IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Comme si

Regardez-moi comme si je venais de sortir d’un sarcophage
Pour investir un corps depuis longtemps préparé

Regardez-moi comme si je venais délivrer un message
Qui se situe moins dans mes mots que dans vos propres songes

Regardez-moi comme si je n’avais jamais cédé au mensonge

Assise sur une pierre brûlée par le soleil
Je suis ce que j’écris

Des murmures indistincts parviennent à mes oreilles
Je vois ce que je crois

Regarde-moi

Regarde-moi comme si nous formions l’ultime espoir de la terre
Comme si nos voix à l’unisson pouvaient tout changer

Regarde-moi comme si je détenais tous les mystères
Et que je cherchais quelqu’un à qui donner la clé

On sait ce que protègent les langages hermétiques
La richesse des puissants et leur autorité
Je me suis gavée d’images et de force symbolique
Regardez-moi comme si j’étais venue tout changer

Rescapée par miracles de toutes sortes de guerres
J’ai connu la marque du fouet, le silence du bâillon
Pour être pénétrée de toutes les manières
Par la violence du sujet

Regardez-moi comme si j’avais ressuscité
À force de mots d’amour, la flamme du savoir
Si je ne distingue pas le rêve de la réalité
C’est la raison pour laquelle j’ai pu m’en sortir

Regardez-moi comme si vous deviez avoir peur
De cette colère qui couve depuis l’éternité
Depuis que des peaux pâles ont profané la Science
Et inventé des fables pour la dissimuler

Regardez dans vos yeux renaître cette vieille crainte
Comme si je portais la plume du Jugement Dernier
Pesez votre cœur, ne tentez pas une feinte
Moi, je ne suis pas là pour me venger

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PaScience

Avec le ciment de la patience
On peut construire des ponts ou des citadelles
Pour réunir ou protéger
Surmonter des rivières de malentendus
Fortifier son cœur

Avec le sable de la patience
On dessine des plages où s’allonger tranquille
Pendant que les vagues du temps nous lèchent les orteils
Et que la menace du regret percute le rivage

Le vent de la patience peut déplier nos voiles
Comme il caresse l’espoir déraisonnable
Et apaise la brûlure des plus justes courroux

Quand patience devient l’abri où nos larmes se soignent
Et l’autel où nos armes se signent
Une fois les rêves remis en liberté

Subsistent une fois la confiance rendue
Les signes d’une victoire que l’on n’attendait plus.

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(Illustration : labyrinthe de sel de Motoi Yamamoto)

Soleil denté

Émotion circulaire ancienne et cramoisie
A libérer d’urgence
Des espoirs sans mesure et possibles effrayants
A force d’accoutumance aux limites données
A la modestie comme vertu
A l’impuissance comme condition première déterminante indépassable
Des pouvoirs éprouvés que la raison ampute

Comme un refus de contrôler les choses
Le choix de se laisser porter
Par sagesse ou prudence

Pourtant

Impatience antique qui me brûle les veines
Et se savoure en silence

Ce savoir qu’on sait universel
Cette leçon qu’on n’attendait plus
Ce grand merci
Galbé d’une ironie exquise

Ces vieux rêves qui n’en sont plus et
Cette revanche secrète dont on n’a jamais voulu
Mais qui nous fait du bien quand même

Se montrer au grand jour en pleine métamorphose
Avant d’avoir atteint la forme ultime

Le silence est du Verbe sous sa forme aboutie
Tout le reste est Je
u.

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Pas sage

Nos corps sont des passages

Dans la béance écarlate
Je ne connais que moi
Et l’œil unique multiplié par la lumière

Il n’est pas encore né le miroir
Qui saura me reconnaître

Je le vois suspendu à la gorge d’un fétiche
Où se fichent autant de clous
Que de peines dans mon cœur

Puissance dormante attendant d’être invoquée dans la langue adéquate

Quelque part en moi je sais tout
Je sais regarder sans intention ni espoir
M’incliner devant l’herbe qui se couche sous mon pas
Éprouver ma gratitude à l’aune des plus infimes signifiances
Et la force de mon indulgence envers les géants

J’ai renoncé à trouver mon semblable
Enfin

Que ma voix se perde dans l’ivresse manifeste
Que mon souffle imprime la maîtrise absolue
J’ai tenté de cacher ce que je pensais être
Et personne n’y a cru

Vous êtes la soif et je suis cette eau
Qui attise à n’en plus finir
Cette soif que seules les constellations désaltèrent
Et qui vous fera trouver des galaxies
Dans un grain de poussière.

