IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

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Accord

Corps force et
Contraint
Corps lié
Corps livre et
Dissimulé aux regards
Corps particulier en quête de standard
Corps que l’on voudrait faire sien
Corps que l’on empoisonne
Corps odorant
Corps suant
Corps chargés de fluides rouges
Blancs
Verts
Ainsi que de mystères
Corps désobéissant
Au naturel interdit
Corps d’essence coupable
Du péché d’être chair
Corps exhumé enfin
De sa propre matière
Corps beau
Corps temple
Édifié par les idées qui t’habitent
Par les images qui te hantent
Corps spectacle
Corps refus
A l’acmé de l’abandon
L’amour en actes comme unique salut
Tu te vois faire corps avec la Terre
En corps
Avec les étoiles
En corps
Avec l’univers
En corps, encore, encore…

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Evasion

Larmes dilapidées pour un si triste envol
Poèmes faisant foi des intentions sauvages
Tirés en plein ciel
Les munitions se réclamant d’un sens précis
Images dansantes indécentes indécises
Se contentent de fouler le cœur battu
Où se disputent les âmes d’hier et de demain

Souffle encenseur sous leurs ailes de camphre
Sentiments trahis par la nécessité
Silence on exécute
L’oeuvre d’une existence que le papier fantasme
Lui qui se sentira trahi à coup sûr
Mais qu’importe
Un nuage porte ma signature

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Qui est-ce

Je suis
Un chien à trois pattes
Qui ne connaît que le rejet

Je suis un clochard anonyme
Un organisme lépreux
Un enfant de Tchernobyl
Au sursis éternel

Je suis
Un réfugié dans une jungle abjecte
Un enfant qui se tue à la mine
Un peuple en voie d’extinction
Un oiseau déjà disparu

Je suis une vache pleurant son petit
Une truie qui ne peut pas bouger
Je suis un être condamné
Promis à la consommation

Je suis un juge qui se parjure
Un prêtre doutant de sa propre foi
Une enfant abusée par le mensonge
Un parent qui se croit obligé

Je suis
Un professeur qui n’a rien appris
Un auteur qui ne sait pas lire

Je suis la misère qui s’ignore
Et la richesse qui se refuse

Je suis une déesse engloutie
Le temps qui ne venge rien

Je suis l’insecte que tu écrases
L’étoile invisible à ton télescope

Je suis l’aiguille dans ta chaire
Et le caillou dans ta chaussure
Je suis la somme de mes ancêtres
Le Verbe qui jamais ne s’est tu
Je suis le politicien corrompu
Qui vole la parole pour ne rien dire
Je suis la couronne et je suis la fange
Le symbole tracé dans le vent
Je suis ce singe qui fait des tours
Amer sujet d’une expérience
Je suis la folle scientifique
Qui donna vie à de la glaise
Je suis un poisson éventré
Une fleur coupée pour sa beauté
Un présent sous-estimé
Un éléphant qui pleure ses morts

Je suis un être qui s’endort
Se promenant d’un rêve à l’autre
Ou un bouddha qui se réveille

Je me demande
S’il a rencontré ce noir soleil
Et cet arbre qui choisit de se planter au ciel
Pour boire la nuit par ses racines
Et nous en donner les fruits ?

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Angst

Lasse de faire violence à mon esprit
afin de le contenir dans les limites érigées par
la culture et ses chemins artificiels
censés te mener tout droit aux paradis autorisés

Lasse de briser mon cœur qui souvent
embrasse et se blesse sur des couteaux
acérés par l’amertume d’un puits impossible à combler

Quand le souffle qui modèle les dunes du désert
se heurte aux vanités immuables que peut-être avec un peu d’espoir
les tempêtes viendront ébranler

Comme je souhaite être une tempête

Et comme c’est vanité

 

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La guerre des sexes

La guerre des sexes
Qui a été déclarée il y a fort longtemps
Par vous les hommes
À noues les femmes
Cette guerre
Dans laquelle noues ne pouvons prendre le risque de noues défendre
Sans se voir accusées d’entretenir la guerre
Cette guerre
Dans laquelle parfois vous prenez nos sexes
De force
Afin de s’en servir comme arme dans les guerres que vous menez entre vous
Dans de nombreuses régions du globe
Cette guerre
Au sein de laquelle vous prenez parfois
Nos sexes
De force
Afin de sentir un instant l’ivresse du vainqueur

