IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Vu l’heure

Vu l’heure tardive
Avant de partir à la dérive
Avant d’oublier mes origines
De renier ma couleur, de perdre mes racines
J’ose un dernier témoignage
Une gerbe de couleur noire sur la page
Où j’ai convoqué tous les orages

Pour l’amour d’une image
J’ai découpé le sens en zones contradictoires
J’ai insulté ma langue faible et transitoire
En inventant de nouveaux mots
Liquides et sanguins comme la neige
Aussi innocents qu’une pomme édénique

J’ai décrit
Les papillons aux ailes de mazout
Qui bruissent dans mon ventre depuis les événements
Qui brisèrent le soleil dans le ciel de ma jeunesse

J’ai écrit le vertige d’un rêve qui fut d’autant plus grand
Que mon cœur était sombre

Et la chute sans fin
Le désespoir sans fond
Le déni qui enfonce
La délivrance enfin

J’ai hurlé mes murmures aux murs de la ville
Déposé mes louanges aux pieds de langues habiles
Baladé mes errances dans cette ère rance
Embrassé la folie dans une dernière danse

Vu que le temps passe
Avant de de voir céder la place
Avant que ma mémoire ne s’efface
Que le sommeil s’avance, que la nuit ne me dépasse

Je rassemble péniblement mes ailes endommagées
Panse mes blessures, soulage mes plaies
En appliquant un baume concentré
De rimes déchantées, de verbe halluciné
Avant de m’envoler

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Fi d’elle

Sur mes lèvres de velours
Dépose ton empreinte fraîche comme la pluie
Humide comme la rosée sur le pétale froissé de l’aurore

Sur mes reins
Impose ton impact léger comme la neige
Qui tombe un dimanche soir sur une vallée perdue
Assourdissant vacarme

Pour te désaltérer je t’offrirai des larmes que la joie fit couler

Sur ma peau
Promène ta paume à l’étonnement perpétuel
Et que tes doigts tambourinent délicatement
Pour annoncer leur arrivée solennelle dans l’antre de la joie

Que ma plume fébrile
Se fasse l’écho de la magie nocturne
Et psalmodie la promesse que je fis au désir
De ne pas t’appartenir

J’appartiens à la lune aux collines aux étoiles
Et tu es l’océan, mes formes se dévoilent dans ton reflet

J’appartiens au silence à la nuit ou au temple
Où je t’ai vu t’agenouiller
Pour implorer le salut que je méprise
Dans une jouissance volubile

De ma langue
Je chanterai les secrets que tu n’as jamais pu formuler sans t’effrayer de leur puissance

Et mon ventre sera
Un lit pour ta rivière
Et tu t’érigeras
En totem funéraire
Et puis nous crèverons
De fatigue et d’ivresse
Et nous nous en irons
Libres de toute promesse

Avec pour unique allégeance
La fidélité que l’on doit à nos sens

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