Je suis venue te dire ce qui ne vaut pas la peine
A toi qui vis et lutte sur cette terre
Quand la vérité s’exprime dans nos veines
Il n’y a que pour l’écouter que nous devons nous taire
Prenons garde au chemin qu’engagent nos paroles
Et méfions-nous des panneaux trop lisibles
Au lieu de se bousculer sur les voies que la masse signale
Nous devons penser sans interdit
Il n’y a pas de parole
Qui ne soit le fruit de quelque obscur calcul
Les lois que font et défont les hommes déballent
Au grand jour leur volonté de puissance occulte
Je suis là pour t’avertir
Toutes ces choses que tu estimes plus que ta liberté
Te seront retirées à ton dernier soupir
Alors pourquoi s’épuiser à courir
Je suis venue te dire que ça ne vaut pas la peine
De t’exécuter sans mot dire, sans bousculer ton rôle
De peur que personne ne te comprenne
Ta vie pourrait être plus drôle, si tu savais
Je suis venue te dire d’avoir ta propre raison
Je suis venue te dire
Il ne faut pas craindre d’avoir mal
Ce sont nos pensées qui fertilisent la douleur
Il ne faut pas éviter d’être seul
Mais traquer la connaissance qui se révèle quand on s’égare
Nos personnalités s’étiolent dans des carcans communs
Comme si nous n’avions qu’un seul commencement
Comme s’il ne nous fallait naître qu’une seule fois
On laisse nos choix d’hier déterminer demain
Aux yeux des autres
Il nous faut obéir à une certaine cohérence
Parfois dissimuler ce que l’on pense
Pour le paraître
C’est dans nos différences qu’on puise notre richesse
Que la police des échanges trop souvent dissimule
A chaque question taboue que soulève la tristesse
C’est l’oubli qui recule
Je suis venue te rappeler le prix d’une vocation
Le coût des compromis
La valeur d’une larme et pourquoi payer si cher
Pour travestir nos rêves
Il y a tant de dommages sur ces champs de mines
Tant de «si j’avais su» qui font que l’on déprime
A quoi bon craindre le blâme, le doigt qui nous dénonce
Par qui le futur menace et le passé semonce
Quand le jugement commun insulte l’équité
La compassion devient faiblesse, ou se mue en pitié
La stigmatisation des coupables et des victimes
Rend le terrain propice à d’autres crimes
Je suis venue te dire de ne compter que sur l’amour
Pour rétablir la balance de ces âmes en peine
Je suis venue parler de paix car je connais la guerre
Que des êtres de sang se livrent à eux-mêmes
La création exige
Du silence
Une accalmie dans la tempête de l’âme
Instants dérobés à la cadence infernale
Pour un temps suspendue
Saisons des vendanges où l’on courbe l’échine
Pour extraire un nectar
Du jus trouble de ses pensées
Et boire la lie de nos peines comme de l’ambroisie
La création exige le joug du devoir et le luxe de la fantaisie
L’humanité exige des poètes
Qu’ils plaquent des rimes au kilomètre sur les paysages défigurés par la souffrance
Mon âme candide
S’est imprégnée du crime d’avoir une conscience
Mais l’impuissance y a creusé un gouffre immense
Qui est refuge
Qui est tombe pour mon corps exsangue
L’humanité exige des poètes
Qu’ils crèvent ou s’engourdissent au chevet de leurs rêves
Apprivoiser le silence
Maîtriser le moindre geste
Que la parole soit juste
Douce et tendre, ferme et sans appel
Vivre aux côtés d’un fauve écorché
L’appel du sang absorbant tous nos sens
La morsure du désir qui pour toujours s’inscrit
L’appel irrémédiable vers ce qui nous détruit
La fierté du regard voilé qui se relève
Le dos striée la tête haute
Les ovaires qui se révoltent dans la douleur
La peur de porter et transmettre la vie
De confondre un père avec un imposteur
De nous priver de bonheur à cause de ma colère
Est-ce une preuve de faiblesse ou d’un courage patient
Était-ce ma force d’âme ou mon entêtement
Je ne sais pas
Mais si on ne peut plus s’appuyer sur la force des serments
A quoi servent les mots des amants ?