La guerre des sexes
Qui fait qu’un grand nombre de femmes se font la guerre
À elles – mêmes
À leur corps
À leur nature
Pour correspondre à l’idée de la beauté que vous noues imposez
Et vivent dans l’angoisse du jugement de votre regard
La guerre des sexes
La seule guerre dans laquelle l’opprimée a le désir de plaire
À celui qui l’opprime
De le charmer de le séduire d’être dans ses bras
De s’avouer vulnérable, de se sentir conquise
Et de s’abandonner

Vous avez déjà remporté moult territoires
Le terrain de la rue, les sphères du pouvoir
Nous reléguant aux enclaves domestiques
Ou aux plaisirs sulfureux

La guerre des sexes
Est une guerre de l’imaginaire
La maman ou la putain
La salope ou la fille bien
La guerre des sexes divise
Et ses victimes s’activent à relayer la parole qui les oppresse
On fait oeuvre de stratégie pour minimiser les dégâts
On se réfugie dans le futile, dans des chimères
Et on n’en parle pas

La guerre des sexes
Rend invisible la diversité des genres
Elle oblige à une vision binaire
Dont certains doivent se satisfaire

J’ignore pourquoi on noues a déclaré la guerre
Est-ce que le pouvoir de notre ventre faisait peur
Autrefois les femmes qui soignaient étaient brûlées comme sorcières
Et quand c’était un homme on disait : docteur
Alors vous pouvez promener votre condescendance sur ma colère
Vous pouvez même la balayer d’un revers
Mais soyez assurés messieurs
Que même si nous n’avons pas déclaré cette guerre
Noues noues battrons
Jusqu’à son dernier jour.

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Ma parole

Euphorie implosée dans un drap de velours
Débris de liesse à contre-sens
Navire ailé sur un fleuve de pudeur
A sa proue une figure muette et sereine
Telle est ma parole

Extatique et timide
Tremblante et défroissée
Autour de son noyau gravitent des souvenirs
Des larmes, des couteaux, la menace du pire
Au point que la mort me fait maintenant sourire
Et porte ma parole

Le profond et lent soupir d’une flamme désabusée
Une bulle de plomb qui se fait exploser
Sur le miroir antique de nos vanités
Telle est ma parole

Un blasphème inconnu à l’outrage subtil
Une vérité triviale qui progresse invisible
Un doute malicieux, d’incandescence tangible
Telle la neige qui se dépose sur les toits la nuit
Et qui nous fait la surprise au matin
Alors que l’on n’était pas prêt.e.s

Telle est ma parole quand elle évoque le temps
Le trépas
L’évidence de l’espoir qui colle à nos pas
La violence des combats dont on est revenu
Telle est ma parole dans ce qu’elle ne dit pas

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Faux lit

Je connais la couleur de la folie
Le relief mordoré d’une étoile aux arêtes très précises
La furieuse diagonale qui biaise toute perception
Le cratère, le rivage, l’abysse et sa perfection

Je connais
Le goût du soufre et le chant que propagent les nuages
Pour avoir parcouru l’échelle des gouttes de pluie
De l’Éden aux enfers, et des ténèbres au Paradis

La folie est une abrupte certitude
Qui lacère chaque seconde comme un astre foudroyant
C’est un langage sacré muet depuis trop longtemps
Et qui danse et qui brûle de tant de solitude

J’ai vécu dans ma chair cette urgence contrariée
La fièvre d’une Cassandre reniant sa vocation
Cruelle dans l’absolu rejet de toute opacité
Impossible à étreindre, dangereuse à comprendre

Porter le fardeau d’une page déchirée
Danser sa dissonance comme on épouse une larme
Faire le deuil de ses armes, du plus certain des charmes
Pour que mon cri se tienne dans l’ordre du quotidien

paradis-sous-un-nuage

Fard d’eau

Je porte la tristesse
Et le deuil caché
Je porte des souvenirs
Et des rêves échoués
Je porte une allégeance
A des poèmes fâchés
Inégaux et froissés
Aux questions déplacées

