IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Bilan

Au plus loin que remonte ma mémoire
Je me suis toujours efforcée de suivre mon cœur
Peu importe ce qu’en dirait un bilan objectif établi par quelque observateur
Je peux m’estimer fière de ne m’être pas perdue
Ce que je refusais par dessus tout
Me laisser couler dans un moule quelconque par paresse de l’âme
Certes j’ai peur de souffrir
Mais pas de la désapprobation publique ou de la solitude
Certes je frémis comme chacun-e devant les spectres de la misère et de la maladie
Mais ma plus grande crainte
Ce qui m’effraie par dessus tout
C’est qu’en posant sur moi-même un regard lucide
Je m’aperçoive avoir renié ma liberté
A force de concessions aux idées toutes tracées
C’est un vide de terreur
Qui te saisit et qui te glace
Lorsque tu réalises avoir laissé une volonté de masse
Prendre la place de ton destin
Qu’est-il de pire que de faillir à sa mission d’être humain ?
Je vis pour préparer le dernier instant où nul n’échappe à soi-même
Je veux partir en paix.

La mort.
Partout, demain, ici, maintenant
La mort qui éclaire de sa lumière les chemins que nous avons à déchiffrer
La mort, l’oubli
C’est contre cet oubli que nous formons familles
Que nous écrivons des livres
Que nous bâtissons des cathédrales et remplissons des chapitres d’Histoire
Cette lutte inspire les actes les plus vils et les guerres les plus nobles
Trop souvent, nous suons, saignons et prions
Pour être gravés dans une conscience éphémère
N’est-ce pas que l’éclat d’une étoile
Est plus pérenne que le retentir de nos actes dérisoires ?
Cet Invisible qui transperce les infinis
Porte déjà nos traces
Sachant cela, nous pouvons rire avec les astres
Tout mortels que nous sommes

Nous sommes de cette matière enflammée qui forme les comètes
Issus du même mouvement qui projette la chaleur du soleil vers la Terre
En rejetant la nuit, nous nous rendons contraires à l’univers
En rejetant la mort
En rejetant l’oubli

th (38)

Les preuves

A l’épreuve de l’absence
Rédemption par le manque
Obsession qui s’étiole avec au bout le risque de l’abandon
Pour se sauver soi-même
Rattraper ses promesses
Les supplier de nous accorder encore un peu de sursis pour se réaliser

Cette illusion était si douce j’en reprendrais bien juste une bouchée

A l’épreuve du souvenir j’esquive ma colère
Ce ne serait pas beau à voir quand bien même ce serait juste
De rendre coup pour coup
De réparer l’affront
Il en faudrait si peu pour que le vase déborde
Et nul ne sortira indemne de ses éclaboussures

A l’épreuve de la peur
Je suis revenue me mesurer de plus en plus fort

Jusqu’à l’épreuve de la mort

th (35)

Je suis

J’écris depuis toujours. Depuis que j’ai découvert que les mots peuvent soulager nos maux. Partage de brisures intimes, les phrases tricotent un sens à ma vie décousue. Je cherche.
J’imagine que chacune, chacun, tente à sa façon de remontrer le labyrinthe jusqu’au noyau de son être, là où l’amour respire l’évidence, où les mirages du paraître s’estompent pour faire place au miracle de l’unité qui se révèle, et se livre sans relâche, malgré notre acharnement à l’ignorer.
Brouhaha de nos prières. Cacophonie de nos révoltes brouillonnes. Pourtant la paix et l’allégresse persistent à nous hanter de leur souvenir. Comme un codage génétique de l’âme, un programme caché.
Souffrance, colère et douleur; la vérité du vivant est avilie. Mais il n’est plus temps de chercher les coupables…
J’écris ma quête de sagesse. L’incohérence me guette gré de ces questions aux milliards de réponses.
Je suis le monde, la peste m’envahit lorsque j’ai laissé trop de rancÅ“urs s’accumuler. Leurs exigences de vengeance m’acculent à mon insu. Lorsque demain se dérobe et recule, la peste de mon âme m’empêche de saisir les richesses du présent, les milliards de possibles qui s’articulent.
Échapper à la grande illusion du temps. Les plus beaux souvenirs pourrissent sous la pluie de nos larmes amères, et le néant de la douleur soigneusement entretenue par nos récriminations imbéciles, envahit tout.

