IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

A l’heure où…

Dans la deuxième partie de la nuit
A l’heure où les poètes vont boire
C’est l’éclosion de nos espoirs qui éclaboussent nos solitudes souvent teintées de sang
Derrière le rideau que forment nos regards
La réalité me parvient sur un mode expiatoire
Et le spectre de la honte retrousse ses babines
Se délecte de mes erreurs grossières
Lorsque ma soif de liberté me perd
J’ai tellement manqué de repères

Dans la troisième moitié de la nuit
A l’heure où les démons effleurent les miroirs
Mon reflet vacille mais mon image renaît
Vivifiée par le vertige et la terreur
D’où je tiens ma dangereuse candeur

Ma poésie exige quelques accrocs sur le linge blanc de vos valeurs
Cicatrices sans retour causées par l’immaculée sincérité de mes conceptions
J’ai tout à apprendre de l’amour
Je n’ai connu que la possession

Guettant les lueurs de la nouvelle journée
Encore sous l’effet d’un révélateur à 37 degrés
A l’ombre d’une lumière noire
Mes cicatrices dévoilent leur ampleur
La profondeur de leurs ravages persistants sur mon cœur

Je paie le prix fort pour leurs erreurs
Leur ignorance et ma douleur sont si intimement liés
Je remonte la piste de leurs désirs souillés
De l’esclavage insidieux dont j’ai été complice

Vient le premier battement du jour
Je cesse enfin d’incriminer le souvenir de mes blessures
Je lève le voile sur le futur que je m’étais inventé
Et dont j’avais lâché la clé
En même temps que les chaînes qui m’entravaient

Je me saisis maintenant du métal
Tour-à-tour brûlant ou glacé
Selon que ma colère soit froide ou mon désir ardent

Sur le premier battement du jour
Le temps s’est arrêté dans sa course lente
Juste un souffle d’amour pour le réanimer
Juste un souffle de notre amour
Pour le réanimer
Sur un inspir

Fleur-de-Pissenlit

Bouche bée

Bouche bée
Devant l’étendue des crimes commis de ma main de ma bouche
Je lutte pour ne pas m’abîmer dans la stupéfaction

Oui je suis devenue ce monstre d’amour et de solitude
Vibrant de plus en plus fort et d’aussi loin que s’étendent nos turpitudes
Je ne te perds pas des yeux

A chaque pleine lune
Je cueille l’élixir au cœur des ténèbres
Pour me guérir de ta morsure
Vampire
Que tout ce sang versé ne le soit pas pour rien

Si je suis devenue ce monstre d’amour et de solitude
Je n’aurai plus à te perdre à nouveau

À nouveau intacte après la mort
Peu m’importe ce que clament les marques sur mon corps
Il y a de la pureté dans chacune de ces larmes

Qui les retient ?

solitude

Mon bien-aimé

Encore une fois je tombe en prière
Tout en tentant de faire affleurer la lumière
Depuis les profondeurs de mes troublantes questions
Qu’est-ce que l’amour?
N’est-ce pas cette force qui nous soulève?
N’est-ce pas cette source qui nous abreuve?
Plus qu’un signal déposé sur nos lèvres par un autre
L’amour est parfois si loin de ces étreintes sauvages
Et que peut-on donner quand on ne connaît pas soi-même
Son vrai visage?
C’est un cœur unifié
Que je veux tourner un jour vers mon aimé-e
C’est d’une âme sincère que je lui dirai tout en un silence sans fin
Qu’est-ce que l’amour?
Si tu as besoin de ma main dans la tienne
C’est que tu n’as pas appris à marcher seul
Je ne veux pas d’un voyageur bancal
Si tu as besoin de mon regard pour te grandir
C’est que tu n’as pas encore trouvé le miroir
Où ta splendeur se révèle
Dans mes yeux
Ne lis-tu pas l’infinie puissance de ton âme?
Si tu as besoin que mes mots te rassurent
Déchiffre plutôt la pudeur de mes gestes
Et ne me retiens pas
Sache
Que quelque soit la cage où tu veux me blottir
J’en meurs assurément
Qu’est-ce que l’amour?
N’est-ce pas un poème que je te dédie?
Toi dont je ne veux pas comme mari
Car mon bien-aimé a la splendeur du soleil
L’assurance d’un roi
Mon aimé n’a pas besoin de moi
Il est partout où la peur n’est pas
Il me fait rire seule parfois on me croit folle
Il m’inspire mes fièvres et mes refus
Il ne m’a jamais déçue il est partout où je lui ouvre les bras
Mais toi
Tu ne le connais pas cela me rend si triste
Qu’est-ce que l’amour?
Je crois savoir que c’est plus vaste qu’un toi et moi
Il a les limites que tu donnes à ton âme
Et je vole sans fin pour en trouver le fond
Libre je vole
C’est si bon d’être seule
Entre mon bien-aimé et moi
Il y a l’univers en personne

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Mon trésor

Chaque mot a sa place. Chaque refus son port d’attache. Chaque silence son décor. Chaque note a son temple.