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Rien

Je suis rien
Tu peux me couvrir d’une robe coûteuse pour me mettre en valeur
Tu peux me noyer sous les bijoux, sous un luxe d’apparat
Je suis rien
Je pourrais mettre mon nom en haut d’un tapuscrit
Ou ma signature en bas d’une oeuvre d’art
ça ne changerait pas
Je suis rien, et je sais rien faire
Tu peux me passer la bague au doigt, me mener à l’autel
Où tu sacrifierais mon cœur à la vie conjugale
Mais à quoi bon
Je suis rien
Je peux posséder des milliards
Si je ne me possède pas moi-même, je suis rien

Et comment peut-on posséder ce qui n’existe pas

Je suis là
Où naissent toutes les questions demeurées sans réponse
Où réside le mystère et l’arme qui le tue

Que fais-tu dans la vie
Rien
Que veux-tu faire
Rien
Et que sera demain

Etre est le Verbe suprême
L’action un appendice qui s’opère dans certaines sphères
Sur la route qui s’impose à force de ne pas choisir
Je vois personne devant
Je suis Rien

Mon corps – celui qui compte
Pas celui qu’on regarde qu’on juge qu’on méprise
Ni celui qu’on envie, ni même qu’on croit en vie
Mon corps, pas celui qu’on celui qui fut profané par l’amour
Mon corps éternel irréductible et subtil
Mon corps est dans mon nom
Moi je ne suis rien

Rien

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Retardement

Il y a des Ève noires qui ont mangé le fruit
Et qui n’en ont pas honte
C’était une grenade

Avec une patience d’ange
J’attends l’explosion de la bombe cachée dans mes entrailles

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Orgue

Comme
Coincée dans l’océan des possibles
Par un excès de philosophie
Comme une vague – connaissance muette
Comme un cœur privé – de mains
L’errance se soulage
De son trop plein d’incomplétude
Fuir à tout prix les évidences
Fouiller la logique de l’absurde
Telles sont les ambitions organiques
Que la passagère des eaux
Dé-livre
Dans un soupir.

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Accord

Corps force et
Contraint
Corps lié
Corps livre et
Dissimulé aux regards
Corps particulier en quête de standard
Corps que l’on voudrait faire sien
Corps que l’on empoisonne
Corps odorant
Corps suant
Corps chargés de fluides rouges
Blancs
Verts
Ainsi que de mystères
Corps désobéissant
Au naturel interdit
Corps d’essence coupable
Du péché d’être chair
Corps exhumé enfin
De sa propre matière
Corps beau
Corps temple
Édifié par les idées qui t’habitent
Par les images qui te hantent
Corps spectacle
Corps refus
A l’acmé de l’abandon
L’amour en actes comme unique salut
Tu te vois faire corps avec la Terre
En corps
Avec les étoiles
En corps
Avec l’univers
En corps, encore, encore…

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Evasion

Larmes dilapidées pour un si triste envol
Poèmes faisant foi des intentions sauvages
Tirés en plein ciel
Les munitions se réclamant d’un sens précis
Images dansantes indécentes indécises
Se contentent de fouler le cœur battu
Où se disputent les âmes d’hier et de demain

Souffle encenseur sous leurs ailes de camphre
Sentiments trahis par la nécessité
Silence on exécute
L’oeuvre d’une existence que le papier fantasme
Lui qui se sentira trahi à coup sûr
Mais qu’importe
Un nuage porte ma signature

o-NUAGES-facebook

Qui est-ce

Je suis
Un chien à trois pattes
Qui ne connaît que le rejet

Je suis un clochard anonyme
Un organisme lépreux
Un enfant de Tchernobyl
Au sursis éternel

Je suis
Un réfugié dans une jungle abjecte
Un enfant qui se tue à la mine
Un peuple en voie d’extinction
Un oiseau déjà disparu

Je suis une vache pleurant son petit
Une truie qui ne peut pas bouger
Je suis un être condamné
Promis à la consommation

Je suis un juge qui se parjure
Un prêtre doutant de sa propre foi
Une enfant abusée par le mensonge
Un parent qui se croit obligé

Je suis
Un professeur qui n’a rien appris
Un auteur qui ne sait pas lire

Je suis la misère qui s’ignore
Et la richesse qui se refuse

Je suis une déesse engloutie
Le temps qui ne venge rien

Je suis l’insecte que tu écrases
L’étoile invisible à ton télescope

Je suis l’aiguille dans ta chaire
Et le caillou dans ta chaussure
Je suis la somme de mes ancêtres
Le Verbe qui jamais ne s’est tu
Je suis le politicien corrompu
Qui vole la parole pour ne rien dire
Je suis la couronne et je suis la fange
Le symbole tracé dans le vent
Je suis ce singe qui fait des tours
Amer sujet d’une expérience
Je suis la folle scientifique
Qui donna vie à de la glaise
Je suis un poisson éventré
Une fleur coupée pour sa beauté
Un présent sous-estimé
Un éléphant qui pleure ses morts

Je suis un être qui s’endort
Se promenant d’un rêve à l’autre
Ou un bouddha qui se réveille

Je me demande
S’il a rencontré ce noir soleil
Et cet arbre qui choisit de se planter au ciel
Pour boire la nuit par ses racines
Et nous en donner les fruits ?

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