IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

La vie n’est pas un conte

Surtout, surtout ne pas tenter de raconter l’histoire.
Ne pas se complaire dans la succession de déboires
Qui se succèdent dans le noir
Tandis que l’on attend la lumière au fond du couloir…
ça ne marche pas comme ça.

La vie n’est pas un conte,
Même si l’on y trouve, pêle-mêle, des trolls, des sorcières, des dragons
Et des épreuves dont on ne sort pas toujours vainqueur
La vie n’est pas un conte,
Elle manque cruellement de princes d’ailleurs

Surtout, ne pas oublier la magie
Les branches porteuses de piécettes dorées
Les signes divins dans la nature
Le soleil qui se mêle de nos baisers
Ce n’étaient que des hallus tout ça
Un papillon est resté un quart d’heure sur mon doigt
J’ai vu courir Pégase dans un champ au milieu de la nuit
Mais la vie n’est pas un conte
Et dieu n’existe pas

Surtout ne pas oblitérer le cauchemar
Déambuler seule dans cette maison vide
A respirer l’abandon
Brûler des livres qui me poussent au suicide
Faire des cendres de mes propres poèmes
La vie n’est pas un rêve
Ni même une prière
Pourtant j’en ai déroulé des livres saints
Avant d’accepter que de réponse il n’y a point

nabolo-blague-roi-crapaud

Il le faut

Il faut que ça sorte

Il y a cette chape médicamenteuse qui me brime
Qui comprime mes émotions qui les normalise
C’est un nouveau rituel prendre mon comprimé à heures fixes
Sous peine de succomber à mon imagination prolixe
Quelle menace

Il y a
Il y a ce rythme entêtant qui me nargue
Qui vient de l’intérieur de mon être en cage
Parfois j’ai envie de tout larguer pour partir à nouveau sur mon océan de folie
Je n’y peux rien il faut que ça sorte
Il faut que ça pète
Et ce ne sont pas ces larmes
Qui vont me soulager
A quoi bon un ruisseau
Quand le torrent s’étouffe de rage et de silence inavoué

Il y a ces souvenirs floutés par les drogues ou par l’émotion
Des vagues de chaleurs qui m’ont traversée
Entrecoupées de courants glacés
Se sentir en vie
Et tout autant en détresse
Subir cette alternance et vivre les contraires dans le même élan de la pensée
Et le cœur battu
De paroles rebattues
Il y avait tant de vérité dans mes incertitudes
Comme de résignation dans mon quotidien tiède

Chaque soir
A la même heure
Il y a ce bonbon rose qui font sur ma langue
Et qui me garantit de rester à votre portée
Humaine
Et votre impression de me comprendre est tellement dérisoire
Quand je pense aux cris que l’on entend dans un hôpital psychiatrique
De l’eau roule sur mes joues pour tomber sur la table
Et je repense à cette grâce vulnérable que vous trouviez magique
Alors que j’étais déjà loin sur ma planète
Que j’étais perdue
Que je n’avais plus de tête

Il y a
La stabilité dont je ne voulais pas
Et l’inspiration qui s’en va
Qui s’en va

Il faudra pourtant que ça sorte
Que je défonce les portes
Que je vous transporte
Qu’enfin je me comporte
Comme si je n’étais pas morte
Comme si j’étais plus forte

Comme si les dieux ne s’étaient pas ligués pour me faire chuter après m’avoir montré l’extase
Comme s’il n’y avait pas de prix à payer

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Mes yeux

Ils ont fermé mes yeux

J’ai vu tant de beauté que c’en était intolérable
J’ai vu tant de souffrances
La vérité est une plume de verre
Transparente et fragile
Sur mes épaules l’espace avait la densité du plomb
J’ai donc fait un vœu impossible à tenir
Un vœu de pureté

Ils ont fermé mes yeux

J’avais rasé mon crâne
Ce nœud de racines emmêlées
Et dissimulé mon corps sous d’amples tissus noirs
En deuil de moi-même
Je n’étais plus qu’une plaie

Ils ont fermé mes yeux

Alors que des pensées étrangères frappaient ma tête
Que mes prunelles absorbaient des lumières
Invisibles au commun des mortels
Que mon cœur bondissait de merveille en merveille
La paix était dans l’unité
De ma chair avec la chair des peuples
De ma peau avec l’écorce du monde
Je n’en finissais pas de saigner
Ma colère
Pouvait déclencher une guerre à l’autre bout du monde
Et mon sourire guérissait les blessures
Des âmes torturées par un système absurde

Ils ont fermé mes yeux

Désormais
Comme une aveugle dans une pièce familière
Je tâtonne pour deviner les masques
Le voile d’Isis est retombé sur la scène
Je tente de trouver ma place dans la parade
Mes pas sont décalés

Ils ont fermé mes yeux

Je suis une amnésie ambulante
Ma passion restée dans une ambulance
Je ne danse plus
C’est fou
Ce qu’ils distribuent comme pilules pour éviter que la terre tremble
Je m’étais dressée
Pour réclamer justice il me semble
Mais je ne me souviens plus
Dans quel océan se noient les rêves déchus

Ils ont fermé mes yeux

Ma jeunesse est déçue
De tristesse repue
Les fleuves devaient brûler
Et les rues s’animer
La vie devait changer
Pour les laissés-pour-compte
Au nombre desquels je suis
Impuissante et troublée
La volonté flétrie
Le désir abîmé
Observant les vivants
Au nombre desquels j’étais
Sans un soupçon d’envie
Chimiquement résignée

Le confort est fragile
A qui le tour demain
Qui verra son destin
Se fracasser de l’étoile
Où il était projeté
Et combien de milliards
Pour renverser les choses
Et quand est-il trop tard
Pour défendre une cause
Quand apprendre à se taire
Et quand se laisser faire
Quand se laisser porter
Juste une goutte du fleuve
Qu’on veut voir déborder

Je ne serai plus là
Et que restera-t-il
Des convictions fragiles
Une trace, un babil
Une larme malhabile
Désespoir volubile

Plus on sait moins on peut
Ils ont fermé mes yeux