Tout résonne dans le métal. La terre est mate et creuse, elle absorbe.

J’habite dans un écho, sur la tige d’une fleur, une escalade fragile
Je suis là où tu me cherches avec d’autres yeux
Je suis une page vierge, un cauchemar
J’ai piétiné mes impatiences, couru au-devant de la fontaine
Pour choisir ma place au fronton de l’hospice
J’ai tenu bon, moi et ma chair tendre, friable
Résistant comme on pouvait au vent violent du destin
Il s’en est fallu de peu que tout ne se déchire
Pour la dernière fois
Un ultime appel une dernière résistance
Vaincue

Faire étalage de sagesse à la boucherie des sciences
C’était le programme
Voilà qui est fête dira le maraudeur
En quête d’émotions folles
La machine éteinte
Le bol résonne dans l’atmosphère céleste
Mon cœur n’est que brisure de poussière
Et ma foi est fragile
Comme ma main tremble sur ces pages où je me révèle
Futile
Et grave comme une nuit sacrée
La nuit où je t’ai rencontré
Toi le non-dit, le fuyant, le saint homme
Qui m’échapperait quand bien même
Tu serais mien
Toi l’impossible le promis le futur
Et le passé enfui
Enfoui sous des couches d’armures
Des tonnes de doutes qui hésitent
On a voulu me voler ma flamme
Quelques mains ont brûlé de parjure
Mon trésor était bien protégé
Et me voilà dans ma grotte
A le regarder briller pour quelque voyageur
Qui se sera perdu sur le chemin des anges

Mon trésor
Est une flamme froide
Un volcan frigide
Une étoile glacée par l’attente
Avec un cœur de lave

Mon trésor
Est un enfant oublié le long d’une route
Apprivoisé par un renard
C’est
La languissante mélancolie du crépuscule
Qui chante les heures ardues
Ou le fil a failli se rompre
Un peu plus
C’est un miroir halluciné
Une calebasse de terre dorée
Contenant de l’eau de jouvence
Du sang sacré

Mon trésor n’appartient à personne
Et tout le monde le connaît mais j’ai veillé sur lui
Avec la patience d’une louve
Et la gravité suave qu’on parfois les reines
Au seuil de leur vie.
Une goutte une onde voyageant dans l’espace
Dans l’océan des ombres
Stratège de l’impossible
Prodige de la mesure
Une perle de peu qui résiste au pire
Allant d’un pas peu sûr
Sur un chemin de sable
Et dans ce luxuriant désert
Les contraires nous font rire
Ah si je pouvais remplacer
L’ajout par le choix
Je serais noire ou blanche
Tour à tour
Riche ou pauvre
Pour de bon
Et je trouverais grâce aux yeux de ce monde
Armée d’une définition
Délicate impossible armée florale
A la guerre des parfums
J’exhale

pousse

Camisole

A vous qui traînez entre vos jambes lisses
Tout un tas de remords de supplices
Délégués par vos frères vos aïeux
Sempiternel univers comateux
Je vous envie
Vos parjures
Jusqu’au dernier testament en lice
Amant en laisse
L’esprit tourné vers l’historique trace
La descendance.

Le cœur parcheminé de tâches grises
Vous courez vers demain
Certains sans voilure s’en vont savants
D’autres richesses encore lestées
Pour ne pas rester au port des indigents de la mémoire
Certains s’envolent et d’autres coulent tout étoilés
La mort a revêtu son habit de soirée

Cette farandole distrait l’éternité
Une parabole sans jeu ni fête
Autour de la princesse aux pieds crottés.

Je vous envie vos larmes

Une camisole chimique autour d’un océan, le monde a soif pourtant.
Rire

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Transpire

Transpire
Sur ta page vierge
Sue ton âme
Lance tes mots
Tes émois
Salue l’univers
De toute ta courbure
Danse sur la ligne
De l’incertitude
Valse avec tes impossibles
Et reviens
A l’origine de l’instant
Brûle
Tes peurs encore une fois
Avec pour seuls témoins
La nuit
La neige et le temps

plume

A court de prières

Je suis à court de prières
Partout la guerre
Des enfants meurent
Et je fais le caprice de ma soif d’amour
Jour après jour

Ailleurs le monde se soulève
Ici la révolte en grève
De la moitié de l’humanité
Toujours soumise et mains liées

Dans mon parcours
J’ai vu la belle étoile rester silencieuse
Et quand le soleil m’a répondu
J’étais heureuse
D’être folle
Mes dreads se sont dressées sur ma tête
Puis pour mon crâne rasé d’ascète
Ce fut la fin du monde

On chante la crise
D’autres s’enrichissent
La planète agonise
Pourtant des enfants naissent
Comme les arbres tombent

