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Chemins de textes

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Précipice

Cracheuse de sang à l’issue incertaine
Je questionne nos lâchetés, nos ignorances, nos craintes
Au bord de tout lâcher
J’invoque le précipice à la rescousse

th (15)

Je ne suis pas née dans la lumière

Je suis née dans un reflet sombre de l’eau noire
Juste avant que le métal et le sang ne se touchent
Dans l’imaginaire d’un guerrier nostalgique
 
Je suis née au cours d’une de ces longues nuits
Où le mythe se dispute au réel
Où un ego fracasse le ciel à force d’implorer Dieu de descendre
 
Je suis issue d’un tas de cendres
Laissé par la combustion de l’amour
Sur la place tiédie par le lait
Mangée par la terre
 
Je ne suis pas née dans la lumière

sombre

Il y eut

Il y eut des matins de gloire après des nuits de combat
Il y eut la tendresse du soleil après les ténèbres et le froid
Il y eut la mort qui guettait à chaque coin
Les soupirs glacés des ombres qui voulaient m’emporter
Les doutes abyssaux dont triompha ma foi
Il y eut l’ascétique espoir d’être ici pour un but
Qui aurait échappé à mon esprit timide et las
Il y eut les envolées de passion et d’ivresse
Les appels au secours, les instants de détresse
Les larmes apaisantes sur mon cœur rougeoyant
Il y eut une ou deux nuits belles comme le monde
Où un corps étranger s’appuyait sur moi
Où une âme égarée avait besoin de moi
Il y eut la prise de conscience et la lucidité
L’acceptation et l’orgueil résigné
Et mes rêves de lumière qui ne mourraient pas
Il y eut la colère et la haine et le dégoût de la vie
Lorsqu’on me vola la pureté que je n’estimais pas
Et puis la souffrance du plus vain combat
Pour recouvrer cette pureté que je ne méritais pas
Pour recouvrer cette pureté dont je ne voulais pas
Il y eut la découverte du mal et de moi
Ces sentiments malsains qui vibraient dans mon sang
La somptueuse liberté son vertige et sa voix
Ce sont ses ailes que j’empruntais pour voler
C’est son poison que je buvais pour mourir
Il y eut l’ultime volonté d’apprendre à me connaître
Et toutes les voies dans ce sens passaient par mes limites
Celles de mon esprit de mon âme et de mon corps
Il y eut la paix avec la bête que je suis
Et le conflit avec l’humaine que j’étais
Ou qu’un jour j’avais voulu être
Dans mon existence il y eut mille morts et mille vies
Est-ce pour avoir voulu vivre profondément mon être et mes désirs
Que j’ai dû renoncer à toi ?

th (12)

Phoenix

Ceci est ma lettre du fin fond du silence
L’ennui me brûle la peau
Ici les roses ont un parfum vénéneux
Et l’espoir est si ténu
 
Sur la route
Je place un manifeste d’une joie implacable
Je suis revenue
Pour une seconde ou pour mille ans
Là où le souvenir a fait cramer mes rêves
Aux limites du refus, de la fièvre
Je ne partirai plus
 
Ceci est un appel déchiqueté et tremblant
La dernière soif de l’alcoolique
Le secret de l’alcôve
Un reste de tentation démoniaque
Un chant qui s’élève de toute son arrogance
 
Je ne suis plus morte, enfin
Je ne suis plus morte.

th (11)

Duelle

Dans un même élan
J’aime et je méprise
Je me lâche et me maîtrise
Je désire comme je respire
Je vous attire pour mieux vous fuir

Je me suffis à moi-même
Je me sens vivre quand on m’aime

J’ai dans mes doigts de la magie
Sur mes lèvres une poésie
Ma peau douce est une écorce
Sous laquelle coule une sève féroce

Je peux te guérir mais
Je veux en fait te voir mourir
Pour renaître à un monde où le désir
A la force des rêves que l’on plante au soleil
Un monde où ton âme enfin s’éveille
Et où tu danses avec ton corps
Car la crainte de la mort
N’a plus de raison d’être

Je peux
Faire vibrer tous tes sens
Et te faire perdre ton sang-froid

Mais on en a brûlé des sorcières
Pour moins que ça
Je suis une lionne fière
Esseulée

Avec les fils de mes doutes
Je tisse ma route

Quelle vérité se dessinera
À la fin du canevas ?

