IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

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En nuit

Entre mes côtes vit un oiseau de nuit
Dont les yeux sont des lacs résolus
Et le sang plus lourd que l’encre noire
Répandant sa lumière tel un soleil occulte

A partir du silence de l’emprise désolée
Il parvient à extraire quelques larmes pour sa soif
Et puis d’une note à l’autre élabore une trace
Portée en dissidence à chaque nouvel envol

Cet oiseau a la clé des masques de l’effroi
Qu’il dissimule à l’aube au creux de mes racines
Laisse une piste de plumes à l’envers des nuages
Et puis déploie ses ailes pour que naisse le jour

Il lui faudra mourir éventré par l’aurore
En laissant sur ma peau quelque filtre secret
Une saveur qui danse au gré d’un verbe obscur
Inscrit en capitales dans l’air qui nous entoure

Entre toutes mes côtes vit un oiseau de nuit
Qui partage l’espace d’un papillon diurne

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Assorti-e-s

Une pensée matinale pour les attraits de l’ombre
Quand j’inaugure le jour par quelques pas de danse
J’ai pour la douleur de sombres reconnaissances
Et caresse l’idée d’une souffrance libérée

Un sourire mortifié sur ma face sereine
Souvenir trouble du limon agité
Une place ajustée sur le lit de Procuste
Le triomphe angulaire d’un mensonge éhonté

Quand je souris au ciel de toute ma gratitude
J’éprouve pour mes enfers une tendre ambiguïté
Tortures qui semblent issues de notre imaginaire
Et plus j’y résistais plus j’y ai adhéré

Je sais d’où je viens quand je suis arrivé-e
Quand le haut et le bas ne font plus aucun sens
Pour la petite fiancée de la démence
L’oubli reste la principale mesure de sûreté

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Noire

Je

Suis

Noire

Plus noire que ne le dit mon épiderme

Je suis noire

Comme issue de la conception des temps

Noire comme j’ai pris le soleil dans mes bras

Noire comme la nuit est la partie claire de mon regard.

Je suis noire

Comme le compagnon de route de l’inexplicable

Je suis noire

Comme l’est à jamais le plus proche étranger

Je suis noire

Comme le plus pur chemin de la connaissance

Noire

Comme à quoi sert l’espoir si on n’a pas d’ailes pour marcher

Noire comme la différence

Noire comme l’invisible

Noire comme on ne peut pas me rater

Je suis noire

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Comme si

Regardez-moi comme si je venais de sortir d’un sarcophage
Pour investir un corps depuis longtemps préparé

Regardez-moi comme si je venais délivrer un message
Qui se situe moins dans mes mots que dans vos propres songes

Regardez-moi comme si je n’avais jamais cédé au mensonge

Assise sur une pierre brûlée par le soleil
Je suis ce que j’écris

Des murmures indistincts parviennent à mes oreilles
Je vois ce que je crois

Regarde-moi

Regarde-moi comme si nous formions l’ultime espoir de la terre
Comme si nos voix à l’unisson pouvaient tout changer

Regarde-moi comme si je détenais tous les mystères
Et que je cherchais quelqu’un à qui donner la clé

On sait ce que protègent les langages hermétiques
La richesse des puissants et leur autorité
Je me suis gavée d’images et de force symbolique
Regardez-moi comme si j’étais venue tout changer

Rescapée par miracles de toutes sortes de guerres
J’ai connu la marque du fouet, le silence du bâillon
Pour être pénétrée de toutes les manières
Par la violence du sujet

Regardez-moi comme si j’avais ressuscité
À force de mots d’amour, la flamme du savoir
Si je ne distingue pas le rêve de la réalité
C’est la raison pour laquelle j’ai pu m’en sortir

Regardez-moi comme si vous deviez avoir peur
De cette colère qui couve depuis l’éternité
Depuis que des peaux pâles ont profané la Science
Et inventé des fables pour la dissimuler

Regardez dans vos yeux renaître cette vieille crainte
Comme si je portais la plume du Jugement Dernier
Pesez votre cœur, ne tentez pas une feinte
Moi, je ne suis pas là pour me venger

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PaScience

Avec le ciment de la patience
On peut construire des ponts ou des citadelles
Pour réunir ou protéger
Surmonter des rivières de malentendus
Fortifier son cœur

Avec le sable de la patience
On dessine des plages où s’allonger tranquille
Pendant que les vagues du temps nous lèchent les orteils
Et que la menace du regret percute le rivage

Le vent de la patience peut déplier nos voiles
Comme il caresse l’espoir déraisonnable
Et apaise la brûlure des plus justes courroux

Quand patience devient l’abri où nos larmes se soignent
Et l’autel où nos armes se signent
Une fois les rêves remis en liberté

Subsistent une fois la confiance rendue
Les signes d’une victoire que l’on n’attendait plus.

