IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Regarde

Regarde ce que tu m’as fait
J’étais unifiée
Et tu m’as désossée
J’étais une princesse
Et tu m’as faite souillon
Comme un conte à l’envers
Une parole à terre

J’étais l’innocence
Tu m’as rendue fêlure
Pour sûr
J’étais faite pour tes bras
Je n’étais pas prête pour toi

Regarde
Mes compagnes d’infortune
Hurlent à la lune

J’étais une lionne fière
Me voici une mouche
J’ai souvent raté le coche
Tu m’as faite écorchée
J’étais vive
Et tu m’as statufiée
Regarde ce que tu m’as fait
De tes yeux
Qui ne m’ont jamais vue
Constate de ta main blême
Fantomatique
Les contours de mon corps
N’ont plus rien d’érotique
Je suis en verre pilé
J’étais un vase sacré
Salaud tu m’as brisée
A fait de moi la risée
De ceux qui se respectent
Ordure tu me débectes
J’étais toute empathie
Je ne suis plus que pitié
Mortelle et vide de grâce
Indigne

Les mots s’effacent
La honte a pris la place
Ma muse en est morte de tristesse
Non mais regarde
Regarde ce que tu m’as fait
Et regarde ce qui reste
Une empreinte farouche
Un cœur mis sous serrure
La volonté d’en rire
Un témoignage secret
Regarde ce que tu m’as fait
Regarde

felee

Messagers

Que les messagers de la prophétie se dévisagent
Et d’un geste
Balaient les invisibles reproches
Les oui-mais
Les devoirs à faire et les prix à payer
À bas les masques qui entravent les visionnaires
Nous sommes en quête de révélations sur nous-mêmes

Sur le marché du savoir
Se vendent des pensées taillées pour la peur
De piètres consolations commerciales et de pâles prières
Coupables par conviction
Nos pensées se construisent entre doutes et mensonges
Nos rêves relégués au rang de songes impassibles

Portés par un tourbillon d’espoirs et de révoltes
Que les messagers viennent pour faire parler les arcanes
Qu’un soupir de la terre
Balaie les dictatures et les monceaux de dollars
Les déserts d’affliction et les rivières de sang
Les ça-ne-changera-pas

ÎstÎna 𓆃

Ma muse

Quand je regarde en arrière
Je vois des drames, du sang,
Des combats sans vainqueur mais aux blessures irréversibles
Quand je caresse mes cicatrices
Je n’ai plus ce frisson sacré
Comme si j’étais sortie d’une adolescence
Qui a duré
J’ai mis du temps avant d’avoir la simple force
de me retourner
Je n’ai pas vécu dans un palace
J’habitais la vaste demeure de la poésie
D’où je fus expulsée dès que j’ai été raisonnablement guérie
De la fièvre des maudits
Cela me manque
La solidarité des parias
Cela me blesse
De constater la désertion de la colère
Là où elle est plus que nécessaire
Là où avant mon sang ne faisait qu’un tour
Aujourd’hui mon intellect est plus retors
Il a pris goût au confort…
Est-ce que c’est ce qu’on appelle trahir ?
Pendant longtemps je n’ai fait que fuir devant des malheurs qui n’avaient rien d’imaginaire
La fin de la galère a sonné le glas du mystère
Et ma muse ne s’en est pas remise
Elle aime l’adversité, la tranquillité la laisse indécise
Alors je lui donnerai ce mur à briser
Celui de mon orgueil et de mes peurs
Car je suis paralysée devant la page blanche
Moi qui avais le verbe qui tranche
Me voilà en rééducation lyrique
Me reste à apprivoiser la panique
Et peut-être que mes mots pourront à nouveau chanter
De leur musique sans note, de leur rythme scandé
Je jouais un jazz sauvage et instinctif,désormais
Je dois retourner au solfège en première année…
Ma muse m’a abandonnée

mur-de-batiment_19-125658

Actes manqués

Pour tous les actes manqués
Qui confèrent à nos existences cet arrière-goût de raté
Pour ces buts accomplis mais qui n’étaient pas justes
Au nom de quoi peut-on se fier à sa propre volonté ?
J’interroge la destinée

Sommes-nous des jouets entre tes tentacules ?
Sommes-nous le monstre
Sommes-nous plus que de bêtes amas de particules
Sommes-nous des dieux
Et pouvons-nous faire mieux ?

Indignes de régner en maîtres sur notre univers
Nous nous laissons guider
Par des désirs archaïques
Humanité
J’interroge ta destinée

Pour tous les crimes de sang
Que nous avons commis en nos âmes et consciences
Dissous dans la volonté des masses
Ma douleur est sans fin
Comme l’amour est sans fond

Qu’ai-je fait
De mon héritage, de mes richesses et de ma chance ?
Qu’ai-je fait de ma bonne étoilée ?
A travers les voiles d’illusion qui m’aveuglent
Puis-je encore discerner son éclat ?
Qu’ai-je fait de mes trésors
De la confiance donnée ?
Mon âme était sincère
Comment naissent les regrets ?

