IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Solitaire

Dans le refuge inoxydable de la solitude
En tendant bien l’oreille
On peut saisir la cavalcade des heures
Et rêver en douce
Puisque le soleil se couche toujours quelque part

Au bord du lac de la lucidité
On peut s’immerger par intermittences
Juste assez pour sentir la fraîcheur
Avant que les flammes de la passion ne nous réchauffent
Pour quelques secondes

Planter un arbre dans cette contrée stérile
Selon les voyageurs de passage
Récolter le fruit de la rédemption
Qui nous est accordée par nous-mêmes
Et qui a le goût sucré d’un piège vénéneux

De paix lasse
Je me glisse à l’extérieur de ma cabane de papier
Pour rencontrer des leurres
Des miroirs des girouettes
Autant de mes semblables dont la constance m’exaspère

Mais dans le secret impraticable de la solitude
Je suis Pégase
Je suis un lynx
Ou une sirène
Je suis une louve
Ou une étoile
Mais toujours noire
Enfant de la nuit mythologique
Et la réalité n’est qu’un funeste personnage

Dans la lumière incompressible de la solitude
Je détiens le Verbe salvateur
L’ivresse me dégrise
Et la vérité déguise le doute malfaiteur
En questionnement subtil

L’exaltation de mes sens transformée
En une orgie de tempérance
J’avance à pas feutrés

Je souris pour les anges
Et je pleure pour les autres
Et c’est le même visage

Dans la pureté orthodoxe de la solitude
L’oxymore est une habitude
La contradiction n’empêche pas d’avancer
Et pour capter la beauté
Il faut la laisser partir

Ma solitude est celle du nombre
C’est un serment unique et un terrible parjure
Même authentique ma solitude fait genre
Elle est productive dans les bons jours

C’est un sommeil éveillé
Une riposte mal tournée
Un train sans terminus
Ma solitude.

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Pieds nus

Je marchais pieds nus sur le bitume
J’avais confiance en ma capacité à supporter la douleur
La brûlure
N’était rien comparée à ce qu’endurait mon cœur
Pétri de trop d’amour

Jusqu’à la rupture définitive
La scission de mon esprit
Je prenais les rayons du soleil pour argent comptant
Et le murmure du vent
Comme un sortilège

Mon âme était légère
De ses millions d’années

Lente à la renaissance
Je bute sur les plus simples apprentissages
Par trop de limites éprouvée

Je n’avais jamais emprunté ces sentiers de façon raisonnable
Je marchais pieds nus sur le bitume
Dansais sur du verre pilé
Courais sur des pointes d’étoiles
Amusées

Je pleurais des améthystes
A la tristesse de mon semblable dédicacées

J’avais confiance en ma dignité face à l’horreur
Habillée de fierté
Et le dédain comme un refuge secret
Si vous saviez

Mes mots d’amour sont autant de pièces jetées dans le puits des vanités
Trop d’empathie visible au retour inespéré
Pas assez de méfiance il paraît

Je ne sais plus qui a assassiné ma bonne fée
Retrouvée égorgée dans son château doré
Etait-ce l’oeuvre d’un violeur ou bien de ce pompier
Que j’appelais à l’aide et qui m’a ignorée
Etait-ce cet homme aimé méprisable et coupable
Qui m’a mise au rebut sans m’accorder un mot

J’ai tant pleuré que j’ai fait de mon cœur une île

Regarde bien
Il y a dans ma confiance donnée le détachement subtil
De celle qui a cessé d’espérer

La plante de mes pieds nus sur le sol artificiel
Au milieu de la paranoïa des un.e.s des autres
Je mesure ma liberté à de petits plaisirs

Les yeux clos pour ne point vous haïr
L’âme en sourdine pour ne point trop aimer
Au risque de demeurer méconnue
Par habitude je rends hommage à la politesse
Et j’encaisse
Vos regards empreints de condescendance
Votre indifférence totale à la souffrance
De ce qui vous est étranger
Et vos banales certitudes

J’envie parfois votre assurance
Et vous laisse celle de mon pardon

Ma soumission est feinte devrais-je m’en excuser
La colère m’éreinte
Tout ça va exploser
Alors vous saurez
Vous saurez.

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