Ils veulent faire parler la France qui souffre
Tout en fermant la gueule de leurs femelles
Dans la France du sous-sol
Des cris de bêtes résonnent sur les parois des caves
Ce sont les esclaves qui se défoulent sur leurs soumises
Ça fait du bien de se dire qu’aussi sombre que soit ton avenir, tu pourras toujours jouir de ton pouvoir sur elles
N’est-ce pas que ça soulage de foutre ton sperme sur le visage d’un ange ?
Cette rage qui te démange c’est celle de l’impuissance
Mais de quoi donc as-tu peur quand tu veux me faire taire ?
Les nouveaux nègres ont intégré les méthodes de leurs maîtres.
Ils reproduisent avec délectation toutes les formes de l’oppression
Et nous qui ne sommes rien sans leurs regards, on ne demande qu’Ã se faire mettre bien profond
Dans l’hexagone
Une femme tous les 3 jours meurt sous les coups de son cher et tendre
A quand les émeutes au sein de nos foyers?
Famille exemplaire
Modèle d’une ségrégation réussie
Mon encre est un fil où je cherche l’équilibre
Sans cesse ballottée entre des vents contraires
Jeter l’ancre est impossible tant je veux être libre
Entre les envies qui me poussent et des règles arbitraires
Un océan de normes dont je voudrais m’extraire
Sans cesse je titube
ivre de mes propres désirs
Mot à mot j’avance en funambule
À la droite de ma raison le vide est menaçant et le futur me presse
À la gauche de mes passions le chaos me glace et le passé m’oppresse
À force de maladresse même mes mots se brisent sur le flanc des extrêmes
Sous l’écorce de ma tendresse suinte l’émoi qui me grise lorsque mes sangs s’expriment
Et la vue me déprime
Le Noir et le Blanc se déclarent la guerre sur le terrain de l’Histoire
Le mâle et la femelle s’érigent en adversaires se renvoient leurs déboires
Entre instinct nomade et quête de foyer
Entre crainte innommable et courage dévoyé
Je voudrais fermer les yeux sur ma lucidité pour ne pas perdre l’espoir
Et je me perds en substances pour rallumer l’essence et mieux voir dans le noir
Sous l’attrait des ténèbres je rêve que mes paroles s’envolent dans la lumière
Et mon ego me gronde lorsque je me sens fière de n’être que poussière
Ma plume est un totem que j’invoque chaque soir à la lueur du silence
Loin de ce monde insensé où ma boussole se casse
Ignorant les semonces à l’équilibre je renonce
Portées par les tempêtes mes rimes enfin s’élancent et bousculent l’espace
..Vous faire perdre pied pour que nos âmes dansent
Je fus plongée en plein cÅ“ur des enfers et j’irradie encore d’un espoir insolent
Les plus vils des hommes m’ont craché à la figure
tout le mâle que leurs couilles ont pensé
de la plus innocente des femmes
sans écorcher l’amour le plus puissant
En l’espèce humaine j’ai goûté à pleine langue l’abject et le sacré dans le même pli de peau
Mes poumons ont noirci à l’air de nos rancÅ“urs et mon cul a blanchi comme l’argent des dealers
Mon con damné par l’Etat d’ignorance, j’ai plongé en prière pour ma survivance
Voilà de quelle autorité je parle aujourd’hui
Au temps de mensonges et de vanités crasses, tout faire pour sortir de la danse, à n’importe quel prix
Préférer la mort à cette ronde funèbre – comme si l’on pouvait mourir autrement qu’en pensée – vivre autre !
Une pousse de lotus dans l’antre du chaos
Un rayon d’argent jailli de tes yeux pers
Dans l’ovule du cyclone
Je suis
Au petit jour mort-né
Au diable émancipé
Qui vague dans mon crâne
Je remets la clé d’or de mes songes écartelés
Selon le rituel à la dernière lune
– le sang des songes est pourpre et blanc
et bleu de myrrhe –
Prenez ce qu’il en reste
Offrande décalquée
Voyage sans ivresse
Départ sans bagage
Prenez ce qu’il en reste
Et rendez-moi
Le nid du dragon jaune
Où la lune s’est couchée
Tremblante de désir
Pour une étoile absurde
Rendez-moi la fièvre des vœux impossibles
De vivre jusqu’Ã cent mille ans
Avec un cœur de cristal
Un papillon sur les lèvres
Pour faire taire les sanglots lents du confort vicieux
Où les poèmes s’écroulent et meurent