Et pour nos frères
On perpétue le calvaire
Veaux vaches cochons couvées
Menés au massacre quotidien
Dans l’indifférence des gens de bien
Et moi je transgresse chaque jour
Sans prétention je fais tout pour
Donner à ma liberté ses lettres de noblesse
En chassant la tristesse
Je suis à court de prières
Mais j’ai un corps pour aimer
Bibliquement
J’ai tout donné.

encens

Nouveau départ

Encore un nouveau départ
Je serais bien ingrate de m’en plaindre, j’avais rêvé que ma vie ne soit que succession de voyages, d’étapes imprévues
Et j’ai assez navigué de bras en bras d’âmes en âmes il me faut voir du pays
Du pays
Il me faut voir l’Afrique ou plutôt la revoir je n’ai à ma portée que ces souvenirs indistincts qui se situent dans les limbes du conscient
C’est trop peu pour faire une famille
Ce ne sera pas mon pays mais peut-être un peu mon royaume après tout je suis reine il me semble juste avoir oublié de qui de quoi
Pour l’instant sous ma gouverne il n’y a que ces langages que peu comprennent, et puis après tout quoi, les mots sont un artifice l’essentiel passe toujours au-delà

A la recherche de ma négritude
Je nous ai jugés bien vains de parler d’esclavage
Sans savoir au fond
Sans savoir autre chose que ces prisons communes à tous les humains
Il me fallait vérifier j’ai opté j’ai vécu peut-être est-ce ainsi que je me l’explique est-ce ainsi que je provoque ma vie
Je l’ai vu le Raciste
Il me traitait de négresse en me crachant au visage
J’ai accompli ses plus basses besognes
Sans pouvoir réclamer même un sourire en récompense
Je l’ai connu le Maître
Il m’a donné du fouet lorsque ma pensée n’avait pas anticipé ses désirs avec assez de justesse
A ceux qui me croient égarée dans ma propre métaphore
Je montrerai mes cicatrices pour qu’ils frémissent avec moi
Qu’ils tremblent d’effroi car il est toujours là je l’ai connu
J’ai été vendue à d’autres hommes par un homme qui avait la même couleur que moi
Comment ai-je pu me laisser approprier au nom de l’amour
Comme d’autres au nom de Dieu ou du dollar ?
C’est que l’esclavage n’a pas encore été aboli
Il se pavane encore sous des parades légales
Des idéaux de pouvoir, et des violences rendues possibles par les mensonges de nos histoires

Satan m’a fait deux gosses dont le meurtre pèse sur mon âme
Je l’ai aimé le Monstre
Eu pitié de l’esclavagiste
Pleuré avec mon bourreau
Il n’est guère plus libre que moi dans ce système tordu
Une fois même avec le crâne fendu je priais pour son âme j’avais le pardon aux lèvres
Et l’âme légère
Arrivés là même la mort recule
Je vous jure
Je l’ai aimé le Monstre
Je l’aime encore parfois quand je suis seule et vraie
C’est mon semblable après tout, ses larmes ont le même goût de sel
Et quand il me blesse, ses mains saignent

Je vais chercher l’asile dans une chair à vif
Un continent qui n’en peut plus que le monde meure à ses dépens
Je suis un corps violé qui erre sans rivage
Mon visage un miroir de contraires
N’ayant ni pays à pleurer ni paradis perdu
Je réclame pour chaque âme d’avoir l’empire d’elle-même
C’est beaucoup dire et ce n’est qu’un début
Encore un début
Encore un nouveau départ et si je ne suis plus très neuve
Je dis merde au bourreau qui me dit périmée
Je dis merde au colon qui m’a abîmée
Au capitaliste qui m’a pillée
Non content de me ravager il a joui de mon sang
Étranger à ma rage cela me laisse au moins l’avantage de la folie
Ceci n’est pas une fuite
Je l’attendrai aux quarante coins du globe du haut de ma vérité nue
Et crûment
J’assassinerai la poésie par le silence

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A force de cuire les images

À force de cuire les images
Le petit écran propage comme un vent d’habitudes sur nos turpides
Se ferment lentement nos yeux baignés de sang
Impitoyable, le réel s’étale et obscurcit d’un voile notre étincelle
C’est la barbarie
Nos idéaux sont à genoux
Sous le joug du profit tout s’explique et tout s’excuse
Jusqu’à l’enfant soldat dont le regard accuse le spectateur endormi
Seuls s’apitoyentbceux qui ont le temps, sur une main tendue,
sur une famille qui survit dans une tente près d’un canal de la capitale

À force de cuire les images
Un certain rap cristallise l’expression de la rage
Qui se fige dans l’attente d’un présent incertain
Les rebelles se parodient
Et le pouvoir se rit de nous qui payons le prix fort pour prouver qu’on est fous
Et qui nous retrouvons dépouillés de tout

À force de cuire les images
La jouissance perd en grade et le sexe se dégrade à tous les degrés
La salope en a honte, le libertin s’éteint
sous la branlée de la morale
Et tous restent sur leur faim

À force de cuire les images
La poètesse indigeste quête dans la violence
du sang frais pour sa bouche