IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Miroirs

Je viens d’entendre le déclic de la folie
De peur que tu ne déchires mon cœur en deux
J’y ai planté mes dents l’ai réduit en lambeaux
Histoire que plus rien ne me touche

Liberté ma seule conquête
Qu’importent les épreuves qui en résultent
Je continue la lutte
Et prononce ton nom à chacun de mes pas
Je n’ai pas de sens et mets ma vie sens dessus-dessous pourquoi
Pour trouver les mots qui te feraient aller plus loin en toi
Liberté si je te chante telle une déité juchée sur un pinacle
C’est que j’ai vécu diverses sortes d’esclavages
Et en ait connu d’autres de trop près
Si dans un sursaut je choisis encore la voie de la lumière

Je n’oublierai jamais nos infinités de solitudes
Se reflétant comme les miroirs sans fin de nos affinités

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Le bonheur

Je veux savoir combien de temps dure le bonheur
De peur qu’il ne me quitte
Améthyste promesse
 
L’enjeu de tout cela
C’est une vaste farce lumineuse
Plongée dans un vortex fatigué
Par tant de messages sans réponse
Digne stature friable
Instable logistique
Fierté égarée sur un trottoir visqueux
Prend mouche

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Ce que raconte le sable

Fuir en soi-même
Chevaucher la cascade de l’être
Se coucher sur un tapis
Fait de myriades d’ailes de papillons
Redevenir
Au bout de quelques vers
Celle que j’ai toujours été
Princesse à la malédiction argentée
Guerrière d’outre-sang

J’ai marché hors de ma tombe
Sur un chemin de roses pilées
J’ai plié la nuque devant l’Éternel
Et je me suis relevée
Une torche sur la tête
Et un éclat de rire en poche
Un seul
Pour briser les océans de glace
Où j’ai perdu la face
J’ai laissé des traces paisibles
Sur la neige écarlate

Dans un monde parallèle
Je fus impératrice
Régnant sur des regards successifs
J’ai pris racine dans un souffle de désir
Pour la terre entière
J’ai pris contact avec l’univers
Dans chacune de mes lettres
Doutant de la véracité du soleil
J’ai convoqué les ténèbres
Et ces étoiles qui ont perdu plus d’un voyageur
Pour en conter à mon tour
Des fables

J’étais un astre fusionnel
Luciole égaré dans un ciel trop vif
Flamme dans l’incendie
Innocemment je cherchais le sens
Comme si j’en avais besoin
Au point de rallier des drapeaux invisibles
D’embrasser des nations de songes

Sur la plus haute branche du plus ancien des arbres
J’ai crucifié ma rage comme un totem
On sait ce qu’il en advient
Puisque me voici devant vous
A l’aube du 3ème jour
Je m’occupe
A sniffer les nuages
Sur une page toujours vierge
De mon sang maculée

Je suis miraculée
Revenue du nirvana de la folie
Sans un regret
Avec juste une larme de hyène
Pour tous ceux qui trouvent un asile
Dans des croyances confortables
Des convictions friables au contact du temps

Je sais
Ce que raconte le sable
C’est pourquoi
J’ai perdu la raison
Le temps d’une illusion
Et surmonté la honte

Humble
Je sais ce que raconte le sable
Et je tremble

Terre noire

Je suis en prise avec une main qui écrit seule
Comme on remonte à rebours un conte phénicien
Un sens qui s’étale obscène se met à nu dans sa vacuité
Dépouillé de tout style – vérité
 
Une perle tombe et à l’impact se liquéfie
Une image parle
Couronne à terre
Sur le sol des hommes crient “Kemet”
Ils cherchent leur négritude
A même le sable de l’histoire

Sur la peau
La mémoire s’est inscrite en forme de cicatrices
La douleur s’est transmise
De mère en fils
Des chaînes faisant office
De souvenirs
 
Ligaturée sur le papier
Soumise à l’ordre chronologique
Notre dignité de peuple
N’en finit pas de se réveiller

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Epique

J’ai passé un temps épique
A lutter contre mes pulsions artistiques
Et j’ai failli gagner
C’est ce qui arrive aux âmes poétiques
Qui sont lasses de se sentir atypiques
Inadaptées

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Trésor

J’ai gardé tes mots précieux comme un trésor caché
Sur lequel je savais pouvoir compter quand je serai assez forte
Pour partir
Pour changer
Toi mon icône
Quand ma route dévie c’est toi que je trahis
C’est toi que j’abandonne
Mon miroir
La proximité de nos errances fait celle de nos extases
Aussi loin nous irons
Portées par nos images fantasques de mortelles
Portant sur le front le baiser de l’Éternelle
Pour consoler les enfants que nous sommes
Apprendre à rendre au monde tendresse pour violence
Poser nos paroles sur les âmes
Comme des baisers sur vos ailes

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J’ai écrit

J’ai écrit dans les flammes
Et j’ai écrit sous l’eau
J’ai écrit dans le noir
Et sous un projecteur
J’ai écrit à l’asile
Et écrit à l’ashram
J’ai déjà écrit saoule
Et j’ai écrit à jeun
J’ai écrit le silence
J’ai écrit le tumulte
J’ai écrit obstinée
Et demain j’écrirai

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Evasion

Indépendamment de toute logique j’évolue
apprend à danser sur des rasoirs
Le soir, j’essuie sur mon ardoise mes comptes avec la vie
j’essaye.

Nos douleurs sont précieuses et pour garder vivante la mélodie des larmes
je tente d’extraire un échantillon d’âme
de ces liquides amers et salés comme l’eau de la mer
Que dans ses profondeurs reposent à tout jamais
les souvenirs qui tuent aussi sûrement que le viol assassine la vertu 

Aux démons des eaux j’ai versé mon obole pour que mes nerfs se lissent
Complice du silence, je l’avoue
mais me dévoue sans complaisance à la fureur qu’arborent mes pairs

Indifférente à la critique j’avance
Impermanente mon bateau glisse et j’apprivoise les fantômes qui s’immiscent entre les voiles
Dans la brume tout se précise la parole incise les nuages
pour faire surgir une pluie d’images où se dessine ma trajectoire

décrivant des chemins d’évasion comme des cercles lumineux dans le noir

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Rossignol

Il eût fallu se lever de bonne heure
Pour entendre
Chanter le rossignol de l’empereur
Pour voir
Ses habits dénudant son Impériale Grâce
Et sa Splendeur
Il eût fallu avaler la liqueur de l’illusion formelle
Du mythe embrigadé pour le bien de la pensée créée d’office
Vendue sur place
A peine décriée par les enfants rieurs
Trop occupés ailleurs

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Ordinaire

Il est minuit 44 et la lumière me crève les yeux
mes cils tombent sur
une journée de fatigue ordinaire
Les heures défilent au pas de course et je cherche un peu d’air à tout prix
de l’air pour mon esprit

Ordinaires les discussions de café me foutent le cafard
La peine de la mère de famille qui trime
Ces gosses tentés en masse par le crime
Perpétuellement la paix s’appelle mais passe après l’appât du gain

C’est un jour ordinaire
La peur nous oppresse de ses bras tentaculaires
tout contre la peau
souffle le vent glacé quand l’espoir se défile
Les images relayées depuis les enfers lointains nous rappellent
que le nôtre n’est rien.
Parfois c’est à la porte d’à côté que le pire se fait connaître
nous serions tous sur le palier de l’horreur

On a beau faire couler le sang ce ne sera jamais assez
pour venger le viol de l’âme
pour justifier la peine de l’homme
qui traverse un jour ordinaire.

Sisyphus_by_von_Stuck