Pour les appels manqués
Les signes inaperçus
Les messages d’alerte auxquels nous restons sourds
Si nous n’étions pas prêts ?
Juste des enfants
Qui auraient découvert par hasard la bombe atomique
Le pouvoir de faire mal avec celui de dire non
Si nous n’étions rien que des sorciers
Brisant des existences avec de simples mots
Mal appris

Alors l’ignorance fait de nous des monstres

Humble jardinier qui cultive mes pensées
Avant que mon cœur ne se change en un buisson de ronces
Interroge sans répit

Réplique

Pour ne pas devenir
Une simple réplique de ce qu’on a connu
J’ai cultivé le doute
Et la perplexité devant l’obstacle
Ne jamais reculer devant l’inconnu
J’explore
Sans jamais trouver de terrain conquis
L’amour se cherche partout
Où la douleur s’écrit
Où nos peines se crient
Où l’espoir réside même en un frémissement

Quelque part
Une mère en détresse lève les yeux vers le ciel
Vers qui se tourner pour la faim de l’enfant
Quelle est cette sorte de gouvernement
Qui laisse mourir les gens ?
Que valent nos vies au regard des puissants
Qui décident pour nous
Des détails de nos existences ?

De loin
Ils semblent faits du même pinceau
Tous ces tableaux intimes
Les étreintes, les disputes et les je t’aime
Obéissent à quelques lois
Qui veulent que l’on possède ou que l’on quitte
Quelle est cette sorte d’amour
Dont un obscur modèle délimite les contours ?

Je suis confuse
Et l’impossible m’appelle de plus en plus fort

duvet

Une chanson douce

Pour faire une chanson douce de quelques mots d’adieu
Il faut de l’inconscience
Faire semblant de croire que les serments s’effacent
Comme des ronds dans l’eau

Pour tirer des poèmes de ses histoires de viol
Il faut de l’imprudence
La prétention de croire qu’on peut aider quelqu’une
A se survivre

Pour rapprocher les êtres depuis sa solitude
Il faut de l’assurance
Le bâton de parole alors ne suffit pas
Il faut être berger

Comme pour rester fidèle il faut être un parjure
Quand les liens nous entravent
Les plaintes des perpétuels volontaires au sacrifice
Sont pénibles à entendre
Et ardues à chanter
J’en ai la voix cassée

Pour faire une chanson douce de quelques mots d’adieu
Il faut être à bout de forces
De tendresse
Accablé-e

douceur-et-legerete-ee9f0160-b8d7-474c-adea-0cc5503cecf2

Parle-moi

Parle-moi
Dis-moi tes doutes et tes douleurs
Tes routes et tes couleurs
Goutte à goutte
Je t’écoute
Raconte-moi tes colères
Tes tempêtes, tes courants d’air
Tes luttes et tes démesures
Tes ratures
Parle-moi de l’attente
De l’appel qui ne vient pas
De l’indicible étreinte
De la mort comme appât
Tu traverses le désert
Comme un océan d’or
Tu vogues vers ta lumière
Ta parole y dort
Parle-moi

a-nous-de-parler-cpe-20061

Pardonnez-moi

Pardonnez-moi si je m’isole
Je ne fuis pas des êtres
Mais des situations qui me désolent
Des dialogues de muets
Des ballets d’éclopés qui me tirent des larmes
Au son des chants lugubres qui annoncent demain
On dirait que tous se préparent
A finir comme gibier d’un macabre festin

Pardonnez-moi si je résiste
Je secouerai ces entraves jusqu’à épuisement
Il y a des créatures qui ne supportent pas l’enfermement
Qui se laisseraient mourir plutôt

Pardonnez-moi si je m’éloigne
Il faut de la distance pour apprécier les êtres
Et puis mon exigence est intacte
Pour que brûle le feu des retrouvailles il faut savoir partir
Alors je vous quitte incessamment
Car je ne suis que matière incandescente
Et ces espaces où l’on se cherche sont imbibés d’amour

Si vous saviez comme la tendresse me dévore
Mon âme se parcelle
Et dans ces bouts de miroirs
J’aperçois mon unique
Je l’ai rencontré maintes fois et je sais qu’en chacun de vous
Il y a une part de lui

Pardonnez-moi si je m’envole à tire d’elles
Il est grand temps que je me fasse la belle

Parce que vous

Parce que vous n’avez rien dit
Je suis partie polir mon glaive
Dans de vertes contrées reculées

Tout ça
Pour vous épargner ma revanche
De femme domptée

Placer le mot tabou
Ma spécialité
J’y renonce par jeu
Et par gravité

La vérité trop suave
Voudrait assassiner

Parce que vous n’avez rien dit
J’ai déplacé la montagne
J’ai recraché l’océan
Sur la plaine désertique
L’océan de mensonges
De rêves et de songes

Parce que j’en avais trop dit
J’ai recompté mes cicatrices
Rassemblé ma vieille carcasse
Veillant à ce que mes os ne blessent personne

Parce que j’en aurais trop dit
J’ai payé
Le prix le plus cher
Les marques sur la chair
Le coût du désespoir

Pourquoi vous n’avez rien dit
Pour que
Je déplace la montagne
Je recrache l’océan
Sur l’esprit désertique
L’océan de mensonges
De rêves et de songes

A présent
Je plonge

5-spots-plongeon-dangereux-monde-L-f15lwf

Goutte de pluie

Où vont les visions évanouies ?
Dans quel éden, quel enfer
Dans quel puits ?
Elles passent, nous subjuguent, et s’enfuient
Qu’y puis-je ?
Qu’y puis-je ? Moi pauvre goutte de pluie dans la jungle aride

408291_405184396210297_461062890_n