IstIna Izvor 𓋹 Source de Vérité

Chemins de textes

Nos habitudes

Ma flamme dissimulée derrière un masque de décence
J’ai longtemps couru après mon innocence
Parfois, c’est pour partir en voyage que je noircis des pages
Là, entre les lignes
Je déchiffre les signes qui m’emmènent vers de nouveaux paysages
Où je poserai mes bagages
Cette île approche que je prenais pour un mirage
Hâtivement mais sûrement
Je suis la source
Vient le fleuve qui nous rassemble, puis la mer enfin
Je respire la musique
Vos paroles me soulèvent loin du climat délétère qui erre sur la terre
Je m’élève
Je savoure la trêve
Une bouffée de l’amour dont l’absence nous crève

Dites-moi si je rêve
Quand je vois cette île flottante dans le ciel de nos prières
Cette forteresse où d’autres lois se dessinent
Ce char à l’assaut du présent qui nous mine
Dites-moi si je rêve
Quand j’entends
L’appel incessant d’un ordre différent
Dans nos slams, nos cris du cœur
Et nos souffrances, et les récits de nos malheurs
Me font crier urgence ! 

En prenant ma défense au tribunal qui jauge les rancœurs
Je parle des femmes
De ces destins décidés dès la première heure après la naissance
D’un bout de chair en plus ou en moins qui nourrit de si différentes espérances
Je parle des filles et des sœurs
Et des amantes
De leurs rêves clandestins qui les font libres enfin
Loin d’un regard trop souvent réducteur
Loin du pouvoir, loin du miroir enfin
Qui reflète trop bien les attentes du monde !

En livrant mon témoignage au procès de la peur
J’explique les hommes
La marque de leurs doigts sur mes poignets quand ils me veulent trop fort Leurs excès quand ils m’adorent
Au point de vouloir m’enfermer
Précieuse propriété…
Délicieux et délicat objet je me suis faite entre leurs mains
Ils m’ont pourtant presque brisée

Et c’est la voix encore pleine de ces fêlures
Que j’évoque les hommes et leur nature artificiellement programmée pour nous dominer

Alors que je prends la parole à la barre des accusées
J’invoque le désir
La tendresse, la douceur de ces courbes familières
De cette peau à l’odeur étrangère
De ces lignes qui me guident jusqu’au cœur du mystère
Et pourquoi n’y aurais-je pas droit ?
N’ai-je pas soif moi aussi de ces caresses qu’ont délivré mes doigts
Sur d’autres corps qui ne parlaient pas le même langage que moi ?

Je repense à leurs pièges
A leur violence sacrilège
Qui prend
Parce qu’elle peut
Après le cauchemar et avant de prendre les armes
Il est vrai que je me suis contentée de peu

Alors quand pour un peu de respect on me demande de la gratitude
Je dis non
Il va falloir changer vos habitudes

Il y a une sale mentalité qui subsiste et qui nous rend la vie si rude
Tout s’explique par le poids de l’éducation qui forge nos attitudes
Il va falloir changer nos habitudes

th (21)

Rendez-moi

Au petit jour mort-né
Au diable émancipé
Qui vague dans mon crâne
Je remets la clé d’or de mes songes écartelés
Selon le rituel à la dernière lune
– le sang des songes est pourpre et blanc
et bleu de myrrhe –
 
Prenez ce qu’il en reste
Offrande décalquée
Voyage sans ivresse
Départ sans bagage
Prenez ce qu’il en reste
Et rendez-moi
 
Le nid du dragon jaune
Où la lune s’est couchée
Tremblante de désir
Pour une étoile absurde
 
Rendez-moi la fièvre des vœux impossibles
De vivre jusqu’à cent mille ans
Avec un cœur de cristal
Un papillon sur les lèvres
Pour faire taire les sanglots lents du confort vicieux
Où les poèmes s’écroulent et meurent.

th (19)

Ineffable

Attraper l’ineffable instant fuyant
S’attacher la minute poussiéreuse
Fouler la haine du pied
Jeunesse de l’éternité
Audace de la fortune
Malice de l’inconstance
Regard amusé sur le destin farceur
Quelque piste étincelle, sous l’œil désabusé d’Éros
Tout un monde aux couleurs illuminées de gloire
Bourdonnement miraculeux du petit peuple chargé de trésors
Rêve de chair, songe du muscle délassé
La course entame un nouveau décor
Pourquoi ce même refrain ?
 
