La forĂȘt
by ĂstĂna đž
C’Ă©tait dans la forĂȘt
La pluie battait son rythme sur les feuilles des cahiers de ma mémoire
Et c’est dans cette forĂȘt que tout a commencĂ©
Claquant mes pieds nus sur les chemins d’acier
J’ai dansĂ©
Et l’appel a surgi, tremblant, vulnĂ©rable
Plongeant d’un seul souffle jusqu’aux cimes des arbres
Pour atteindre enfin ce totem végétal
Qui seul pouvait m’entendre
M’Ă©treindre
M’attendre
C’Ă©tait dans la forĂȘt
Que j’ai dĂ©nouĂ© une Ă une mes puissantes racines
En tremblant de lĂ©gĂšretĂ© devant l’immense
Devant la pugnace densitĂ© de mon existence entĂȘtĂ©e
Impuissante à stopper le fouet de la réalité
Dans cette forĂȘt
J’ai pleurĂ© sur le sang de mon dos striĂ©
Dans cette forĂȘt
J’ai suĂ© mon Ăąme Ă©bahie de douleur
J’ai vomi mon cĆur hallucinĂ©
J’ai questionnĂ© l’indiffĂ©rence des saisons face au cycle incessant de mes raisons et dĂ©raisons
Dans cette forĂȘt
J’ai su
J’ai compris
Et je me suis perdue à force de suivre les sentiers balisés
C’Ă©tait dans la forĂȘt
La pluie battait son rythme sur les feuilles des cahiers de ma solitude
Je me suis dressée nue contre les turpitudes
Et les ronces, les épines, ont mis à feu mes pauvres habitudes
Me laissant brûler vive sous un déluge de colÚre
D’amertume
Le jour brillant
Ne pouvait rien contre mes ténÚbres
Et la nuit venue
Elle ne pouvait rien contre ma lumiĂšre
De toute ma finitude, je me dressais, fiĂšre
Palpitant de syncope en syncope
Vibrant d’un espoir atroce
Comptant sur ma chair les marques laissĂ©es par les crocs de ces bĂȘtes fĂ©roces qui m’attaquent par milliers
Et moi dans cette forĂȘt
M’habillant de leurs peaux
Me camouflant sous leurs odeurs
J’attends
Rageusement
Que vienne enfin mon heure
J’avale leur venin, je le fais Ă©lixir
Du creux de mes mains vides je fais naĂźtre des empires
La pluie bat son rythme sur les feuilles des cahiers oĂč s’animent mes dĂ©sirs
J’y ai Ă©lu domicile
Immuable et versatile
Dans la forĂȘt des mots
