qu’être une femme épousable
Qui aurait trouvé Dieu en son mari

Au terme de cet aveu méprisable
-j’ai vu un ange qui a ri-
Je vous prie de vous montrer charitables
Au vu du conditionnement acquis

Pour conclure ce texte interminable
Sur la ténacité des sentiments mal appris
La profondeur des émotions délectables
Qui me gagnent lorsque je gagne Paris

Arrêtons-nous sur les normes applicables
Qui procurent confort et raideur réunies
Car si mon chant a des accents variables
C’est pour mieux savourer le vers dans le fruit

Partant sur des images fumeuses indémodables
Me voici aux confins de la philosophie
Défiant le désert, l’oasis, l’infaisable
Me drapant de mystère comme l’indienne d’un sari

J’ai façonné de mes mains l’édifice incassable
Et fantasque d’un personnage inaccompli
Et quand je brise les règles que j’avais définies
C’est pour mieux m’évader sur l’ultime syllabe.

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Sans commune mesure

Je voudrais te faire avaler mon authentique tristesse
Et ce lest sur mon cœur dans la mare de l’oubli
Je voulais que l’absolu soit mon dernier repas
Car seule l’indifférence lui succède
Et la folie fut mon unique succès
J’aurais dû étancher ma soif à ses lèvres
Avec l’univers comme demi-mesure
Sans aucune piste sérieuse
Pour danser mon indécence
Je voudrais te voir consentir à mon évanouissement
Comme dernier geste d’une révolte irréversible
Mais ma lâcheté sans espoir me maintient dans ce monde
Comme une âme qui n’en finit pas de s’égarer
Troublée par tant de dissemblances
Entre les reflets brisés

Tout un monde tient dans une larme et s’évanouit.

Encore

Je viens de là où le sens est une grâce accordée à l’être par un souffle d’origine inconnue
Ici il faut se battre pour chaque phrase, il faut se saigner pour se mettre à nu
J’étais l’innocence même, habillée de vertu
Les loups m’ont eue, ils ont tiré à vue
J’écris au chevet de mon corps regretté
Même mon enveloppe n’est plus ce qu’elle était

Mon âme est une loque abîmée, trop souvent s’est jetée dans l’abîme
Des restes de chair amoncelées, une sorcière pour en faire un poème
Je viens de là où la souffrance inspire ses errances à un ange de papier
Ici il faut tricher pour vivre et sourire pour ne pas pleurer
Rien ne dit qu’au bout du chemin surgit la délivrance
Le goût de l’espoir est rance, je préfère être en transe
Tout en serrant les poings je ferme les yeux et je pense

Je viens de là où les racines éclatent le bitume pour faire pousser des fleurs d’amertume
Et les perles jaillissent des yeux quand la mélancolie nous rapproche des cieux
Ici je cherche la voie des rêves en fuyant le sommeil
J’ai beau ouvrir les yeux plus rien ne me réveille
Je viens de là où le verbe est flamme et la musique t’embrase
Dorénavant c’est l’ennui qui m’embrasse
Où sont passés les volcans, les tempêtes et les cyclones
Je voudrais bouffer de la rage au petit déj
Cracher ma colère part tous les pores
Je viens de là où le combat incessant rend la vie hardcore
Et j’en veux encore

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Jim

Un paradis échoué sur un lagon d’encre
Une humeur de fumée, une écriture de furie
Quelqu’un est parti
Quelqu’un s’est pendu et la vie continue
Des restes de stupeur dans mes doigts engourdis
Des larmes sur mes joues ont esquissé ma peine
Qu’est-ce qu’une vie
Un souffle brisé par une vile maladie
Un océan de rêves asséché par le vent
Une force surréelle mais stoppée d’un seul geste
D’une volonté subite
Quelqu’un est parti et ne reviendra plus
Comme on part en voyage sans prendre de valises
Pour ne laisser que des images évanescentes
Des souvenirs pâles de rires incompris
Quelqu’un est parti
Emporté par une tempête d’émotions indicibles
Et de rancœurs insurmontables
Il n’avait que ses yeux pour dire l’impossible
Et ses yeux disaient
Ses yeux disaient qu’il n’était plus de ce monde
Avec ses projets branlants et ses théories folles
Ses yeux disaient qu’il était parti déjà
Il s’adressait à nous depuis sa solitude
Et nous faisait sentir incapables de l’atteindre
Alors on donnait le change, et vous qu’auriez-vous fait?
Une chaîne de vos mains qui le maintienne à terre?
Qu’en serait-il de sa liberté, de son choix, de ses armes?
Comment empêcher l’envol, fût-il précoce, d’une seule âme?
Et dans sa dignité, oiseau blessé, phœnix en flammes
Il est parti sans un laisser un mot
Laissant derrière ses maux
Et une émotion vive

Un paradis échoué sur un lagon d’encre
Jim était un artiste, un esthète, un gamin
Quand d’autres luttent pour écrire le livre de leur destin
Il a choisi sa fin.

