IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Jim

Un paradis échoué sur un lagon d’encre
Une humeur de fumée, une écriture de furie
Quelqu’un est parti
Quelqu’un s’est pendu et la vie continue
Des restes de stupeur dans mes doigts engourdis
Des larmes sur mes joues ont esquissé ma peine
Qu’est-ce qu’une vie
Un souffle brisé par une vile maladie
Un océan de rêves asséché par le vent
Une force surréelle mais stoppée d’un seul geste
D’une volonté subite
Quelqu’un est parti et ne reviendra plus
Comme on part en voyage sans prendre de valises
Pour ne laisser que des images évanescentes
Des souvenirs pâles de rires incompris
Quelqu’un est parti
Emporté par une tempête d’émotions indicibles
Et de rancœurs insurmontables
Il n’avait que ses yeux pour dire l’impossible
Et ses yeux disaient
Ses yeux disaient qu’il n’était plus de ce monde
Avec ses projets branlants et ses théories folles
Ses yeux disaient qu’il était parti déjà
Il s’adressait à nous depuis sa solitude
Et nous faisait sentir incapables de l’atteindre
Alors on donnait le change, et vous qu’auriez-vous fait?
Une chaîne de vos mains qui le maintienne à terre?
Qu’en serait-il de sa liberté, de son choix, de ses armes?
Comment empêcher l’envol, fût-il précoce, d’une seule âme?
Et dans sa dignité, oiseau blessé, phœnix en flammes
Il est parti sans un laisser un mot
Laissant derrière ses maux
Et une émotion vive

Un paradis échoué sur un lagon d’encre
Jim était un artiste, un esthète, un gamin
Quand d’autres luttent pour écrire le livre de leur destin
Il a choisi sa fin.

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C’est moi

Dans mon fumeux cocon tissé de souvenirs
Je me crois à l’abri de mes propres désirs
En dévidant le fil de mon esprit confus
Je vois un papillon de ténèbres vêtu
C’est moi qui suis le but, la folie et la joie
Et le sang qui souvent m’a servi d’apparat
C’est moi qui suis tristesse, brodée de pourpre et d’or
C’est moi qu’on reverra à la dernière aurore
Tentant de mettre des mots sur des sentiments dérisoires
Et de donner le sens sans raconter l’histoire
C’est moi qui la nuit arpentait le cimetière
Et fumais sur la tombe d’un chanteur légendaire
C’est moi qui voulais croire qu’on a tous un destin
Et bousillais le mien, violemment, à dessein
C’est moi qui fit de mon corps un présent sans valeur
Pour mieux mettre en exergue mon esprit, cet ailleurs
C’est moi qui échouait à sauver le démon
Par mon unique amour, de sa damnation
C’est moi qui vouais mon âme à la lumière éternelle
Et qui aujourd’hui réfute le spirituel
C’est moi qui passais mon enfance dans les livres
Et qu’encore aujourd’hui la parole rend ivre
C’est moi la révolte, la colère, l’enthousiasme
Et tout cela dissous dans la maladie et ses miasmes
C’est moi qui parlait au nom des femmes violées
Au nom de mes sœurs battues, rabaissées, humiliées
C’est moi qui trouvais la force de dire stop à tout ça
Tout en refusant de rester avec un bébé sur les bras
C’est moi la sorcière, la traîtresse, multiforme
C’est moi qui refusais farouchement de céder à la norme
Et me voilà à nouveau sur la ligne de marge
Sur le tranchant du rasoir, sur le fil de la page
C’est moi dans ce cocon, dans ce corps transformé
C’est moi qui vous préviens : je vais me réveiller.

Cocon de soie de Bombyx du mûrier sur brindille Allemagne -  - Zernikow, près de Grosswoltersdorf -