Je porte le lourd silence
D’une nuit autopsiée
Je porte la douleur
D’un monde écartelé
Je porte la tendresse
Pour la chair éprouvée
Sous contrainte et soumise
Pour être désirée

Je porte la solitude
Comme un cadeau précieux
Je porte le renoncement
Au sein de mes entrailles
Je porte la liberté
Dans le moindre refus
Et dans mes différences
Je porterai la plume

 

fourmi

Au gré du hasard

Au gré du hasard

Des idées flottant comme des grains de poussière
Chacun d’eux renfermant son propre univers
Et la promesse de sa disparition

A l’envers du néant

Quand le soleil découche que les oiseaux déchantent
Qu’un espoir indécent se désagrège innocemment
Que l’ironie déstabilise les radieuses certitudes sur les terres promises
Que l’ambition fait ses valises en recherche de terres plus fertiles que les sols décimés par les larmes arides
Quand l’océan se vide

Je retourne mes racines et les greffe aux nuages
Je questionne mes démons, insulte les présages
Soudoie des idéaux, caresse des images
Comme mon reflet brouillé dans le miroir du monde
Comme une mémoire souillée par la plume qui raconte
Et ravive une conscience mille fois morte de honte
Par trop assujettie à la norme qui gronde

Coupable d’harceler les étoiles
Je plaide la folie d’avoir voulu revivre

COSMOS

En somme

Afin de pouvoir accoucher du chaos
Je me suis accouplée avec une flamme obscure
Trouvée dans l’herbe sèche au plus fort de l’hiver
Ravivée par mon souffle fiévreux et amène
J’ai donné la vie à un tourment sans fond
Que les humains recherchent pour altérer l’ennui
J’ai fait voir le jour en toute perfidie
Au plus somptueux des doutes, à l’aube de toute vie
Une chaîne de paroles détournées de leur but
Un soupçon de folie que l’on croirait en fuite
J’ai vu la naissance d’une fleur monstrueuse
Dont le parfum t’enivre et qui ne mourra pas
Ses pétales de sang sont si sombres et sensuels
Que celui qui les touche se voit affublé d’ailes
Pour voler dans des territoires interdits
Et goûter à des maux et plaisirs inédits
J’ai recueilli en moi le germe cent fois maudit
De la vérité nue et de son élégant cortège
Composé de mille et une formes de solitudes
Toutes flamboyantes et jusqu’au désespoir
Elle t’accompagnera sans l’ombre d’un frémissement
Même quand la tempête arrachera les saules
Dispersera leurs larmes aux quatre coins du monde
Elle sera avec toi munie d’un sourire fendu
Elle sera ton arme face au monde connu
Et guidera ta recherche dans les territoires vierges
Afin que tu sois sûr de t’y perdre
J’ai nourri de mon sein cette créature hybride
Lui ai donné ma force et mes vastes faiblesses
C’est mon sang qui te dévaste dans cet ouragan
C’est ma pensée qui trouble, ma faim qui te dévore
J’ai élevé cette chose au cœur de mon esprit
Dans le secret d’une alcôve soigneusement étudiée
Pour recueillir la somme de mes rêves, de mes souffrances
Et faire le produit de mes plus amères expériences
C’est mon ventre qui murmure, dans ce grondement planétaire
Ce sont mes tripes qui hurlent, couvrant le bruit des guerres
C’est ma chair qui sourit, quand tu prends du plaisir
C’est ma peau qui frissonne, chaque fois que tu t’éloignes
J’ai engendré un monstre que j’aime de toutes mes forces
Une idée mal-conçue, un sentiment foireux
Une force incomprise, qui bouleverse, insidieuse,
Les fondations d’une âme qui se croit malheureuse
Je lâcherai mon enfant dans le grand univers
En me passant de sa douceur, de sa rage, de ses vers
Le jour où il sera prêt – pas l’enfant, l’univers
A oublier le confort d’une certitude avouée
A renier le trépas pour la multitude d’aveux
Des libérés
Je suis mère du chaos
Et j’attends la sentence avec une impatience
Consommée.