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C’est moi

Dans mon fumeux cocon tissé de souvenirs
Je me crois à l’abri de mes propres désirs
En dévidant le fil de mon esprit confus
Je vois un papillon de ténèbres vêtu
C’est moi qui suis le but, la folie et la joie
Et le sang qui souvent m’a servi d’apparat
C’est moi qui suis tristesse, brodée de pourpre et d’or
C’est moi qu’on reverra à la dernière aurore
Tentant de mettre des mots sur des sentiments dérisoires
Et de donner le sens sans raconter l’histoire
C’est moi qui la nuit arpentait le cimetière
Et fumais sur la tombe d’un chanteur légendaire
C’est moi qui voulais croire qu’on a tous un destin
Et bousillais le mien, violemment, à dessein
C’est moi qui fit de mon corps un présent sans valeur
Pour mieux mettre en exergue mon esprit, cet ailleurs
C’est moi qui échouait à sauver le démon
Par mon unique amour, de sa damnation
C’est moi qui vouais mon âme à la lumière éternelle
Et qui aujourd’hui réfute le spirituel
C’est moi qui passais mon enfance dans les livres
Et qu’encore aujourd’hui la parole rend ivre
C’est moi la révolte, la colère, l’enthousiasme
Et tout cela dissous dans la maladie et ses miasmes
C’est moi qui parlait au nom des femmes violées
Au nom de mes sœurs battues, rabaissées, humiliées
C’est moi qui trouvais la force de dire stop à tout ça
Tout en refusant de rester avec un bébé sur les bras
C’est moi la sorcière, la traîtresse, multiforme
C’est moi qui refusais farouchement de céder à la norme
Et me voilà à nouveau sur la ligne de marge
Sur le tranchant du rasoir, sur le fil de la page
C’est moi dans ce cocon, dans ce corps transformé
C’est moi qui vous préviens : je vais me réveiller.

Cocon de soie de Bombyx du mûrier sur brindille Allemagne -  - Zernikow, près de Grosswoltersdorf -

Laisse couler

Laisse couler les larmes
Des larmes qui n’effleureront même pas la surface du patriarcat qui nous assassine
Laisse couler le temps
Pour éroder la douleur de nos esprits brisés par la violence
Laisse couler les flammes
Pour que passionnément elles embrasent
Les visages abjects de ces hommes qui ne savent pas ce que non veut dire
De ces hommes prêts à tout pour asseoir leur emprise
Sur nos cœurs
Sur nos corps rendus chose publique
Et sur lesquels chacun a son mot à dire
Sois plus mince, sois plus glabre, sois plus belle
Sois le désir ambulant de leurs fantasmes consuméristes
Sois plus douce, sois aimable, et souris
Même quand le système t’exploite et t’humilie
Souris pendant qu’on te jauge, qu’on te déshabille, qu’on te viole
Et laisse couler
Ce n’est qu’une blague, ce n’est qu’un geste
Juste une pub, une main aux fesses
Ce n’est qu’un film, ce n’est qu’un jeu
Ne sois pas prude, sois pas salope non plus
Sois pas conne, pas trop futée non plus
Faudrait pas que tu comprennes
Le rose te va si bien
Alors laisse couler
Laisse couler le sang
Noues y sommes habituées
Tellement

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Humour

Si c’est enfoui
Cela ne veut pas dire que c’est moins fort
Je voudrais hurler mais je murmure car
Ma voix est fatiguée de traverser les murs et j’en ai marre

De ces propos racistes que l’on taxe de maladresses
De l’ignorance érigée en excuse peu importe la détresse que l’on cause
Plutôt la fuite que se remettre en cause
Et si le mot pute est la première insulte qui te vient à la bouche
Quand la vie t’exaspère, sache
Que l’oppression se perpétue à travers ces mots qui tuent
Des expressions banales, au sens on ne peut plus sale
Humiliant la femme ou l’homme qui n’est pas assez viril
La violence est la valeur étalon du mâle
La preuve c’est qu’il détruit ce qui échappe à son contrôle
Et pour être conformes, acceptables
Pour échapper à la critique ou à la solitude
Les femmes s’infligent toutes sortes de tortures
Dont elles ne sortiront pas intègres
Et ça ne suffit pas

Si c’est discret
Cela ne veut pas dire que c’est moins grave
Je voudrais me défendre mais je laisse couler car
Mon cœur est fatigué de traquer l’impalpable
Personne n’est coupable

Des crimes sans auteurs, des victimes sans témoins
Des rires à peine gênés, ce n’est qu’une blague, sois pas coincée
Et l’humour suffirait pour tout accepter
Sexistes, racistes, de grands artistes incompris?
Liberté d’expression, la grande excuse de notre ère
Pour écraser les plus faibles, piétiner les valeurs
En faisant le jeu de ceux qui ont le pouvoir

Si c’est courant
Cela ne veut pas dire que c’est anodin
De la part d’une salope de négresse dont la parole est invisible
La lucidité terrible
Et la colère invincible.