Sur nos visages où la beauté s’éteint parfois la joie trace des cicatrices. Je voudrais étendre ces sourires spasmodiques pour déchirer le voile. Nous ne sommes que des étoiles fuyantes
Comme autant d’astres dans la galaxie, au-dessus des mondes qui s’éteignent et se créent dans une impermanence sensible

Je suis la chair, et je tremble. Asservie par décret je suis négligée, et je n’ai que ces sursauts de violence pour me manifester. Je jouis dans la décadence d’un jet de lave, et mes cendres fertiles recouvrent bientôt les cadavres
La nature sacrifiée ne se venge pas. Elle réagit, comme mon clitoris à la caresse de tes doigts.
Je porte la mort comme le PhÅ“nix, je suis un mythe qui te guide et t’étreint, la couleur ombre qui dessine tes traits.

Je suis le monde et je n’existe que par tes yeux, toi que j’ai créé pour combler mon cÅ“ur, en secret, mon chaos intime, mon rêve, mon désespoir. Je t’aime.
Au milieu de ton corps où les pièges se nichent, innombrables comme les lames scintillantes dans une forêt d’épées, accueille-moi que je me trouve enfin
Je viens.

Cet été là

Cet été là
Je t’ai rencontré au bout de ton absence
Je t’ai affronté au milieu du silence
Pour te trouver vainqueur éperdu
Debout sur une île – émergeant de mon cÅ“ur fondu
 
Un océan d’absolu
 
Si j’ai fermé les yeux
C’était une inclinaison des paupières
Se prosternant devant Ton éclat
 
Un rire s’exerce
S’exauce
S’élance
 
Dans un grand lourd et profond soupir
Un soir
Je m’abstiendrai de t’aimer
Cette nuit-là
Les étoiles s’éteindront dans tout mon ciel
Comme par l’oubli des dieux
 
J’ai laissé un doute crever au bord d’une route
Sur cette tombe une fleur a poussé
 
C’est quoi le destin
Une pelote de fibre lumineuse
Un fil à trois bouts
Toi, Dieu et le hasard tricheur
C’est quoi au fond
La règle du Je
 
C’est quoi une larme
Une arme d’adieu
 
Une arme de la Dieu.
 
Dans mon silence intérieur
C’est ton regard rieur qui me tient lieu de boussole
Quand la mémoire se désole de n’être pas fidèle
J’attrape une hirondelle par la plume
Et on rigole ensemble de la folie des hommes

th (28)

A toi que je ne connais pas

A toi que je ne connais pas mais dont je devine à voir tes mains ensanglantées 
Les nuits passées à gratter la terre pour sortir de ton enfer intime et universel 
De ta prison

L’espoir de saisir une peau une chair un reste de tendresse
Épargné par les fers 
Presque oublié à force de se taire
A force de se voir rabougri par le gris de ces falaises
Qui se dressent jusqu’au ciel 
Et dont je sais qu’on peut tomber

A ton cœur plombé de rêves inassouvis
Auxquels n’a pas suffi le sacrifice de ta vie

A ton imaginaire affranchi
Au prix d’une franche scission de ta raison 
Conflit irrésistible
Entre l’irrépressible descente aux enfers
Et ce soupçon d’âme qui cherche encore le paradis
Amorce de révolution

A toi que je ne connais pas 

Toi qui te meurs d’avoir voulu puissamment vivre 
Cherchant dans de blanches poudres les neiges éternelles de l’illumination de l’esprit
Poudre aux yeux

A toi dont les paroles se perdent en volutes inaccessibles au commun des mortels
Comme un prophète incompris 
Ta science infuse au parfum de tes souffrances existentielles
Je sniffe le rance encens de nos peines qui se consument
Sacrifice qui s’élève comme une prière

De grâce
Je prête ma plume
Pour  une délivrance sans artifice 

neige