Âme infidèle
Sauf à moi-même
Et à des sentiments que tous ne comprennent pas

Je suis
Une femme
Là est mon drame
Là est ma flamme
Là est la source de mon combat

Quand dieux et démons se disputent le chemin sous mes pas
Je voudrais juste pouvoir sortir de là

Je rêve d’une puissance franche
D’un verbe qui tranche
D’abattre l’oppresseur à l’aide d’une arme blanche

Mais mon cœur flanche

Je tiens le stylo comme un poignard
Et avant de frapper je sais qu’il est trop tard

Votre injustice m’a déjà vidée de mon propre sang
J’ai vu périr ma dignité sous vos jugements
Je suis libre
De donner mon corps
Si j’aime le corps à corps
Si je raffole de ces puissants accords

Je sais mon besoin de changer la partition
De la mélodie de l’amour
Qui nous chante encore la même chanson
Du «que toi pour toujours»

Mais les fausses notes trop fréquentes
Dénotent une évidente
Discordante dysharmonie

Alors je change de clé
Pour une nouvelle symphonie

Je suis
Un instrument
Celui de ton plaisir
Ou bien de ta fierté

Je me rappelle avoir aimé
Être ainsi exhibée

Mais que je vibre sans tes doigts
Telle une harpe au gré du vent
C’est l’instrument de ton pouvoir
Qui t’échappe en un instant

Je suis
Parfois
Ta chose
Je me rappelle avoir aimé…

Souvenirs d’un esclavage trop librement consenti
Et aujourd’hui dans mon évasion
Je voudrais t’emmener
Je voudrais tant mener notre histoire sur d’autres sentiers
Où nos cœurs restent entiers

Je suis
Tellement désolée
D’infliger de la peine
A ceux qui tiennent à leurs chaînes
Même pour aimer

Je suis
Une lionne fière
Mais sage

Je calque ma vie
Sur mon message

Et si je souffre
Si j’ai trop mal
Je mettrai par écrit
Mon cri primal
Qui est un cri
De détresse
D’une douleur animale
C’est la colère
D’une femme

Un cri de liberté

Respect

Si le malheur est bruyant
Alors le silence
Est gage de bonheur
J’en remplirai les siècles
Je ferai taire mon cœur
Si la mort est repos
Alors je meurs sans cesse
De t’avoir retrouvé
Et je renais sans bruit
Dans le plus grand secret
Si la musique est liesse
Je t’offrirai la paix
De la sérénité
Devant la force de notre amour
Même les instruments se taisent
Par respect

th (6)

Délectable

C’est délectable
Et regrettable
A quel point tout est calme
Et tranquille
Et dans cette quiétude
Troublée par des discussions sans conséquences
Je lance des étincelles mouillées
A la face de mon double
En souvenir du passé

Il reste une plainte
Inexprimable
De la part d’une oratrice à la langue coupée
D’une femme à la révolte domptée
Disciplinée
Peut-être par quelque molécule
Ou bien par une sagesse ineffable
C’est l’ultime questionnement
Le doute impitoyable
Seul élément stable
Presque une habitude
Détestable

th (5)

Je vous déclare la paix

A vous les bourreaux de mon corps mortifié
A ceux qui m’ont jugée et me jugeront demain
Qui cherchez la cohérence dans mes pensées issues des terres du paradoxe
A ceux qui hurlent péché quand je cherche le plaisir 
Qui me déclarent coupable car je n’ai pas honte de jouir de l’infini pouvoir qui réside entre nos mains
Entre nos lèvres
A ceux qui se croient autorisés à me punir
Pour avoir navigué sur les terres instables 
de nos désirs brimés ou décrétés tabous
Pulsions d’amour que je place bout à bout
Pour disséquer le tissu de ces tristes sérénades 
qui s’élèvent des cités quand l’espoir crève le soir au coin d’une horloge 