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Si j’avais une autre vie

Si j’avais une autre vie, je commencerais par apprendre le NON salvateur pour que mon OUI ait la valeur de l’acceptation plénière et de la jouissance du recevoir

Si j’avais une autre vie, j’enverrais promener tous les penseurs pour sentir dans ma chair les aspérités de la sagesse éphémère et concrète

Si j’avais une autre vie, je ne serais soumise qu’à mes désirs au mépris des règles arbitrairement posées par les élites dominantes

Si j’avais une autre vie, je ferais en sorte que ce soit la dernière

Si j’avais une autre vie, je la passerais à écrire mes doutes et mes fureurs jusqu’à ce que la vérité explose au visage des aveugles volontaires et que le monde en soit tourneboulé

Si j’avais une autre vie

Mais je n’ai qu’une vie et elle est déjà bien abîmée. Il me reste peut-être une heure peut-être un jour ou bien cent ans

Mais je n’ai plus le temps

Je n’ai plus le temps de récupérer ma dignité noyées dans les égouts des préjugés et concepts liberticides
Mon esprit enferré par une éducation orientée vers la soumission à l’ordre patriarcal
Ma honte qui se cache à elle-même
Je n’ai plus le temps que d’enterrer les sédiments de ma colère
Pour qu’un chercheur acharné puisse en extraire le sens obscur
Et peut-être en saisir une étincelle pour allumer à son insu
Une autre vie

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Profite

Profite de l’ivresse pour glisser quelques mots
Quelques lignes de fuite qui n’auront pas de suite
Quelle que soit la portée de cet hymne nostalgique
De cet aveu transi à force de musique
Profite de l’instant où nous sommes égarés
Pour planter une étoile dans mon panier percé
En brûlant les icônes d’un futur dépassé
Par une jeunesse furieuse de son destin tracé
Pas de sens, pas de but, pas d’espoir effaré
Pas même une douleur à faire réparer
Pas l’ombre d’une artiste pour les récupérer
Juste une âme de poète à la plume cassée

Profite de ta fortune quelle que soit sa couleur
et si vient la sécheresse, creuse dans ton cœur
Quand couleront le sang les larmes et la sueur
Vois-les comme des preuves de ta divine ardeur
Et puisque Dieu est mort, abandonne la peur
L’enfer n’a pas de portes autres qu’imaginaires
Profite de ta faiblesse pour te laisser défaire
Tes craintes et tes angoisses d’être à la hauteur

Puisque plus rien ne reste, puisqu’on fait tous semblant
Profite de tous ces masques pour te faire un visage
Avec de la sagesse dehors, de la rage dedans
Et un soupçon de foi qui dessine une image
Profite de l’inconnu pour être vrai-e enfin
Profite du quotidien pour manier la surprise
Profite du fait que tu n’as pas d’emprise
Pour lâcher tous tes doutes au long de ce chemin
Profite de la misère pour créer ton trésor
Dans un outrage au temps inventer tes valeurs
Profite de l’éternel pour renaître à chaque heure
Et dans un sursaut profite de la mort

Je suis juste assez saoule, assez grise, assez lâche
Pour m’échapper un peu de ce qui nous attache
Pour profiter de la nuit à ma manière étrange
Je suis juste assez noire pour que cela dérange
Je suis juste assez femme pour détester le rose
Et assez remontée pour que la bombe explose
Je profite d’une tribune pour un texte mal osé
J’en profite pour me taire, et ce silence m’enterre
Je profiterai d’un lapsus pour étreindre ma colère
Profite de mon mutisme pour étaler ta prose
Car mon verbe rêve de tendres ecchymoses
Profite de ma patience qui tremble et qui attend
Profite de ma douceur tant qu’il est encore temps

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Les mots

Parce que les mots sont vivants
Ils sont la partie de moi qui frémit
Quand je me fais statue

Ils sont mon ventre qui hurle
Quand ma colères s’est tue

Ils sont toutes les réponses
Lorsque je ne sais plus

Parce que les mots sont couleur
Lorsque mon encre est noire

Parce que les mots sont rythme
Et que je suis montagne

Que le verbe est léger
Quand la gravité me gagne

Et les mots sont mémoire
Lorsque je suis oubli

Et les mots sont lumière
Lorsque je deviens nuit

Parce que les mots sont richesse
Quand je suis démunie

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