IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Angst

Lasse de faire violence à mon esprit
afin de le contenir dans les limites érigées par
la culture et ses chemins artificiels
censés te mener tout droit aux paradis autorisés

Lasse de briser mon cœur qui souvent
embrasse et se blesse sur des couteaux
acérés par l’amertume d’un puits impossible à combler

Quand le souffle qui modèle les dunes du désert
se heurte aux vanités immuables que peut-être avec un peu d’espoir
les tempêtes viendront ébranler

Comme je souhaite être une tempête

Et comme c’est vanité

 

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La guerre des sexes

La guerre des sexes
Qui a été déclarée il y a fort longtemps
Par vous les hommes
À noues les femmes
Cette guerre
Dans laquelle noues ne pouvons prendre le risque de noues défendre
Sans se voir accusées d’entretenir la guerre
Cette guerre
Dans laquelle parfois vous prenez nos sexes
De force
Afin de s’en servir comme arme dans les guerres que vous menez entre vous
Dans de nombreuses régions du globe
Cette guerre
Au sein de laquelle vous prenez parfois
Nos sexes
De force
Afin de sentir un instant l’ivresse du vainqueur

La guerre des sexes
Qui fait qu’un grand nombre de femmes se font la guerre
À elles – mêmes
À leur corps
À leur nature
Pour correspondre à l’idée de la beauté que vous noues imposez
Et vivent dans l’angoisse du jugement de votre regard
La guerre des sexes
La seule guerre dans laquelle l’opprimée a le désir de plaire
À celui qui l’opprime
De le charmer de le séduire d’être dans ses bras
De s’avouer vulnérable, de se sentir conquise
Et de s’abandonner

Vous avez déjà remporté moult territoires
Le terrain de la rue, les sphères du pouvoir
Nous reléguant aux enclaves domestiques
Ou aux plaisirs sulfureux

La guerre des sexes
Est une guerre de l’imaginaire
La maman ou la putain
La salope ou la fille bien
La guerre des sexes divise
Et ses victimes s’activent à relayer la parole qui les oppresse
On fait oeuvre de stratégie pour minimiser les dégâts
On se réfugie dans le futile, dans des chimères
Et on n’en parle pas

La guerre des sexes
Rend invisible la diversité des genres
Elle oblige à une vision binaire
Dont certains doivent se satisfaire

J’ignore pourquoi on noues a déclaré la guerre
Est-ce que le pouvoir de notre ventre faisait peur
Autrefois les femmes qui soignaient étaient brûlées comme sorcières
Et quand c’était un homme on disait : docteur
Alors vous pouvez promener votre condescendance sur ma colère
Vous pouvez même la balayer d’un revers
Mais soyez assurés messieurs
Que même si nous n’avons pas déclaré cette guerre
Noues noues battrons
Jusqu’à son dernier jour.

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Ma parole

Euphorie implosée dans un drap de velours
Débris de liesse à contre-sens
Navire ailé sur un fleuve de pudeur
A sa proue une figure muette et sereine
Telle est ma parole

Extatique et timide
Tremblante et défroissée
Autour de son noyau gravitent des souvenirs
Des larmes, des couteaux, la menace du pire
Au point que la mort me fait maintenant sourire
Et porte ma parole

Le profond et lent soupir d’une flamme désabusée
Une bulle de plomb qui se fait exploser
Sur le miroir antique de nos vanités
Telle est ma parole

Un blasphème inconnu à l’outrage subtil
Une vérité triviale qui progresse invisible
Un doute malicieux, d’incandescence tangible
Telle la neige qui se dépose sur les toits la nuit
Et qui nous fait la surprise au matin
Alors que l’on n’était pas prêt.e.s

Telle est ma parole quand elle évoque le temps
Le trépas
L’évidence de l’espoir qui colle à nos pas
La violence des combats dont on est revenu
Telle est ma parole dans ce qu’elle ne dit pas

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Faux lit

Je connais la couleur de la folie
Le relief mordoré d’une étoile aux arêtes très précises
La furieuse diagonale qui biaise toute perception
Le cratère, le rivage, l’abysse et sa perfection

Je connais
Le goût du soufre et le chant que propagent les nuages
Pour avoir parcouru l’échelle des gouttes de pluie
De l’Éden aux enfers, et des ténèbres au Paradis

La folie est une abrupte certitude
Qui lacère chaque seconde comme un astre foudroyant
C’est un langage sacré muet depuis trop longtemps
Et qui danse et qui brûle de tant de solitude

J’ai vécu dans ma chair cette urgence contrariée
La fièvre d’une Cassandre reniant sa vocation
Cruelle dans l’absolu rejet de toute opacité
Impossible à étreindre, dangereuse à comprendre