Des pieds effleurent le pistil dans une danse synthétique
Sur la tresse des souvenirs

th (18)

Mon héroïne

Cousue de fil pourpre, cette histoire est tragique comme les légendes du temps où les dieux n’avaient pas encore inventé la miséricorde
Cela se passe à l’ère du feu nucléaire de la fission atomique, lorsque l’humanité se perd dans les méandres de la peur
Mon héroïne a le visage d’un ange mais la nature reprend ses droits dans son corps qui dérange l’ordre établi
Elle est bien trop jolie pour que sa vie ne le soit
Y a pas de princesses dans les royaumes où tournent les caves y a que des Cendrillon sans souliers
Elle si bête et pure suit les mauvais bergers
En l’écoutant la tristesse m’a submergée
En la moitié d’un demi-siècle deux embryons déjà sont morts dans ses entrailles
Souvent ses rêves se drapent de deuil et se recueillent devant ces tombes où le mépris sème des bombes
Mon héroïne sombre dans le remords chaque fois plus fort

Mon héroïne est libre elle vit sa vie comme ça lui plaît et en paye le prix
Il y a de l’insolence dans ses ruisseaux de larmes
De sombres éclats de rire au fond de ses nuits blanches
Et en suivant le balancé de ses hanches, le monde flanche
Elle a fini par trouver le bonheur en y mettant beaucoup de cœur et encore plus d’acharnement
Seulement de temps en temps il y a ces crises de larmes

Au bord du chemin, mon héroïne a laissé rêves de gosses, désirs de femme
Elle a cueilli les frustrations, accumulé les drames
Sans se trouver
À la faveur des astres écarlates
Le plaisir écarte ses scrupules et découvre sur ses lèvres les couleurs de la fièvre
Mon héroïne est libre… comme le pigeon voyageur
Mon héroïne aime marcher la nuit et elle connaît le goût du bleu au coin des lèvres
Tous les talents de Shéhérazade ne l’auraient pas sauvée quand il rentrait bourré pour une petite virée dans son enfer intime

À chacun sa drogue
Mon héroïne gémit sous les coups de boutoir de celui qu’elle adore
Prête à tout pour changer le décor de ce conte hardcore
Depuis peu elle  connaît la valeur marchande de son corps
Elle en a sucé des crapauds pour trouver son prince mais en vain
Elle a suivi des signes et des mauvais devins
Elle en a commis des bévues
Son corps démantibulé comme un automate au bout des pines de ses matons            Comme un air de déjà vu
Son sommeil est peuplé de rêves d’évasion
Mais tout l’enchaîne
Jusqu’au silence
Elle savoure parfois la paix quand ses pensées s’élancent
Seulement de temps en temps il y a ces crises de larmes
Finira-t-elle dans le caniveau elle qui avait un port de reine
Sa beauté dévorée par les hyènes

Mon héroïne est libre elle vit sa vie comme ça lui plaît et elle en paye le prix
Il y a de l’insolence dans ses ruisseaux de larmes
De sombres éclats de rire au bout de ses nuits blanches
Et en suivant le balancé de ses hanches… le monde flanche

th (16)

Précipice

Cracheuse de sang à l’issue incertaine
Je questionne nos lâchetés, nos ignorances, nos craintes
Au bord de tout lâcher
J’invoque le précipice à la rescousse

th (15)

Métisse

Assise au soleil
Réceptive telle une antenne émotive
Attentive aux vibrations qui guideront ma plume
Pour je l’espère vous transmettre une nouvelle émotion
Je suis tranquille
Docile
Et les images défilent
Visions du cosmos qui s’enfilent
Comme des perles sur un fil
Où nuit et jour se succèdent en un battement de cil

L’alliance des contraires
Je suis faite de cette matière première
Du Nord et du Sud
Du noir et du blanc
Pour un brun qui rappelle la couleur de la terre Mère
On a tous en soi un petit bout d’univers
Un soupçon d’infini dans un grain de poussière
Filiation divine ou bien humain mystère
Nos atomes des étoiles nous font frères
Il y a de quoi en être fiers
N’être qu’une humble créature
Mais terrain d’un combat qui dure
Entre le paradis et l’enfer

Et dire que je rêvais mon cœur pur

Je suis condamnée à m’asseoir
A même le mur qui sépare
Les deux versions d’une même histoire
A voir les victimes comme les barbares
Manipuler le devoir de mémoire
Je ne sais plus lesquels croire
Et j’en passe ds heures
A démêler en moi les leurres les erreurs
Liés à la conscience d’une race prétendument supérieure
Et j’en pleure
Des traces laissées par les ravages d’un esclavage encore ancré dans nos cœurs
Où est ma place ?
Nous sommes trop peu à porter ce drapeau d’un peuple imaginaire
Où nous serions tous unis et sœurs et frères
Trop peu à vivre et à saigner pour cette chimère
Et puis mon temps est éphémère
Et la bêtise humaine m’atterre
De rage ma plume se fait amère

Jeter un regard sur la Terre
Poser les yeux sur toutes ces guerres
Quand on y cherche de la lumière
Trop d’espérance est une torture
La cruauté de l’Homme serait dans sa nature ?

Et dire que je rêvais mon cœur pur

Je ne suis pas née dans la lumière

Je suis née dans un reflet sombre de l’eau noire
Juste avant que le métal et le sang ne se touchent
Dans l’imaginaire d’un guerrier nostalgique
 
Je suis née au cours d’une de ces longues nuits
Où le mythe se dispute au réel
Où un ego fracasse le ciel à force d’implorer Dieu de descendre
 
Je suis issue d’un tas de cendres
Laissé par la combustion de l’amour
Sur la place tiédie par le lait
Mangée par la terre
 
Je ne suis pas née dans la lumière

sombre