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(Illustration : labyrinthe de sel de Motoi Yamamoto)

Soleil denté

Émotion circulaire ancienne et cramoisie
A libérer d’urgence
Des espoirs sans mesure et possibles effrayants
A force d’accoutumance aux limites données
A la modestie comme vertu
A l’impuissance comme condition première déterminante indépassable
Des pouvoirs éprouvés que la raison ampute

Comme un refus de contrôler les choses
Le choix de se laisser porter
Par sagesse ou prudence

Pourtant

Impatience antique qui me brûle les veines
Et se savoure en silence

Ce savoir qu’on sait universel
Cette leçon qu’on n’attendait plus
Ce grand merci
Galbé d’une ironie exquise

Ces vieux rêves qui n’en sont plus et
Cette revanche secrète dont on n’a jamais voulu
Mais qui nous fait du bien quand même

Se montrer au grand jour en pleine métamorphose
Avant d’avoir atteint la forme ultime

Le silence est du Verbe sous sa forme aboutie
Tout le reste est Je
u.

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Pas sage

Nos corps sont des passages

Dans la béance écarlate
Je ne connais que moi
Et l’œil unique multiplié par la lumière

Il n’est pas encore né le miroir
Qui saura me reconnaître

Je le vois suspendu à la gorge d’un fétiche
Où se fichent autant de clous
Que de peines dans mon cœur

Puissance dormante attendant d’être invoquée dans la langue adéquate

Quelque part en moi je sais tout
Je sais regarder sans intention ni espoir
M’incliner devant l’herbe qui se couche sous mon pas
Éprouver ma gratitude à l’aune des plus infimes signifiances
Et la force de mon indulgence envers les géants

J’ai renoncé à trouver mon semblable
Enfin

Que ma voix se perde dans l’ivresse manifeste
Que mon souffle imprime la maîtrise absolue
J’ai tenté de cacher ce que je pensais être
Et personne n’y a cru

Vous êtes la soif et je suis cette eau
Qui attise à n’en plus finir
Cette soif que seules les constellations désaltèrent
Et qui vous fera trouver des galaxies
Dans un grain de poussière.

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Rien

Je suis rien
Tu peux me couvrir d’une robe coûteuse pour me mettre en valeur
Tu peux me noyer sous les bijoux, sous un luxe d’apparat
Je suis rien
Je pourrais mettre mon nom en haut d’un tapuscrit
Ou ma signature en bas d’une oeuvre d’art
ça ne changerait pas
Je suis rien, et je sais rien faire
Tu peux me passer la bague au doigt, me mener à l’autel
Où tu sacrifierais mon cœur à la vie conjugale
Mais à quoi bon
Je suis rien
Je peux posséder des milliards
Si je ne me possède pas moi-même, je suis rien

Et comment peut-on posséder ce qui n’existe pas

Je suis là
Où naissent toutes les questions demeurées sans réponse
Où réside le mystère et l’arme qui le tue

Que fais-tu dans la vie
Rien
Que veux-tu faire
Rien
Et que sera demain

Etre est le Verbe suprême
L’action un appendice qui s’opère dans certaines sphères
Sur la route qui s’impose à force de ne pas choisir
Je vois personne devant
Je suis Rien

Mon corps – celui qui compte
Pas celui qu’on regarde qu’on juge qu’on méprise
Ni celui qu’on envie, ni même qu’on croit en vie
Mon corps, pas celui qu’on celui qui fut profané par l’amour
Mon corps éternel irréductible et subtil
Mon corps est dans mon nom
Moi je ne suis rien

Rien

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Retardement

Il y a des Ève noires qui ont mangé le fruit
Et qui n’en ont pas honte
C’était une grenade

Avec une patience d’ange
J’attends l’explosion de la bombe cachée dans mes entrailles

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Orgue

Comme
Coincée dans l’océan des possibles
Par un excès de philosophie
Comme une vague – connaissance muette
Comme un cœur privé – de mains
L’errance se soulage
De son trop plein d’incomplétude
Fuir à tout prix les évidences
Fouiller la logique de l’absurde
Telles sont les ambitions organiques
Que la passagère des eaux
Dé-livre
Dans un soupir.

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