Porter le fardeau d’une page déchirée
Danser sa dissonance comme on épouse une larme
Faire le deuil de ses armes, du plus certain des charmes
Pour que mon cri se tienne dans l’ordre du quotidien

paradis-sous-un-nuage

Fard d’eau

Je porte la tristesse
Et le deuil caché
Je porte des souvenirs
Et des rêves échoués
Je porte une allégeance
A des poèmes fâchés
Inégaux et froissés
Aux questions déplacées

Je porte le lourd silence
D’une nuit autopsiée
Je porte la douleur
D’un monde écartelé
Je porte la tendresse
Pour la chair éprouvée
Sous contrainte et soumise
Pour être désirée

Je porte la solitude
Comme un cadeau précieux
Je porte le renoncement
Au sein de mes entrailles
Je porte la liberté
Dans le moindre refus
Et dans mes différences
Je porterai la plume

 

fourmi

Au gré du hasard

Au gré du hasard

Des idées flottant comme des grains de poussière
Chacun d’eux renfermant son propre univers
Et la promesse de sa disparition

A l’envers du néant

Quand le soleil découche que les oiseaux déchantent
Qu’un espoir indécent se désagrège innocemment
Que l’ironie déstabilise les radieuses certitudes sur les terres promises
Que l’ambition fait ses valises en recherche de terres plus fertiles que les sols décimés par les larmes arides
Quand l’océan se vide

Je retourne mes racines et les greffe aux nuages
Je questionne mes démons, insulte les présages
Soudoie des idéaux, caresse des images
Comme mon reflet brouillé dans le miroir du monde
Comme une mémoire souillée par la plume qui raconte
Et ravive une conscience mille fois morte de honte
Par trop assujettie à la norme qui gronde

Coupable d’harceler les étoiles
Je plaide la folie d’avoir voulu revivre

COSMOS

En somme

Afin de pouvoir accoucher du chaos
Je me suis accouplée avec une flamme obscure
Trouvée dans l’herbe sèche au plus fort de l’hiver
Ravivée par mon souffle fiévreux et amène
J’ai donné la vie à un tourment sans fond
Que les humains recherchent pour altérer l’ennui
J’ai fait voir le jour en toute perfidie
Au plus somptueux des doutes, à l’aube de toute vie
Une chaîne de paroles détournées de leur but
Un soupçon de folie que l’on croirait en fuite
J’ai vu la naissance d’une fleur monstrueuse
Dont le parfum t’enivre et qui ne mourra pas
Ses pétales de sang sont si sombres et sensuels
Que celui qui les touche se voit affublé d’ailes
Pour voler dans des territoires interdits
Et goûter à des maux et plaisirs inédits
J’ai recueilli en moi le germe cent fois maudit
De la vérité nue et de son élégant cortège
Composé de mille et une formes de solitudes
Toutes flamboyantes et jusqu’au désespoir
Elle t’accompagnera sans l’ombre d’un frémissement
Même quand la tempête arrachera les saules
Dispersera leurs larmes aux quatre coins du monde
Elle sera avec toi munie d’un sourire fendu
Elle sera ton arme face au monde connu
Et guidera ta recherche dans les territoires vierges
Afin que tu sois sûr de t’y perdre
J’ai nourri de mon sein cette créature hybride
Lui ai donné ma force et mes vastes faiblesses
C’est mon sang qui te dévaste dans cet ouragan
C’est ma pensée qui trouble, ma faim qui te dévore
J’ai élevé cette chose au cœur de mon esprit
Dans le secret d’une alcôve soigneusement étudiée
Pour recueillir la somme de mes rêves, de mes souffrances
Et faire le produit de mes plus amères expériences
C’est mon ventre qui murmure, dans ce grondement planétaire
Ce sont mes tripes qui hurlent, couvrant le bruit des guerres
C’est ma chair qui sourit, quand tu prends du plaisir
C’est ma peau qui frissonne, chaque fois que tu t’éloignes
J’ai engendré un monstre que j’aime de toutes mes forces
Une idée mal-conçue, un sentiment foireux
Une force incomprise, qui bouleverse, insidieuse,
Les fondations d’une âme qui se croit malheureuse
Je lâcherai mon enfant dans le grand univers
En me passant de sa douceur, de sa rage, de ses vers
Le jour où il sera prêt – pas l’enfant, l’univers
A oublier le confort d’une certitude avouée
A renier le trépas pour la multitude d’aveux
Des libérés
Je suis mère du chaos
Et j’attends la sentence avec une impatience
Consommée.

