IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Un roi

Sur la dent circulaire qui déchire le temps,
J’écris en petits morceaux le discours d’un roi borgne,
Attaché à ses ténèbres comme au trépas du jour,
Dans une cérémonie de fièvre, d’or et de filaments rouges.

J’arrache des lambeaux de silence à un paysage tiède,
Parsemé de marques nonchalantes,
Et gardé par des fauves imaginaires aux crocs bien serrés sur mon cœur

A travers un soupirail
L’enfant voit
Il boit les couleurs et avale la poussière d’une demi-lune
De la mousse au coin des lèvres
Blanche comme l’écume de l’océan
Il guette le point final pour retourner dans l’abstraction

Mes mots lui tissent une couronne d’orties

Ce roi n’est jamais né,
Ou bien c’était l’année où la tempête l’emporta sur le désert
Son iris couve des flèches
Sa main est désarmée

enfant

Trottoirs

A toutes celles qui arpentent les trottoirs
De Paris à Manille de Moscou à Dakar
Et dans toutes ces villes que je ne connais pas
L’espace s’amenuise au rythme de vos pas
Qui tracent les contours du désespoir

Vous êtes flammes à la merci du vent
Vous que les hommes jugent dignes de leur foutre
Indignes de leurs sentiments
Étoiles qui agonisent
Ont la pâleur de princesses en guenilles
Et la noblesse de l’âme
Je ne laisserai plus chanter les lendemains qui rient dans des cieux improbables
Pour faire taire la complainte de ceux qui se réveillent avec l’enfer au ventre
De celles qui ont la haine comme antre et comme refuge
Transfuges exilées des terres de l’espoir

J’écris pour celles qui n’ont pas choisi d’être des corps publics
Noyées sans secours il y a dans leur regard
L’immanence d’une poussière incandescente
J’écris pour celles que personne ne regarde
Que parfois on désire le temps d’un soupir l’espace d’un remords

J’écris pour celles…

trottoir2

Sorcière

Rage de la page qui se dévisage
Sans image
Plage de songes qui rongent le rivage
Sage
Les fées n’étaient pas invitées au mariage
L’atmosphère sentait la sauge
Sorcière
Pourquoi ce tapage
Tu as planté ton souffle dans un clivage
Pour récolter à travers les âges
Le prix de nos passages
Réjouis-toi du carnage

j6focyko

Mon corps

J’ai un corps de mensonges
et de pièges
de promesses et de fleurs vénéneuses

Son poison
Le nectar qui t’arrache aux étoiles
pour te précipiter
sur la première planète venue

Mon corps nu
est la carte de tes peurs
dénué de bouclier
et ta lame
le silence de l’étrange
Intangible

Une larme
a rougi le mécanisme de tes suaves caresses

J’ai un corps
coffre
Dont la clé réside dans tes égratignures

Les griffes sur ta peau
et les marques sur ton palpitant sacrifié

Ta parole secrète
Saura-t-elle dénouer le ruban
qui entoure le cadeau empoisonné
de ma chair délivrée

nu noire

Décrocher la lune

J’ai enfin décroché la lune
Depuis le temps qu’elle me faisait de l’œil
Cette catin
J’en ai déballé des sornettes
En solo ou en quintette
En prose ou en quatrain
Pour qu’enfin la midinette
Daigne sortir de sa cachette
L’air de rien
Tous les rêves que nos aïeux lui laissèrent en otage
Murmures d’humanité stockés dans son bagage

ça m’a coûté ma fortune
Mais son innocent sourire du matin
Ne moquera plus les trottoirs
L’ange du bitume aux idées noires
Ni le ghetto des miens

décrocher la lune

Mon coeur

A chaque section du temps je me demande
Quel est le système qui nous dicte ces gestes
Qu’on accomplit malgré le désaccord intime?
Briser ces images qui nous dévisagent
Conséquence normative
Des automatismes qui nous dirigent en lieu et place d’agirs
J’en vois qui sont songeurs
Laissez-moi donc vous dire le mal qui nous ronge

Je vois que l’habitude est l’ennemie du bonheur
Pourtant des contrats se signent
Des engagements se disent
C’est toujours très solennel
C’est le ton que l’on prend quand on veut se faire peur
Enfin est-ce vraiment possible?
Jurer aujourd’hui de ce que seront nos cÅ“urs
Est aussi vain qu’une idée fixe sur hier
J’en vois beaucoup qui râlent
Leurs concessions intimes leur coûtent beaucoup trop cher
Nous avons goûté la liqueur du silence jusqu’à l’écÅ“urement
J’en vois qui sont rêveurs
Laissez-moi donc vous dire ce qu’est déjà le monde qui nous appartient

Ils l’ont réduit en parcelles et mis un prix sur tout
Le savoir s’est raréfié
Et partout nos besoins étalent leurs tarifs
Une fois l’eau et l’air empoissonnés il ne nous reste qu’à dépérir
Les laisserons-nous semer la ruine de l’humanité?

Mon cœur, refuse de te faire chantre de la résignation
Que mes désirs aient l’impulsion d’un battement d’ailes
Que nos liens soient tissés de filins de soie
Au lieu de ces lourdes chaînes que l’on appelle l’amour
On ne vole pas très haut quand on pèse sur nos êtres
Et nos avoirs nous plombent
Ils sont l’écran qui nous sépare les uns des autres
Et nous vivons courbés sous la menace tout en pestant de rage
Ne soyons pas si sages envers ceux qui usurpèrent notre obéissance
Certains deviennent serviles par soif de puissance
Que cachez-vous sous vos silences, est-ce que vous valez mieux?
Au nom de quoi vous taire?
Abattus par les mensonges
Partageons plutôt la virulence de nos songes

J’en vois qui ferment les yeux
Laissez-moi donc partir comme je suis arrivée
Sur un hasard infime, il s’en fallut de peu
Ainsi nos prières arrivent bien quelque part
Au revoir

ÎstÎna 𓆃