Je vous déclare la paix
Je vous déclare la paix pour ces blessures qui ont un jour assommé vos cœurs
avec une telle violence que la tendresse est restée hébétée
Et le cÅ“ur s’est dit
puisque c’est ainsi puisque la douleur sévit derrière la moindre de mes ardeurs 
je ne me livrerai plus

Je déclare la paix aux forteresses de fortune
qui enrobent nos libertés déchues
aux chaînes et aux fouets qui trahissent l’espèce humaine

Je déclare le pardon pour les enfants de nos haines 

A punir sans soigner la justice sécrète sa gangrène
La jeunesse se suicide à grands coups de substances,
j’ai vu tant de grands esprits partir en fumée
dans les chants de bataille où nos forces s’épuisent

Vous qui m’avez fait payer le prix de vos souffrances
Dans l’extrême violence de votre indifférence
Je ne veux plus me battre contre vous
En déposant les armes j’ai pris quelques lames droit dans l’âme
mais je ne lèverai pas la main car au fond je l’avoue
ma peine est bien plus grande de voir l’amour mourir
et je sais comme ça mal la chute peut être fatale je le sais
je suis morte plusieurs fois
Dans ma chambre d’enfant en écoutant les cris de mes parents dans le noir
Sur un lit d’hôpital lorsque l’enfant tant espéré se retrouva aspiré
je suis morte maintes fois violée et il paraît que je devrais avoir honte 
d’en parler

Je vous déclare
la paix
terribles enfants vengeurs
pour ne plus avoir à vous regarder sous le filtre morbide qui recouvre nos âmes vides

Nos intimes barricades tracent les frontières du territoire de la peur
On tire à feu nourri sous la bannière de l’unité
reproduisant la devise qui nous vola la lumière en divisant les frères
Chaque jour
On signe de notre sang ce contrat de la démence on renonce
Hostiles par principe les transports ont perdu leur sens commun
Le sexe est devenu sale on ne sait pas comment
Avoir la conscience crade est désormais synonyme de bon sens

De bien obscures prémonitions se déversent de l’illusion poétique
Trop de balles qui se perdent dans les couloirs de l’art médiatique
Pas assez de cris en capitales sur les murs
Trop peu de vraie fureur, mais combien de slams qui s’escriment à exprimer leur rage en sourdine
Faites un peu silence sur le champ de bataille
que je m’exprime 

th (3)

Sans armes

Nous a-t-on laissé le choix des armes ?
Le silence des prisons nous apprend que la parole est un trésor
La plupart des parures que nous arborons fièrement
Ne sont que les marques laissées sur notre corps
Par l’oppression de leurs regards
Retourner contre eux la tyrannie du miroir
Par nos chants nos poèmes nos écrits
Leur ouvrir les yeux de force s’il faut
Transpercer leurs yeux qui quêtent notre désir
Désamorcer les têtes chercheuses
Ne plus s’offrir à leurs regards
Dissimuler sa liberté pour mieux la protéger
Dans la clandestinité la beauté prend le maquis
S’affranchir des modèles établis
Des idéaux qui nous entravent
Prétendant glorifier
L’absolue féminité

th

Elle marche

Elle marche
Tranquille. Il fait chaud. Elle porte une jupe.
Une jupe blanche, une jupe simple, qui n’est pas transparente et qui arrive aux genoux
Elle n’est pas laide du tout, mais pas canon non plus
C’est une femme ordinaire qui n’a rien demandé
Soudain, elle se retourne
Sur son visage le dégoût a remplacé la sérénité
Quelqu’un l’a pincée
Quelqu’un et pas quelqu’une vous l’aurez deviné
Elle le cherche du regard, il s’est fondu dans la foule
Quelle lâcheté
Elle était bien, elle était zen, se sentait à l’aise avec sa féminité
Un inconnu, un homme, en une seconde l’a ramenée à la réalité
Femme, tu n’es à leurs yeux qu’une chair féconde, un objet

Femme, mais où vont-ils chercher l’audace de tout se permettre avec ton corps comme si c’était un jouet  ?
Celui-là disparaît dans la foule et d’un coup
Tous les hommes sont coupables ou suspects
Quelques témoins ont peut-être eu un sourire complice
Mais nulle révolte ne vient sanctionner ce vice
Ce crime ordinaire
A toutes celles qui trouvent que ça commence à bien faire
Pourquoi continuer à se taire  ?