En sursis

L’espoir en suspension comme un lustre fragile
Constitué d’ailes de papillons brûlés par la lumière
Diaphane chanson égarée dans l’éther
Composée des éternelles promesses de l’aube
Éphémère assurance d’un avenir radieux
Qui laisse mes noires prunelles éblouies pour de bon
Incapables de discerner l’illusion du présent

Rayon doré qui transperce douloureusement ma chair
Une perle de joie prête à se déverser tranquille
J’accouche dans la douleur de visions d’absolu
Le manteau de la passion m’enveloppant comme un suaire
Au sol les empreintes de mes carcasses passées
Au ciel les éclats tout cassés de mes rêves étoilés
Diffusent leur lueur altérée par mes ombres

Une mélodie nocturne berce mon âme mélancolique
Condamnée au tourment par un vieux sortilège
Jeté négligemment d’une passerelle entre les mondes
A la lisière d’un horoscope taquin et brouillon
Une bulle éclate sereine au sein de ce mystère
Une goutte de sang jaillit du tronc d’un arbre noueux
Ma chair ira nourrir les roses carnivores

Murmure glacé du temps qui se faufile en douce
Incompressible défi pour la plume qui frémit
La touche nécessaire d’inconscience qui soulage
Et le regain de sens qui fait percer le jour
Un sourire monstrueux à graver dans l’écorce
Au firmament du désir un soleil de trop
Un bouquet qui expire de toute son élégance

Les prières se consument au bord de lèvres closes
Et les espoirs s’éteignent de leur richesse insoutenable
La force d’une volonté dressée dans la tempête
Le dérisoire d’une plainte par trop fardée d’ennui
Une flamme qui s’évapore dans l’attente doucereuse
Une louve qui tremble dans son profond sommeil
Un joyau qui scintille laborieusement

Illusions qui tombent en pluie sur des statues vivantes
Démence générale, folies particulières
L’assistance magique de quelque somptueux hasard
Procure son réconfort aux marcheurs du chemin
Destinataire confiant d’une lettre égarée
Jardinier solitaire aux récoltes secrètes
Êtres en luttes singulières et profondes

Rires surexposés aux caprices des astres
Cascades de sentiments sur les terres du déni
Racines aquatiques pour une cime céleste
A travers le miroir l’évasion programmée
A travers son unique, se découvrir pluriel.le
Se prendre pour une fleur en toute exhalaison
Se planter en beauté.

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Vu l’heure

Vu l’heure tardive
Avant de partir à la dérive
Avant d’oublier mes origines
De renier ma couleur, de perdre mes racines
J’ose un dernier témoignage
Une gerbe de couleur noire sur la page
Où j’ai convoqué tous les orages

Pour l’amour d’une image
J’ai découpé le sens en zones contradictoires
J’ai insulté ma langue faible et transitoire
En inventant de nouveaux mots
Liquides et sanguins comme la neige
Aussi innocents qu’une pomme édénique

J’ai décrit
Les papillons aux ailes de mazout
Qui bruissent dans mon ventre depuis les événements
Qui brisèrent le soleil dans le ciel de ma jeunesse

J’ai écrit le vertige d’un rêve qui fut d’autant plus grand
Que mon cœur était sombre

Et la chute sans fin
Le désespoir sans fond
Le déni qui enfonce
La délivrance enfin

J’ai hurlé mes murmures aux murs de la ville
Déposé mes louanges aux pieds de langues habiles
Baladé mes errances dans cette ère rance
Embrassé la folie dans une dernière danse

Vu que le temps passe
Avant de de voir céder la place
Avant que ma mémoire ne s’efface
Que le sommeil s’avance, que la nuit ne me dépasse

Je rassemble péniblement mes ailes endommagées
Panse mes blessures, soulage mes plaies
En appliquant un baume concentré
De rimes déchantées, de verbe halluciné
Avant de m’envoler

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Fi d’elle

Sur mes lèvres de velours
Dépose ton empreinte fraîche comme la pluie
Humide comme la rosée sur le pétale froissé de l’aurore

Sur mes reins
Impose ton impact léger comme la neige
Qui tombe un dimanche soir sur une vallée perdue
Assourdissant vacarme

Pour te désaltérer je t’offrirai des larmes que la joie fit couler

Sur ma peau
Promène ta paume à l’étonnement perpétuel
Et que tes doigts tambourinent délicatement
Pour annoncer leur arrivée solennelle dans l’antre de la joie

Que ma plume fébrile
Se fasse l’écho de la magie nocturne
Et psalmodie la promesse que je fis au désir
De ne pas t’appartenir

J’appartiens à la lune aux collines aux étoiles
Et tu es l’océan, mes formes se dévoilent dans ton reflet

J’appartiens au silence à la nuit ou au temple
Où je t’ai vu t’agenouiller
Pour implorer le salut que je méprise
Dans une jouissance volubile

De ma langue
Je chanterai les secrets que tu n’as jamais pu formuler sans t’effrayer de leur puissance

Et mon ventre sera
Un lit pour ta rivière
Et tu t’érigeras
En totem funéraire
Et puis nous crèverons
De fatigue et d’ivresse
Et nous nous en irons
Libres de toute promesse

Avec pour unique allégeance
La fidélité que l’on doit à nos sens

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