Injection quotidienne de notre dose d’humiliations
Pourtant si peu de traces d’indignations
Si peu de volonté d’expression
Et comment faire désormais confiance à la mâle engeance  ?
J’ai usé mon cÅ“ur à force d’espérances
J’ai trahi mon honneur à force d’indulgence
Plutôt risquer la misandrie
Que la folle passivité de ces êtres tellement conditionnés à êtres rabaissées
Qu’elles ne daignent même plus le remarquer

Femme, prend tes doutes au sérieux quand ils sonnent l’alarme
Femme, un soupçon de bon sens t’éviterait bien des drames
Mais d’un autre côté c’est tellement confortable
D’être un objet chéri, au triomphe délectable
Quand, un homme à tes pieds, tu te sens fatale

Femme, ne tombe pas dans ces pièges, dans ces placards dorés
Car la compagnie de tous nos rêves avortés
De nos désirs brimés, nos innocences violées
Pourrait te rendre cinglée
Depuis le temps que l’humanité avance en foulant du pied nos corps sacrifiés
Depuis le temps que l’histoire est rédigé par la même moitié de l’humanité
Il est plus que temps, femme, de te révolter
On est responsables
De nos mères comme de nos sœurs
Pour nos filles on rêve d’ailleurs
D’un monde sans malheurs qui porterait d’autres couleurs
On nous rend coupables de nos humeurs instables
Cela fait si longtemps que l’on rogne nos propres ailes
Élevées par notre désir de vivre libres
Trop souvent rabaissées à notre rang de femelles
Menaçons l’ordre établi de notre liberté criminelle

Le dos gâché par des chaussures aguichantes
L’appétit rendu nerveux à force de privations délirantes
Tous les espoirs tendus vers la venue de celui qui te rendra charmante
Le prince que tu attends pour remplir ta vie
Comme si
Comme s’ils avaient raison de penser que sans eux tu n’es rien
Comme s’ils étaient les seuls à pouvoir te faire du bien

Femme  ! Je voudrais comprendre pourquoi chaque jour qui passe
Le système t’exploite, te trahit, t’insulte et toi
Tu ne dis rien
Tous vos sanglots ravalés me restent en travers de la gorge

Elle marchait, sereine, tranquille, elle n’avait rien demandé
Devant une foule de témoins sa dignité fut offensée
Et rien
Le monde a juste continué de tourner

Mille fois chaque seconde et de mille manières
On porte atteinte à notre intégrité
A chaque coin du monde existe un enfer
Où on avilit notre identité
Toutes par notre féminité reliées
Toutes avons pleuré le deuil de notre liberté
Mais pourquoi se résoudre à l’enterrer  ?
Est-ce que nous croyons au sentiment si tôt inculqué
De notre infériorité  ?

Toutes les races et classes d’esclaves un jour se sont levées
Mais nous – peut-être est-ce en vertu du privilège de la maternité  ?
On se tait
Et le monde continue d’aller comme il va et
A l’Est les petites filles sont assassinées
A l’Ouest y a pas d’âge pour se faire violer
Et les rares femmes intactes s’enferment de plein gré dans des clichés
Pour un jeu de séduction où elles sont sûres de gagner

Pendant ce temps l’autre humanité continue d’avancer
Sur un tapis ô combien moelleux  !
Fait de nos corps sacrifiés
De nos amours, de nos espoirs, et des cadavres de nos libertés rêvées

Elle marche.

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